Le Rassemblement national (RN) sort de ces municipales avec un bilan en demi-teinte : des ambitions affichées de conquête de grandes villes qui se heurtent à la réalité des urnes, et, simultanément, un renforcement tangible de son implantation dans des communes de taille moyenne.
Des espoirs déçus dans plusieurs métropoles
Dimanche 22 mars, les résultats ont montré que le RN n’a pas réalisé les victoires majeures qu’il espérait dans le Sud. À Toulon, la députée du Var Laure Lavalette, très médiatisée, s’incline face à la candidate divers droite Josée Massi, qui l’emporte avec 53 % des voix contre 47 % pour Lavalette, après le retrait du sénateur LR Michel Bonnus.
À Nîmes, présenté pendant la campagne comme un laboratoire de « l’union des droites », le candidat d’union de la gauche Vincent Bouget devance Julien Sanchez, l’eurodéputé et ancien maire de Beaucaire, avec 40,5 % contre 37,9 %.
À Marseille, Franck Allisio (RN) obtient 40,4 % des suffrages et arrive derrière le maire socialiste sortant, Benoît Payan, crédité de 54,3 %. Malgré ces contre‑performances, Jordan Bardella, président du parti, se félicite que « le RN devienne la première force d’opposition » à Marseille.
Des victoires ciblées, mais pas de basculement généralisé
Sur certains territoires, le RN réalise toutefois des coups d’éclat : Menton (Alexandra Masson) où la députée l’emporte avec 47,57 % des voix, ainsi que Carcassonne et Agde, remportées respectivement par les députés Christophe Barthès et Aurélien Lopez‑Liguori. Le parti progresse aussi dans plusieurs communes du Nord et de l’Ouest, comme Liévin ou La Flèche.
Pour autant, ces succès restent ponctuels et n’équivalent pas à la conquête d’une ville symbole susceptible de signifier un basculement national. Jordan Bardella revendique « la plus grande percée de toute l’histoire du RN » et parle d’« une dynamique chaque jour plus puissante », mais le constat empiriquement observable est celui d’un plafond de verre persistant dans les grandes agglomérations.
Nice : trophée et révélateur stratégique
Nice occupe une place particulière dans ce tableau. Eric Ciotti, rallié au RN, remporte la mairie avec 48,90 % des voix, devant Christian Estrosi (37,3 %) et Juliette Chesnel‑Le Roux (14,8 %). Pour le RN, Nice représente un trophée politique et un exemple à exhiber : « Regardez, les gens de droite qui nous rejoignent sont bien traités et en plus ils gagnent des villes », commentait un cadre du parti avant le second tour.
Mais cette victoire isole autant qu’elle valorise. La stratégie d’« union des droites » prônée par la direction du RN n’a pas été massivement suivie. Dans de nombreuses communes, les listes de droite ont préféré fusionner entre elles ou se retirer pour constituer un barrage républicain et empêcher l’élection de listes RN. Jordan Bardella qualifie d’ailleurs la position de LR de « révélateur puissant, presque brutal, de ses contradictions ».
Ancrage progressif dans les villes moyennes
Face à l’échec relatif de la stratégie d’union des droites dans les grandes villes, la direction du RN met en avant un autre indicateur : l’augmentation du nombre d’élus municipaux et la progression régulière de son implantation dans les villes de taille moyenne. Le parti souligne la valeur des conseillers d’opposition gagnés localement et argue que la conquête de mairies reste un processus de long terme.
À cet égard, des communes comme La Flèche sont citées en exemple. Le candidat RN Romain Lemoigne, selon le récit du parti, pourrait devenir un « Hénin‑Beaumont de l’Ouest », formule employée en interne pour évoquer une implantation durable qui servirait de modèle pour d’autres territoires.
En pratique, le RN sort de ces municipales avec des avancées territoriales contrastées : des victoires notables mais dispersées, une incapacité à transformer ces succès en un basculement généralisé des grandes villes, et une stratégie qui mise désormais sur l’ancrage progressif dans les communes moyennes pour asseoir sa présence locale.





