Le procès dit des « Grands Frères », délocalisé au tribunal correctionnel de Fort-de-France, a pris une tournure politique lorsque deux élus de Guadeloupe sont venus témoigner. Ouvert depuis le 26 janvier, ce dossier oppose la justice à treize personnes accusées d’avoir « planifié et organisé » les émeutes urbaines qui ont secoué la Guadeloupe en 2021.
Un procès aux contours judiciaires et politiques
La procédure concerne treize prévenus, regroupés sous le sobriquet collectif de « Grands Frères ». Selon l’acte d’accusation, ils sont poursuivis pour des faits reprochés pendant les événements de 2021, qualifiés par l’accusation d’organisation et de planification des violences urbaines.
Le choix de tenir l’audience à Fort-de-France, en Martinique, a déjà été relevé dans le dossier et place ce procès hors du territoire de Guadeloupe. Cette délocalisation a contribué à donner une dimension régionale aux débats et à attirer l’attention d’élus et d’observateurs sur les enjeux de sécurité, d’ordre public et de responsabilité politique.
Témoignage d’Ary Chalus en faveur d’un prévenu
Parmi les élus entendus figure Ary Chalus, président de la région Guadeloupe, qui est intervenu à la barre vendredi 30 janvier pour défendre sa lecture des faits et, plus largement, pour témoigner en faveur d’un des prévenus, Frédéric Dumesnil, dit « Bwana ».
M. Chalus a rappelé son passé à la tête de la commune de Baie-Mahault, dont il a été maire de 2001 à 2015, et a valorisé sa gestion municipale. À la barre, il a affirmé connaître le prévenu « depuis des années » et a attribué à « Bwana » un rôle dans la baisse de la délinquance de sa ville : « Je connais Bwana depuis des années, c’est aussi grâce à lui que Baie-Mahault est la seule ville de France qui a pu baisser la délinquance de 72 % », a-t-il déclaré.
Le témoignage vise à établir un lien personnel et à nuancer l’image judiciaire que donne l’accusation du comportement du prévenu. Dans le dossier, Frédéric Dumesnil est notamment poursuivi pour avoir organisé des barrages lors des violences de 2021 et pour avoir, selon l’accusation, été l’un des instigateurs de l’incendie du bâtiment du Service pénitentiaire d’insertion et de probation de la Guadeloupe le 26 novembre 2021.
Contexte personnel et décisions judiciaires
Lors de son intervention en audience, Ary Chalus a également évoqué des éléments de sa trajectoire politique récents. Il a créé un nouveau mouvement, L’Alliance guadeloupéenne, le 10 janvier, et a annoncé sa candidature à la mairie de Baie-Mahault, sa commune d’attache. Ces déclarations interviennent alors que M. Chalus fait l’objet d’une condamnation en appel, qui lui impose deux ans d’inéligibilité décidée en mai 2025 ; il a formé un pourvoi en cassation contre cette décision, indique le dossier.
La présence d’un élu en lice pour des fonctions locales au cours d’un procès médiatique peut complexifier l’examen des éléments de preuve et nourrir les discussions sur la place de la parole politique dans une procédure pénale. Le tribunal est tenu d’apprécier la valeur probante d’un témoignage qui émane d’un chef d’exécutif régional et candidat à une mairie.
Des éléments factuels au cœur de l’instruction
Les accusations retenues contre les prévenus portent sur des faits précis : organisation de barrages, participation aux incidents violents et implication dans l’incendie du bâtiment pénitentiaire le 26 novembre 2021. Le dossier judiciaire devra établir la réalité de ces imputations pour chacun des treize prévenus, en distinguant la responsabilité individuelle de l’action collective invoquée par l’accusation.
La tenue des audiences à Fort-de-France et la venue d’élus de Guadeloupe témoignent de la sensibilité régionale du dossier. Elles mettent en lumière les questions de compétence territoriale, d’image publique et de lien entre engagements politiques et responsabilité pénale.
À ce stade, le procès se poursuit et les débats continueront d’opposer éléments matériels, témoignages et analyses juridiques. Les interventions des témoins, qu’ils soient élus ou simples citoyens, seront appréciées par le tribunal en vue d’établir, ou d’écarter, la participation de chacun aux faits reprochés.





