Par Les Echos
Une réunion du bureau national du Parti socialiste, tenue dans la nuit de mardi à mercredi — soit environ 48 heures après le second tour des élections municipales — a tourné à la confrontation et a duré plus de cinq heures. Le chef du parti, Olivier Faure, s’est retrouvé visé par des critiques internes pour son acceptation d’accords locaux passés avec La France insoumise (LFI) lors des municipales.
Une réunion longue et tendue
Selon des participants, l’atmosphère était électrique tout au long de la soirée. Le point de rupture porte sur la stratégie adoptée entre les deux tours, quand plusieurs listes socialistes ont fusionné localement avec des listes LFI. Ces rapprochements ont alimenté une fronde parmi des courants du parti qui estiment que la direction n’a pas été assez claire.
Placé sur la sellette, Olivier Faure a contre-attaqué en dénonçant, selon plusieurs participants, « l’hypocrisie et le cynisme » de ses détracteurs. Il a rappelé que, « pour l’essentiel », ces fusions ne relevaient pas de la direction nationale ni de son propre courant, mais de courants opposés à sa ligne. « Quand il y a des camarades qui sont au combat, je les ai défendus », a-t-il ajouté. « Je suis premier secrétaire et quand il y a des gens qui se battent sur un territoire, je me bats à leur côté. Je ne suis pas de ceux qui leur tirent dans le dos. »
Des critiques aux allures de règlement de comptes
Le chef des députés, Boris Vallaud, a pris la parole pour dresser un bilan sévère. Il a affirmé que ces alliances avaient « nourri le procès en insincérité » à l’encontre du PS et qu’elles n’avaient « pas été efficaces ». Pour lui, elles ont parfois été « improductives » et auraient même favorisé « un front inversé au profit de la droite ».
Vallaud a déploré un manque de « dialogue collectif » pendant l’entre-deux-tours. Au terme d’un constat d’échec, il a posé la question lancinante : « On va redire plus jamais LFI mais qui nous croit ? »
Dans la soirée, Boris Vallaud a tenté de faire adopter une résolution pointant « le manque de clarté et de cohérence » de la direction. Le texte visait directement les prises de position publiques d’Olivier Faure, qui entre les deux tours avait déclaré « comprendre parfaitement les choix » de candidats ayant choisi de s’allier localement avec LFI.
Le bureau national avait pourtant acté début mars qu’il n’y aurait « aucun accord national » en raison des « propos antisémites intolérables » attribués à Jean‑Luc Mélenchon. La résolution de Vallaud rappelait par ailleurs que ces prises de position avaient « mis en difficulté certains de nos candidats dans tous les territoires », tout en soulignant que la clarté de têtes de listes locales avait permis des victoires dans de grandes villes comme Paris et Marseille.
Vote écarté et lignes de fracture
Plusieurs participants ont indiqué que, même si l’ex-sénateur David Assouline estimait la résolution soutenue par une majorité du bureau national, la direction a refusé de la soumettre au vote. « Ils savent qu’ils sont mis en minorité s’il y a un vote », a commenté un proche de Boris Vallaud.
La querelle a pris des accents moraux. Nicolas Mayer‑Rossignol, maire de Rouen et opposant à la ligne de Faure, a jugé : « Aux yeux des Français, nous sommes apparus comme des tambouillards. C’est la pire des choses. » Il a en outre invoqué l’exemple de l’ancien Premier ministre Lionel Jospin, décédé dimanche, pour appuyer sa critique : « Un socialiste, pour être vraiment de gauche, doit être droit. »
La soirée a mis en lumière des tensions anciennes : après huit ans d’opposition, certains cadres estiment que le PS n’est toujours pas perçu comme une alternative claire à droite. Les débats ont révélé autant des désaccords sur la méthode que sur l’objectif politique, et illustré la difficulté du parti à forger une stratégie commune face à la recomposition de la gauche locale.
Au terme de plus de cinq heures de discussion, le constat est resté partiellement ouvert. La décision de la direction de ne pas soumettre la résolution au vote laisse intactes les fractures internes, et pose la question d’un travail de clarification qui s’annonce nécessaire dans les semaines à venir.















