Une droite de plus en plus éclatée
Quand un cadre de la droite part, ce n’est pas seulement un jeu d’ego. C’est aussi une question très concrète pour les électeurs : qui parle au nom de la droite, et avec quelle ligne pour 2027 ?
Depuis des mois, Les Républicains cherchent à sortir d’une crise de direction qui les suit depuis leur déroute présidentielle de 2022. Le parti veut désormais fixer sa méthode pour choisir son candidat à l’élection présidentielle de 2027. Selon les scénarios étudiés en interne, plusieurs options sont sur la table : primaire fermée, primaire élargie, ou désignation directe du président du parti, Bruno Retailleau, déjà candidat déclaré à l’Élysée.
Dans ce contexte, David Lisnard a choisi de claquer la porte. Le maire de Cannes, président de Nouvelle Énergie et président de l’Association des maires de France, a annoncé son départ des Républicains après des divergences stratégiques. Il reproche au parti de rester dans des « ambiguïtés » vis-à-vis de la « macronie », et a expliqué qu’il quittait LR parce que le parti n’avait, selon lui, pas tranché sa ligne.
Le plus important, politiquement, tient en une phrase : David Lisnard ne veut plus attendre qu’une mécanique interne décide à sa place. Il dit désormais vouloir être candidat à la présidentielle. Son départ intervient alors que les adhérents LR doivent voter en avril sur la formule de désignation du candidat, avec une opposition nette entre plusieurs lignes internes.
Ce que ce départ dit du rapport de force à droite
Le geste est plus qu’un départ symbolique. Il montre une famille politique où deux stratégies s’affrontent. D’un côté, Bruno Retailleau, élu à la tête de LR le 18 mai 2025 avec 74,31 % des voix, pousse l’idée d’un parti resserré autour de sa figure et d’un candidat unique. De l’autre, David Lisnard défend une logique plus ouverte, fondée sur une primaire et sur une recomposition plus large de la droite et du centre.
Dans le détail, LR doit encore arbitrer entre une primaire réservée aux adhérents, une version semi-ouverte, ou un mécanisme qui confirmerait directement Bruno Retailleau comme candidat. Ce choix n’est pas technique. Il dit qui contrôle l’appareil, qui fixe les règles du jeu, et qui peut espérer peser jusqu’au second tour. Le statut du parti prévoit que les adhérents tranchent sur proposition du président. Autrement dit, Retailleau a la main, mais pas seul.
Lisnard, lui, veut éviter ce qu’il considère comme un verrouillage. Son départ envoie aussi un signal aux autres prétendants potentiels, comme Michel Barnier, Xavier Bertrand ou Laurent Wauquiez, tous encore dans l’orbite du débat interne. À ce stade, la droite ne manque pas de noms. Elle manque surtout d’un accord sur la méthode et sur le périmètre politique de son futur candidat.
Cette tension renvoie à une vieille fracture de la droite française : faut-il s’ouvrir pour élargir, ou se recentrer pour exister ? La réponse n’est pas la même selon qu’on vise la fidélité des militants, l’élargissement au centre, ou la concurrence avec le Rassemblement national. Sur ce point, les lignes sont claires. Agnès Evren, sénatrice LR de Paris, rejette toute idée d’alignement avec l’extrême droite. De son côté, Marine Le Pen continue de repousser l’idée d’une union des droites, même si Jordan Bardella plaide pour que “tous les murs puissent tomber”.
Une présidentielle déjà en toile de fond
Le départ de David Lisnard ne peut pas être lu comme un simple épisode personnel. Il s’inscrit dans une séquence où la droite prépare déjà 2027 alors que le calendrier électoral est encore loin. Les municipales ont relancé les calculs, mais la bataille centrale est bien celle de la crédibilité présidentielle. Qui peut encore rassembler au-delà du noyau militant ? Qui peut parler à la droite classique sans se confondre avec le camp présidentiel ? Qui peut éviter l’éparpillement des candidatures ?
Bruno Retailleau, lui, a choisi d’avancer vite. Il est déjà entré en campagne. Il bénéficie d’une position forte à la tête du parti, d’une légitimité élective nette, et d’un contrôle politique sur la séquence interne. Mais cette force peut aussi produire l’inverse de l’effet recherché si les autres figures de droite estiment que le jeu est plié d’avance. C’est là tout l’enjeu du vote d’avril : il ne s’agit pas seulement de désigner une méthode, mais de savoir si LR veut une compétition ouverte ou une investiture pilotée.
En face, David Lisnard tente de se construire une place à part. Son départ lui donne plus de liberté, mais il l’expose aussi à une vraie difficulté : exister hors du parti sans perdre l’ancrage de la droite classique. C’est le pari de toute candidature solitaire. Elle offre de l’espace. Elle impose aussi de convaincre qu’on ne parle pas seulement au nom d’un courant, mais au nom d’un camp plus large.
La suite se jouera en avril, lors du vote des adhérents LR sur la méthode de désignation du candidat. Puis viendront les tentatives de rassemblement, ou les confirmations de fracture. D’ici là, la droite aura une question simple à trancher : veut-elle choisir un champion, ou plusieurs chemins vers 2027 ?















