Arrivé en tête au premier tour des municipales dans sa ville de Pau, François Bayrou se retrouve au cœur d’une triangulaire inédite depuis 2008, qui oppose pour la première fois de son histoire locale une candidate du Rassemblement national à la gauche unie. Les résultats du premier tour, annoncés dimanche 15 mars, placent l’ancien Premier ministre en position de favori mais dans un contexte troublé par une forte abstention et des pertes électorales significatives.
Des résultats serrés et un second tour inédit
François Bayrou, âgé de 74 ans et maire de Pau depuis 2014, a obtenu 33,83 % des suffrages exprimés au premier tour. Il devance Jérôme Marbot, son principal opposant du Parti socialiste (PS), qui rassemble 26,31 % des voix avec une liste d’union de la gauche hors La France insoumise (LFI). La candidate du Rassemblement national, Margaux Taillefer, s’est qualifiée pour le second tour avec 16,26 %.
La configuration de la course — une triangulaire — est une première depuis 2008, année où M. Bayrou avait échoué à se faire élire maire, à 300 voix près. Cette nouvelle donne rend le second tour imprévisible : si Bayrou conserve une avance, le partage des voix de gauche et la poussée du RN peuvent modifier l’équilibre des forces.
Les enjeux pour François Bayrou
Resserrant sa campagne dans la cité paloise, François Bayrou a pris la dernière ligne droite au sérieux. « Il faut être sans expérience politique pour être serein en campagne », a-t-il déclaré au journal Le Monde, citant la charge émotionnelle et stratégique d’une course municipale dans sa ville. Malgré des critiques sur sa méthode de gouvernance et une image jugée parfois passéiste par ses opposants, il a su maintenir une avance relative au premier tour.
Cependant, le maire sortant souffre d’un recul par rapport aux précédentes municipales : en six ans, son score a chuté de 12 points. Cette érosion traduit un contexte politique plus difficile et une consolidation des oppositions autour d’enjeux locaux et nationaux. L’affaire judiciaire concernant les assistants parlementaires du MoDem pèse également en arrière-plan : François Bayrou doit comparaître en septembre en appel dans ce dossier, une échéance qui ajoute une incertitude politique à l’approche du second tour.
Abstention record et percée du Rassemblement national
Le premier tour a enregistré un taux d’abstention élevé à Pau : 45 % des électeurs se sont abstenus, un niveau qualifié de record pour la préfecture des Pyrénées-Atlantiques et signalé comme supérieur au seuil national inédit constaté ce même jour. Cette forte abstention réduit la marge de manœuvre des listes en tête et augmente l’importance de la mobilisation locale d’ici au second tour.
Par ailleurs, la présence de l’extrême droite au second tour constitue une nouveauté locale : le RN s’est qualifié pour la première fois pour un duel à trois dans la ville après avoir plus que doublé son score en six ans. Ce phénomène, observé dans plusieurs communes françaises, redistribue les cartes et contraint les autres forces politiques à ajuster leurs stratégies.
Scénarios possibles et priorités de campagne
Pour l’équipe de François Bayrou, l’enjeu immédiat est de conforter son électorat et d’attirer les voix centrées et modérées, tout en limitant le transfert de voix vers la candidate RN. Pour la gauche, la sortie d’un second tour en triangulaire pose la difficulté de rassembler sans nécessairement pouvoir faire l’union complète avec toutes les sensibilités. Le comportement électoral des abstentionnistes, qui représentent près d’une électrice ou d’un électeur sur deux, sera décisif.
Les prochains jours de campagne seront donc déterminants : ils permettront de mesurer la capacité des candidats à mobiliser leurs soutiens et à convertir des électeurs indécis. Les déclarations publiques, les réunions locales et la dynamique de terrain dicteront l’issue d’un second tour marqué par des fractures politiques et une participation électorale fragilisée.
Sans sensationnalisme, la triangulaire à Pau illustre les tensions actuelles du paysage politique local : recul d’un maire sortant, montée du Rassemblement national et forte abstention. Chacun des trois camps devra convaincre, d’ici au second tour, qu’il est à la fois légitime et capable de gouverner la ville.





