Portugal: présidentielle 2026, second tour décisif entre le modéré António José Seguro et André Ventura (Chega) — enjeux économiques, migratoires et européens

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Le second tour de la présidentielle portugaise, le 8 février 2026, opposera le modéré António José Seguro au leader d’extrême droite André Ventura (Chega), après un premier tour à participation record. Ce duel inédit depuis 1986 cristallise des enjeux économiques (salaires, logement), migratoires et européens susceptibles de redessiner l’équilibre politique du Portugal et son rôle au sein de l’UE.

Le second tour de l’élection présidentielle portugaise, prévu le 8 février 2026, opposera le candidat socialiste António José Seguro au leader d’extrême droite André Ventura, dans un duel inédit depuis 1986.

Un second tour « surprise » et une participation record

Le 18 janvier, au premier tour, aucun candidat n’a franchi la barre des 50 % nécessaire pour l’emporter, une première depuis quarante ans. La participation a atteint 53 %, le niveau le plus élevé depuis vingt ans, selon les chiffres rendus publics après le scrutin.

Crédité de 31 % des voix au premier tour, António José Seguro, 63 ans, originaire de Penamacor, incarne l’aile modérée du Parti socialiste (centre-gauche). Ancien secrétaire général du PS (2011–2014) et ancien eurodéputé, il est revenu sur la scène politique après dix ans de retrait et a présenté sa candidature comme indépendante, centrée sur la stabilité institutionnelle, l’éthique et le rassemblement.

Après le premier tour, Seguro a lancé un appel « à tous les démocrates, progressistes et humanistes pour vaincre l’extrémisme et ceux qui sèment la haine ». Longtemps sous-estimé dans les sondages, il a su capter le vote utile de la gauche et séduire une partie de l’électorat de droite libérale.

André Ventura et la montée de Chega

Face à lui, André Ventura, 43 ans, juriste près de Lisbonne, est le fondateur et leader du parti Chega, créé en 2019 après son départ du PSD (centre‑droit). Sa trajectoire fulgurante l’a propulsé à la tête de la deuxième force parlementaire du pays, avec 60 sièges obtenus lors des élections législatives de 2025.

Se posant en « antisystème », Ventura dénonce la « corruption des élites traditionnelles », prône une sécurité renforcée et dénonce ce qu’il qualifie d’« immigration incontrôlée ». Après le premier tour, il a appelé la droite à se rassembler « pour éviter un socialiste à Belém » et déclaré : « La lutte contre le socialisme commence maintenant ». Les thèmes identitaires et sécuritaires lui ont valu un socle électoral significatif.

Contexte économique et tensions sociales

Le portrait du Portugal en 2026 est contrasté : après l’adhésion à l’Union européenne en 1986 et les investissements européens, le pays a connu une longue phase d’amélioration des infrastructures et de croissance. Toutefois, le cycle de rattrapage apparaît aujourd’hui essoufflé.

Sur le plan macroéconomique, la croissance portugaise a été soutenue après la pandémie, avec un PIB en hausse de 3,8 % par an sur cinq ans, contre 2,6 % en moyenne dans l’UE. Le FMI prévoit une croissance entre 2,1 et 2,5 % pour le Portugal en 2026, contre 1,4 % pour l’UE, selon les projections citées dans le texte d’origine.

Mais cette progression masque des fragilités : des salaires stagnants, un salaire minimum qui dépasse à peine 1 000 euros par mois — soit 30 % de moins qu’en Espagne voisine et moins de la moitié de celui d’Allemagne — et un coût de la vie en hausse, en particulier des prix du logement (+17 % l’an dernier contre un peu plus de 5 % dans l’UE). À ces tensions économiques s’ajoute une forte montée de l’immigration : le nombre d’étrangers est passé d’environ 59 200 en 2019 à plus de 1,5 million aujourd’hui, dans un pays de moins de 11 millions d’habitants, un facteur exploité par Chega dans son discours politique.

Impacts nationaux et européens

La qualification d’André Ventura au second tour a été perçue comme un signal d’alarme pour l’Union européenne, dans un contexte de montée des extrêmes à travers le continent. Le succès de Chega illustre un rejet croissant des élites traditionnelles et une défiance nourrie par les frustrations post-intégration européenne : salaires jugés trop faibles, coût de la vie élevé et immigration difficile à absorber.

Le président de la République joue, au Portugal, un rôle de modérateur important dans un régime semi-présidentiel où le Premier ministre détient le pouvoir exécutif principal. Le président, élu pour cinq ans, peut opposer son veto aux lois jugées inconstitutionnelles et dissoudre l’Assemblée en cas de crise, ce qui donne sa portée aux enjeux de cette élection.

Si André Ventura venait à remporter la présidence, la normalisation de certains thèmes sécuritaires et anti-immigration pourrait déplacer le débat national vers la droite et fragiliser le gouvernement minoritaire de Luís Montenegro, qui ne dispose que de 90 sièges sur 230 et dépend de négociations permanentes avec d’autres forces, parfois Chega ou le PS. À l’inverse, une victoire d’António José Seguro marquerait une préférence pour une ligne modérée et pro-dialogue, au niveau national et européen.

Les Portugais devront trancher, lors du second tour du 8 février 2026, entre deux visions contrastées du pays : un libéralisme centré sur la continuité institutionnelle et le dialogue européen, ou un illibéralisme porté par des promesses de sécurité et de contrôle migratoire, au risque d’intensifier la polarisation politique.

Parlons Politique

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