Un retournement en soirée
Le résultat final des élections municipales à Strasbourg a surpris la soirée électorale : après un premier sondage plaçant la maire écologiste sortante Jeanne Barseghian en tête, la victoire a finalement échu à la socialiste Catherine Trautmann. Selon les chiffres diffusés, Trautmann recueille environ 36,9 % des suffrages, contre 31,9 % pour Jeanne Barseghian — alliée au candidat de La France insoumise Florian Kobryn — et 31,2 % pour Jean‑Philippe Vetter, candidat soutenu par la droite et le centre.
À 75 ans, Catherine Trautmann reprend la mairie de Strasbourg vingt‑cinq ans après l’avoir quittée. Sa remontée a été rendue possible par un ralliement interpartis prisé : l’appoint de candidats issus d’Horizons, de Renaissance et du MoDem a contribué à former une majorité relative au second tour.
Les alliances et leurs conséquences
Trautmann, qui était arrivée en tête du premier tour avec 25,93 % des voix, a formé une alliance avec Pierre Jakubowicz — candidat Horizons — mardi dernier. Jakubowicz, qui « ne pouvait se maintenir », a finalement choisi de s’unir à la liste socialiste, position qui a joué un rôle décisif dans la redistribution des voix entre les deux tours.
Sur le bulletin commun présenté au second tour, aucun sigle de parti n’apparaissait : la liste s’est présentée au nom de Catherine Trautmann. Lors d’un rassemblement place du Château, près de la cathédrale, elle a remercié ses colistiers et déclaré : « La jonction entre les deux listes s’est bien faite », se réjouissant notamment « de l’apport d’électeurs écologistes qui ne voulaient pas d’alliance avec LFI ».
La fusion entre la liste écologiste de Jeanne Barseghian (19 % au premier tour) et la liste LFI de Florian Kobryn (12 %) a permis de rassembler une part importante des suffrages entre les deux tours, mais n’a pas suffi à inverser la dynamique engagée par la coalition Trautmann–Jakubowicz.
Positions et réactions des principaux protagonistes
Jeanne Barseghian, élue pour la première fois maire en 2020, s’est présentée durant l’entre‑deux‑tours comme la « chef de file de la vraie gauche ». Après l’annonce des résultats, elle a salué la victoire de Trautmann tout en dénonçant « le retour du centre à Strasbourg » et en promettant de rester « combative et constructive » dans l’opposition.
Du côté des oppositions, Jean‑Philippe Vetter — arrivé en tête du premier tour dans certaines estimations avec 24,23 % — a regretté « ces négociations contre‑nature d’entre les deux tours » et a souligné que sa campagne était restée « sur nos valeurs, en sincérité, sans alliance contre nature ».
La victoire de Trautmann n’a pas été exempte de commentaires vifs : le député LFI Emmanuel Fernandes a ironisé en accusant Trautmann d’avoir « rejoint le Titanic du macronisme ». Dans le même temps, la campagne Trautmann a été marquée par des mises en garde publiques d’Olivier Faure, premier secrétaire du PS, et d’Édouard Philippe, président d’Horizons, sans que ces réserves n’empêchent la coalition de se former. Le patron de Renaissance, Gabriel Attal, est quant à lui resté en retrait.
Les défis immédiats pour la nouvelle majorité
Pour Catherine Trautmann, la tâche qui s’ouvre dépasse la célébration de la victoire. « On a besoin d’apaiser cette ville et d’ouvrir un vrai dialogue », a‑t‑elle répété, signalant la nécessité de répartir les responsabilités au sein de l’équipe municipale et de négocier une alliance pour la présidence de l’Eurométropole — une étape institutionnelle et politique déterminante pour l’exercice du pouvoir local.
Parmi les enjeux à court terme figurent la composition de la nouvelle équipe municipale, la gestion des priorités locales héritées du mandat sortant, et la capacité à stabiliser une majorité bâtie sur des alliances transversales entre gauche, centre et forces issues d’Horizons. Trautmann a par ailleurs souligné qu’après « un temps de perplexité, les gens se sont montrés très encourageants », ajoutant : « Cela va le faire… »
Les observateurs noteront que la campagne et le scrutin strasbourgeois illustrent la recomposition des équilibres politiques locaux, où les alliances entre formations parfois éloignées idéologiquement peuvent déterminer l’issue d’élections à la marge. À Strasbourg, cette recomposition se traduira dans les prochains jours par des arbitrages concrets au sein de la nouvelle municipalité et de l’Eurométropole.





