Le gouvernement britannique s’est déclaré prêt mardi à rendre publics des documents relatifs à la nomination du prince Andrew comme envoyé spécial pour le Commerce international, poste qu’il a occupé entre 2001 et 2011. Cette annonce est intervenue quelques heures après l’arrestation de l’ancien ministre et ex-ambassadeur Peter Mandelson, dans le cadre des enquêtes en lien avec l’affaire Jeffrey Epstein.
Motion adoptée et promesse de publication
La Chambre des Communes a adopté sans vote une motion déposée par les libéraux-démocrates réclamant la publication des archives liées à la nomination d’Andrew. Le gouvernement a apporté son soutien à ce texte et a précisé qu’il travaillerait avec la police pour s’assurer que la mise en ligne des documents ne « compromette pas l’enquête ». La ministre de l’Éducation, Bridget Phillipson, a indiqué sur Sky News qu’une première tranche de documents serait publiée début mars, tout en rappelant la nécessité d’un tri préalable pour des éléments jugés potentiellement sensibles pour la sécurité nationale.
Une partie des documents sera donc filtrée par une commission parlementaire avant diffusion, selon les informations communiquées au Parlement. Les députés ont mis en avant le devoir de transparence à l’égard des victimes et du public, un argument repris par Chris Bryant, secrétaire d’État au Commerce, qui a déclaré : « C’est bien le minimum que nous devons aux victimes de ces atrocités, commises par Epstein et d’autres. »
Arrestations et retentissement politique
À quatre jours d’intervalle, les arrestations de Peter Mandelson et du prince Andrew ont marqué une nouvelle étape dans l’affaire Epstein, qualifiée à la fois de « mondiale » et de « profondément britannique » par des responsables politiques. Peter Mandelson a été laissé en liberté sous caution après plusieurs heures en garde à vue ; il est soupçonné de manquements à ses devoirs pendant qu’il était ministre entre 2008 et 2010.
Le prince Andrew, déchu de tous ses titres et poussé hors de sa résidence royale par Charles III « en octobre », fait également l’objet d’interrogations quant à ses liens avec Jeffrey Epstein. Au Parlement, Chris Bryant l’a décrit comme un « homme grossier, arrogant, imbu de ses privilèges et incapable de distinguer l’intérêt public de son propre intérêt privé », des propos qui témoignent du climat politique et médiatique exceptionnel autour de ce dossier.
Ces développements pèsent sur l’exécutif. Le Premier ministre Keir Starmer est sous pression, notamment en raison du rappel de Peter Mandelson des États-Unis en septembre 2025 après de nouvelles informations le liant à Jeffrey Epstein. M. Starmer a présenté des excuses, notamment aux victimes, et plusieurs membres de son équipe — dont son chef de cabinet et son directeur de la communication — ont démissionné.
Origines des révélations et contexte institutionnel
Les récentes arrestations font suite à la publication, fin janvier, d’une nouvelle salve de documents issus des dossiers Epstein rendus publics par le département de la Justice américain. Ces documents ont relancé l’examen des liens entre Epstein et plusieurs personnalités britanniques, et motivé la demande de transparence sur les nominations officielles impliquant Andrew et Peter Mandelson.
La controverse autour de la nomination d’Andrew en 2001 a été ravivée par des extraits évoquant le rôle de responsables politiques de l’époque. Le journal The Telegraph a rappelé des déclarations de Peter Mandelson en 2001, qualifiant alors l’ancien duc d’York de « tout à fait qualifié » pour le rôle d’envoyé spécial. Andrew Lownie, biographe du prince et ancien journaliste à la BBC, a affirmé à l’Agence France-Presse que Peter Mandelson et l’ancien Premier ministre Tony Blair avaient « imposé la nomination » d’Andrew.
Le gouvernement britannique s’était déjà engagé début février, après l’adoption d’une motion conservatrice au Parlement, à publier des documents concernant la nomination de Peter Mandelson au poste d’ambassadeur à Washington à la fin de 2024. Cette promesse de transparence et la mise en ligne imminente d’archives s’inscrivent dans la volonté affichée des députés d’éclairer le rôle de hauts responsables dans cette affaire.
Les responsables politiques insistent cependant sur le fait que la diffusion doit se faire sans porter atteinte au bon déroulement des enquêtes en cours. Le choix de rendre publiques des archives administratives marque une étape notable dans la manière dont Westminster gère la pression autour d’affaires impliquant des personnalités de premier plan.





