José Jeri, 39 ans, nommé président par intérim le 10 octobre 2025 après la destitution de Dina Boluarte, se retrouve à son tour sous la menace d’une procédure de destitution. Alors que le Pérou traverse une nouvelle période d’instabilité politique, la question se pose : le Congrès ira‑t‑il jusqu’à le retirer, comme il l’a fait auparavant avec Dina Boluarte, Martin Vizcarra en 2020 et Pedro Castillo en 2022 ?
Calendrier et contexte électoral
Le pays est engagé dans un cycle électoral majeur : le premier tour des élections générales est prévu le 12 avril 2026 pour élire le président, les députés et, pour la première fois depuis 1990, des sénateurs — marquant le retour du bicaméralisme au Parlement péruvien. Ce calendrier place la situation institutionnelle sous haute tension, chaque décision du Congrès ayant un impact direct sur la stabilité politique à quelques semaines du scrutin.
La destitution de José Jeri s’inscrit dans une série d’événements récents : Dina Boluarte a été destituée le 10 octobre 2025, et ses prédécesseurs ont eux aussi fait face à des procédures parlementaires ; Martin Vizcarra a été visé en 2020 et Pedro Castillo a été destitué en 2022. Ces épisodes illustrent une pratique récurrente de confrontation entre l’exécutif et le législatif au Pérou.
La procédure engagée : signatures et calendrier
Mercredi 11 février 2026, les 130 députés du Congrès ont réuni les signatures nécessaires pour convoquer, dans un délai maximum de quinze jours, une séance plénière destinée à débattre d’une motion de destitution à l’encontre de José Jeri. Le fait que l’ensemble des députés ait signé la demande signale un niveau élevé de mobilisation parlementaire autour du dossier.
La motion fait suite à des allégations de délits de trafic d’influence présumés visant le chef de l’État par intérim. Les députés ayant initié la démarche évoquent plusieurs affaires qu’ils considèrent suffisantes pour instruire une mise en accusation politique. À ce stade, il s’agit d’allégations ; leur qualification et leur examen relèveront du débat parlementaire et, le cas échéant, d’enquêtes judiciaires.
Enjeux politiques et institutionnels
La convocation d’une plénière dans un délai de quinze jours place le gouvernement intérimaire dans une situation délicate : la procédure peut empoisonner la campagne électorale à venir, influencer les stratégies des partis et accroître l’incertitude économique et sociale. Pour les électeurs, ces événements soulignent la fragilité des institutions et le rôle central que joue le Congrès dans l’équilibre des pouvoirs.
Pour les observateurs, la répétition de procédures de destitution soulève des questions sur l’usage du mécanisme par rapport à sa vocation constitutionnelle. Le recours fréquent à des motions parlementaires contre des présidents successifs alimente un climat de confrontation politique, parfois perçu comme une forme d’instabilité institutionnelle chronique.
Ce qui reste à déterminer
Plusieurs éléments restent à clarifier avant de pouvoir mesurer l’issue probable de la procédure : la tenue effective de la plénière, la teneur des preuves présentées par les députés, les positions des groupes parlementaires clés, et la façon dont la justice traitera les éventuelles allégations pénales. Toute décision du Congrès dépendra aussi des majorités parlementaires et des négociations en coulisses.
À ce stade, il est important de distinguer les faits établis — dates de nomination et de récolte des signatures, calendrier électoral — des accusations en cours, qui demandent à être examinées et corroborées par des enquêtes indépendantes. Le débat parlementaire devra, en principe, permettre d’apporter davantage de précisions.
Dans un pays où les alternances se heurtent régulièrement à la défiance institutionnelle, la procédure lancée contre José Jeri constitue un test supplémentaire pour la classe politique péruvienne et pour la capacité des institutions à trancher des différends majeurs à quelques semaines d’élections générales déterminantes.





