Quand une guerre s’éternise, qui paie le prix du risque ?
Pour une entreprise qui expédie des marchandises, fait naviguer un navire ou maintient une activité dans une zone sous tension, le danger n’est pas seulement militaire. Il devient aussi financier. Et très vite, la facture grimpe.
Au Moyen-Orient, la montée des tensions liées au conflit avec l’Iran fait exploser la demande d’assurances de guerre. Ces contrats couvrent des dommages qui échappent en général aux polices classiques, comme les frappes de missiles, les actes de terrorisme ou certains dommages liés aux hostilités.
Des contrats à part, devenus indispensables
En temps normal, une assurance d’entreprise protège déjà contre beaucoup de risques : dégâts matériels, cyberattaques, interruption d’activité. Mais la guerre, elle, est presque toujours exclue. C’est le principe de la « clause de guerre » : l’assureur ne couvre pas les pertes provoquées par un conflit armé, sauf contrat spécifique.
Dans les zones les plus exposées, les compagnies doivent donc acheter des garanties additionnelles. Et le problème est simple : plus le risque augmente, plus les primes montent. À l’été 2025, plusieurs sources du secteur ont déjà fait état d’une hausse marquée des tarifs pour les navires traversant des zones sensibles du Golfe et de la mer Rouge, avec des bonds allant jusqu’à 60 % selon certaines estimations professionnelles.
La logique est la même aujourd’hui. Quand les missiles, les drones ou les attaques sur les routes maritimes deviennent plausibles, l’assureur ne raisonne plus comme en période de paix. Il ajuste le prix, réduit la couverture ou, dans certains cas, refuse d’assurer.
Ce que cela change pour les entreprises
La hausse des primes ne touche pas seulement les armateurs. Elle pèse aussi sur les exportateurs, les logisticiens, les énergéticiens et les industriels installés dans la région. Dès qu’un trajet maritime, un entrepôt ou une usine se trouve à portée d’un conflit, le coût du risque entre dans les comptes.
Concrètement, cela renchérit les coûts d’exploitation. Une entreprise qui devait simplement couvrir son fret, ses stocks et son activité doit désormais payer davantage pour sécuriser la continuité de ses opérations. Dans certains cas, elle accepte une couverture plus chère. Dans d’autres, elle renonce à certaines routes ou à certains marchés.
Le risque ne se limite pas aux dégâts directs. Une attaque peut bloquer un port, détourner une route commerciale ou immobiliser un navire pendant des jours. C’est là qu’intervient aussi l’assurance d’interruption d’activité, qui ne suffit toutefois pas à absorber les effets d’une guerre ouverte. D’où la montée des polices spécialisées.
Un marché sous tension, entre couverture et restriction
Le cœur du débat, aujourd’hui, tient en deux mots : prix et limite. Les entreprises veulent une protection assez large pour continuer à travailler. Les assureurs, eux, veulent éviter des pertes massives dans une zone où les missiles et les drones rendent les sinistres difficiles à anticiper.
Cette tension n’est pas nouvelle, mais elle s’aggrave à chaque reprise du conflit régional. Les assureurs ajustent alors leurs zones dites « à haut risque », parfois en retirant certains trajets de la couverture ou en exigeant des surprimes importantes. Dans le transport maritime, ces décisions se répercutent vite sur les coûts du fret et sur les délais de livraison.
Le sujet dépasse d’ailleurs les seules entreprises locales. Les routes du Golfe et les détroits stratégiques, comme celui d’Ormuz, pèsent sur une partie du commerce mondial. Quand l’assurance devient plus chère, c’est toute la chaîne logistique qui encaisse le choc : transport, énergie, matières premières, stocks et prix finaux.
Ce qu’il faut surveiller
La suite dépendra de l’évolution militaire sur le terrain et de la durée du conflit. Si les frappes, les menaces sur le trafic maritime ou les attaques par drones continuent, les tarifs resteront élevés. Si la tension retombe, le marché pourra respirer. Mais pour l’instant, la tendance est claire : plus l’incertitude géopolitique dure, plus assurer une activité dans la région coûte cher.















