La pression américaine, un choc désormais installé
Quand le pétrole grimpe et que les règles commerciales se durcissent en même temps, la question n’est plus abstraite. Pour Pékin, le choc se mesure dans les coûts de production, la sécurité des approvisionnements et la capacité à garder ses usines pleines. Les grandes institutions voient déjà un ralentissement en 2026. La Banque mondiale parle d’un coup de frein en Asie de l’Est et dans le Pacifique, tiré par le conflit au Moyen-Orient, les barrières commerciales et l’incertitude. L’OCDE et l’EIA vont dans le même sens. La croissance chinoise résiste, mais elle perd de la vitesse.
Cette pression ne commence pas cette année. Les droits de douane « Section 301 » ont été lancés en 2018 contre les pratiques commerciales jugées déloyales de la Chine. Depuis, Washington a maintenu le cadre, puis l’a retouché par vagues successives. En 2024, l’USTR a encore modifié ces tarifs. Dans le même temps, le département du Commerce a renforcé les restrictions sur les semi-conducteurs avancés. Le conflit n’est donc plus un épisode isolé. Il est devenu un système de contraintes. Les tarifs américains sur la Chine s’inscrivent désormais dans une stratégie de long terme.
La Chine a diversifié ses débouchés
Le résultat se voit dans les chiffres. En février 2026, la Chine ne représentait plus que 7,8 % des importations américaines de biens, selon le Census Bureau. Les échanges bilatéraux restent énormes, avec 414,7 milliards de dollars de biens et services en 2024, puis 414,7 milliards de dollars d’échanges de biens en 2025 selon l’USTR. Mais Pékin a déplacé une partie de ses flux vers d’autres marchés. Les données officielles chinoises montrent qu’au premier semestre 2025, le commerce avec les partenaires des Nouvelles routes de la soie a encore progressé de 4,7 %, et que les échanges avec l’ASEAN ont augmenté de 9,6 %.
Autrement dit, Washington a bien entamé le commerce sino-américain, mais il n’a pas réussi à le couper. La Chine a absorbé une partie du choc en réorientant ses exportations et ses importations. Elle a aussi profité du fait que beaucoup d’économies d’Asie du Sud-Est, d’Afrique ou d’Amérique latine restent intégrées aux chaînes de valeur chinoises. Le rapport de force existe. Mais il n’efface pas la dépendance mutuelle accumulée depuis quinze ans.
Le vrai point faible reste l’énergie
Là où la Chine reste la plus vulnérable, c’est sur le pétrole. L’EIA estime qu’en 2024 le pays a importé 11,1 millions de barils par jour de brut. La Russie fournissait 20 % de ces volumes, l’Arabie saoudite 14 %, l’Iran 11 % et le Venezuela 2 %. Pékin dispose bien d’un matelas, avec environ 290 millions de barils dans sa réserve stratégique en 2024. Mais ce coussin sert à amortir les secousses, pas à supprimer la dépendance. Le bilan énergétique chinois montre surtout un pays très exposé aux routes maritimes et aux fournisseurs de brut.
Le point sensible n’est pas seulement l’origine du pétrole. C’est aussi qui le raffine. Selon l’EIA, près de 90 % du brut iranien importé par la Chine est traité par des raffineries indépendantes, souvent plus petites et plus fragiles que les grands groupes publics. Quand le marché se tend, ce sont elles qui encaissent d’abord la hausse des prix. L’IEA a noté que les flux par le détroit d’Ormuz avaient été fortement perturbés et que le Brent avait frôlé les 120 dollars. La Banque mondiale ajoute que le brut a grimpé d’environ 40 % entre février et mars 2026, tandis que le gaz naturel liquéfié livré à l’Asie et les engrais ont eux aussi flambé.
Pour les entreprises chinoises, l’effet est indirect mais réel. Le transport coûte plus cher. La facture énergétique monte. Les marges se serrent dans la pétrochimie, la logistique et les petites raffineries. Pour les ménages, le choc arrive avec retard, via les prix des biens importés, des carburants et des intrants agricoles. C’est moins visible qu’un embargo. Mais c’est plus diffus. Et, au final, cela finit dans les comptes des entreprises comme dans le panier des consommateurs.
Venezuela, routes commerciales et rapport de force
Le Venezuela, lui, pèse moins directement. L’EIA estime que le pays ne représentait que 2 % des importations chinoises de brut en 2024. Si cette source se tarit, Pékin peut absorber une partie du manque en s’appuyant davantage sur ses autres fournisseurs. L’enjeu devient alors moins énergétique que politique et financier: sécuriser des contrats, défendre des créances, préserver des positions dans l’extraction et le transport. La Chine ne perd pas seulement un baril. Elle défend un réseau d’intérêts construit sur plusieurs années.
Ce schéma explique pourquoi l’influence chinoise reste difficile à déloger d’un simple coup de pression. Les échanges avec les partenaires des Nouvelles routes de la soie dépassaient encore la moitié du commerce extérieur chinois au premier semestre 2025. L’ASEAN, elle, reste un pilier de cette recomposition. En parallèle, les grandes institutions multilatérales rappellent que la croissance chinoise dépend encore beaucoup des exportations, alors que la demande intérieure reste fragile. La Chine a donc gagné du temps. Mais elle n’a pas supprimé ses points de tension.
Ce qu’il faut surveiller
Le prochain test se jouera sur deux fronts. D’abord, les prix du brut. L’EIA prévoit encore un Brent au-dessus de 95 dollars pendant plusieurs semaines avant un reflux plus tard en 2026. Ensuite, les flux commerciaux. Si la part chinoise dans les importations américaines continue de reculer au rythme observé en février 2026, le bras de fer entrera dans une phase moins spectaculaire, mais plus durable. Ce sera une guerre de coûts, de contournements et de chaînes logistiques. Et c’est souvent là que se joue l’essentiel.













