La Coupe du monde de football 2026, co-organisée par les États-Unis, le Canada et le Mexique, est présentée comme la plus grande de l’histoire. Mais, à l’approche du tournoi, la montée des tensions diplomatiques et des mesures migratoires américaines soulève la question d’un boycott ou d’un retrait politique de l’événement.
Un contexte diplomatique tendu autour des États-Unis
Les prises de position et les actes de l’exécutif américain ont cristallisé des inquiétudes. Après des déclarations publiques — notamment un discours au Forum économique mondial de Davos où Donald Trump a affirmé qu’il n’utiliserait pas la force pour annexer le Groenland — l’administration a multiplié des décisions perçues comme coercitives. Parmi elles, le gel, annoncé à la mi-janvier, des visas pour les ressortissants de 75 pays et des restrictions douanières ciblées ont été interprétés comme des outils de pression diplomatique.
Ce climat rappelle, selon les observateurs, des épisodes antérieurs où la politique internationale a pesé sur l’organisation sportive, comme avec la Russie en 2018 ou le Qatar en 2022. La distinction entre sport et diplomatie devient difficile à maintenir quand des mesures concrètes compliquent la venue de supporters et d’équipes.
Appels au boycott, réactions politiques et position des fédérations
Plusieurs responsables politiques et personnalités publiques ont évoqué la possibilité d’un boycott. Le 26 janvier, l’ancien président de la FIFA, Sepp Blatter, a même conseillé aux supporters : « un seul conseil : évitez les États-Unis ! ». Des voix politiques européennes ont également fait entendre des réserves. Le 16 janvier, le député allemand Jürgen Hardt (CDU) a évoqué la possibilité d’une absence de la sélection allemande, idée finalement rejetée par la fédération nationale (DFB) le 31 janvier.
Au plan des fédérations, les réactions varient. Certains dirigeants, comme le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez, ont pris des positions publiques sur d’autres dossiers internationaux liés au sport. La Fédération française (FFF) et son président Philippe Diallo ont, eux, voulu calmer le jeu : dans Ouest-France le 25 janvier, Diallo a assuré qu' »il n’y a aucune volonté de la Fédération de boycotter » la compétition. De même, la fédération belge a joué la prudence et préféré, pour l’instant, « botter en touche ».
Pour autant, des responsables et parlementaires européens ont lancé des alertes formelles. Dans une lettre conjointe adressée le 12 janvier à la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, ainsi qu’aux dirigeants de la FIFA et de l’UEFA, des eurodéputés dénoncent un « climat d’incertitude juridique croissant » autour d’un événement qui doit « rassembler » plutôt que « diviser ».
Visas, sécurité et conséquences pour les supporters
Les points techniques inquiètent autant que les messages politiques. La liste des griefs adressés aux autorités américaines est longue : restrictions de visas visant des citoyens européens, contrôles migratoires opaques, collecte de données biométriques, et exigences concernant l’historique des activités sur les réseaux sociaux, mentionnées dans un avis publié le 10 décembre dans le Federal Register.
Le programme d’exemption de visa (Visa Waiver Program) permet à la plupart des ressortissants de l’Union européenne de se rendre aux États-Unis sans visa pour un séjour de 90 jours maximum, après demande d’autorisation ESTA. Mais certains pays et ressortissants restent exclus ou voient leur ESTA invalidé, et des séjours dans des pays listés (Iran, Irak, Syrie, Soudan, Libye, Somalie, Yémen, Corée du Nord) nécessitent un visa consulaire.
Au-delà des documents, des conséquences concrètes pèsent sur les supporters : selon les informations disponibles, des demandes de visa peuvent être soumises au versement d’une caution fixée entre 5 000 et 15 000 dollars, conditionnée à un entretien avec les autorités migratoires. Des dizaines de pays font déjà l’objet de suspensions indéfinies du traitement des visas, et la FIFA a indiqué, mi-janvier, avoir enregistré 500 millions de demandes de billets en un mois.
Organisations de supporters comme Football Supporters Europe (FSE) ont exprimé des « préoccupations graves » face à un risque de raids d’ICE (Immigration and Customs Enforcement) et à la sécurité des fans. L’agence américaine a confirmé le déploiement de certains agents lors de grands événements sportifs, suscitant des demandes d’encadrement de la part de responsables européens.
Un tournoi confronté à des défis hors du terrain
La billetterie, ouverte pour des matchs débutant le 11 juin et réunissant 48 équipes, a proposé des tarifs allant de 191 à 14 281 euros. Malgré l’engouement — traduit par des centaines de millions de demandes —, la compétition se retrouve fragilisée par des enjeux hors du terrain : incertitudes juridiques, pressions politiques, mesures migratoires et inquiétudes sécuritaires.
Si le sport demeure un puissant vecteur de rassemblement, il ne peut se déconnecter totalement d’un contexte international qui le traverse. À mesure que se rapprochent les échéances logistiques et sportives, la communauté mondiale du football devra concilier l’esprit du jeu avec des contraintes diplomatiques et pratiques difficiles à ignorer.





