La guerre entre Israël et l’Iran, étendue à plusieurs fronts, alimente la crainte d’une crise énergétique mondiale, selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE). Au centre des tensions se trouve le détroit d’Ormuz, artère stratégique par laquelle transitent habituellement 20 % de la production pétrolière mondiale.
Le détroit d’Ormuz : un passage stratégique paralysé
Depuis le début des hostilités, le transit dans le détroit d’Ormuz s’est effondré : la société d’analyse Kpler évalue la chute à 95 %. Seuls quelques cargos et pétroliers ont réussi à franchir le passage. Pour le directeur de l’AIE, Fatih Birol, la perte d’approvisionnement est considérable : « à ce jour, nous avons perdu 11 millions de barils par jour, soit plus que les deux crises pétrolières majeures réunies » des années 1970, a-t-il déclaré depuis l’Australie.
Face à cette situation, les États-Unis ont adressé un ultimatum public à l’Iran. Selon un message posté sur Truth Social, Donald Trump a fixé une échéance — « d’ici la nuit prochaine – 23H44 GMT lundi » — et menacé d’« anéantir » les centrales électriques iraniennes si le passage n’était pas rouvert. Téhéran a riposté par des mises en garde : l’armée iranienne a affirmé, via l’agence Fars, pouvoir fermer totalement le détroit et « cibler toutes les infrastructures énergétiques, de technologie de l’information et de dessalement d’eau appartenant aux États-Unis ».
Multiplication des frappes et dégâts aux infrastructures énergétiques
Les échanges de frappes se sont intensifiés dans la région. L’armée israélienne a annoncé une « large vague d’attaques » à Téhéran, où des explosions ont été signalées et où des images de fumée ont été diffusées par des journalistes de l’AFP. Le sud du pays et la région du Golfe ont également été touchés par des tirs et des attaques par drones.
Selon l’AIE, au moins 40 infrastructures énergétiques sont « gravement ou très gravement endommagées » dans neuf pays, conséquence des opérations commencées le 28 février par des frappes américano‑israéliennes contre des sites iraniens. Plusieurs États du Golfe ont rapporté des attaques : les Émirats arabes unis ont indiqué avoir repoussé des missiles et des drones, l’Arabie saoudite a signalé la présence de deux missiles et d’un drone, et Bahreïn a déclenché des alertes internes.
Pour tenter de limiter l’impact sur les marchés, Washington a autorisé, un vendredi récent, la vente et la livraison pour un mois du pétrole iranien présent sur des navires. Téhéran a répondu qu’il ne disposait d’aucun surplus de brut en mer.
Impact humain, risques régionaux et crainte d’une escalade nucléaire
Outre les dommages matériels, la guerre a un coût humain élevé. Le Liban a déclaré plus d’un millier de morts et plus d’un million de déplacés, selon des bilans cités dans le dossier. Les frappes au sud du Liban ont notamment détruit des infrastructures civiles et un pont stratégique sur la côte, que l’armée israélienne dit avoir ciblé pour empêcher des mouvements du Hezbollah.
La crainte d’une escalade impliquant des sites nucléaires croît. Des frappes iraniennes ont touché des zones proches d’installations israéliennes sensibles, dont une zone résidentielle à quelques kilomètres du centre de recherche nucléaire de Dimona, selon des témoignages locaux. Le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a appelé « urgemment toutes les parties à faire preuve de la plus grande retenue militaire et à éviter toute action susceptible de déclencher des incidents nucléaires ».
Sur le plan militaire, Israël a annoncé se préparer à « plusieurs semaines de combats » et vouloir « intensifier les opérations terrestres ciblées et les frappes » au Liban pour repousser le Hezbollah loin de la frontière, a déclaré le chef d’état‑major israélien, le lieutenant‑général Eyal Zamir.
Dans les rues de Téhéran, l’incertitude domine. « La seule chose commune que nous ressentons dans cette période est l’incertitude sur l’issue », confie Shiva, 31 ans. Les autorités et les organisations internationales insistent sur la nécessité d’une action coordonnée pour limiter l’impact économique et humanitaire d’une crise qui, selon l’AIE, menace l’économie mondiale si elle perdure.
Articles et images de l’AFP à Téhéran, Jérusalem, Dubaï, Bagdad, Beyrouth et Washington.





