François Mitterrand, malgré une fascination pour les États-Unis, n’en fut jamais un admirateur sans réserve. Dans Le Dernier Mitterrand (Plon, 1997), le journaliste Georges‑Marc Benamou rapporte une confidence de l’ancien président socialiste : « La France ne le sait pas, mais nous sommes en guerre avec l’Amérique. »
Mitterrand : attraction et critique
La formule résume une ambivalence prononcée. Mitterrand, homme de gauche, voyait dans l’allié américain à la fois un modèle d’efficience et une puissance inquiète pour la souveraineté nationale. Sa description parle d’une « guerre » qui serait « permanente, vitale, économique, une guerre sans mort apparemment », qualifiant par ailleurs les Américains de « voraces » et estimant qu’ils « veulent un pouvoir sans partage sur le monde ». Ces mots, transmis par Georges‑Marc Benamou, appartiennent au répertoire critique de l’après‑guerre froide où se mêlaient réalismes géopolitiques et préoccupations idéologiques.
Une défiance qui perdure à gauche
Trente ans ont passé depuis la disparition de Mitterrand et la méfiance envers la puissance américaine reste vive au sein de la gauche française. Cette continuité idéologique tient à la perception d’un déséquilibre de pouvoir : pour certains, l’influence américaine s’exerce au détriment de l’autonomie européenne et des marges de manœuvre nationales, en particulier sur les questions économiques et militaires.
La résurgence de critiques s’explique aussi par des épisodes concrets cités dans le texte d’origine. L’intervention de Donald Trump au Venezuela et ses déclarations répétées — y compris l’évocation de « prendre » le Groenland, territoire autonome relevant de la souveraineté danoise — ont alimenté une inquiétude sur l’instabilité des engagements américains. Ces faits, tels que rapportés, ont relancé le débat sur la fiabilité de l’alliance transatlantique.
Échos contemporains : paroles politiques
La position de Mitterrand trouve des résonances chez des responsables politiques récents. Dans un entretien accordé à Libération, daté « jeudi 8 janvier » dans le texte d’origine (l’année n’est pas précisée dans l’extrait fourni), l’ancien président François Hollande a exprimé son regret face au « déchirement » entre Européens et Américains depuis la réélection de Donald Trump. Il a déclaré : « Ils prennent conscience que les Etats‑Unis ne sont plus leurs alliés, et qu’ils se détachent de la protection de leur continent, c’est un bouleversement. »
Ces propos soulignent l’idée d’un basculement stratégique perçu : plusieurs responsables estiment que la relation transatlantique, longtemps considérée comme le pilier de la sécurité européenne, subit des tensions nouvelles. Le vocabulaire employé — « déchirement », « bouleversement » — traduit une prise de conscience politique et publique sur l’évolution des garanties sécuritaires et politiques.
Il convient de noter que l’analyse rapportée ici s’appuie sur des témoignages et des prises de parole publiques. Le livre de Georges‑Marc Benamou et l’entretien cité fournissent des éléments documentés, mais la portée exacte de ces analyses dépend de leurs contextes respectifs. Leurs formulations restent marquées par le registre polémique et la sensibilité politique des auteurs et interlocuteurs.
En somme, la relation franco‑américaine apparaît, dans ces récits, comme une combinaison de fascination et de défiance. Les mots de Mitterrand, tels que consignés par Benamou, et les remarques de personnalités contemporaines illustrent la permanence d’un questionnement sur la nature de l’alliance et sur les frontières entre solidarité stratégique et rivalité d’intérêts.





