Depuis qu’il est redevenu président des États-Unis en janvier 2025, Donald Trump a déclaré « une guerre commerciale au monde entier ». L’Union européenne n’a pas été épargnée par ces attaques verbales et tarifaires : le milliardaire ultraconservateur a multiplié les accusations contre les pays du Vieux Continent, accusés d’avoir « trop longtemps profité d’une forme de bienveillance commerciale américaine ».
Le 2 avril 2025, lors d’une allocution annonçant de nouvelles mesures, le président a asséné : « Vous pensez que l’Union européenne est très amicale, mais ils nous arnaquent. C’est tellement triste à voir. C’est pathétique ». À la fin janvier 2025, il avait déjà estimé que « ils n’achètent ni nos voitures, ni nos produits agricoles, ils n’achètent presque rien », répétant ainsi un argument central de sa stratégie commerciale.
Mesures et négociations : du 20 % annoncé au 15 % obtenu
En avril 2025, Donald Trump a annoncé son intention d’appliquer un taux de 20 % de droits de douane supplémentaires sur les importations en provenance de l’Union européenne. Après de longues négociations entre Washington et Bruxelles, la mesure a finalement été atténuée : le président a obtenu une hausse de 15 % des droits de douane sur ces importations, selon le texte original.
Cette escalade tarifaire répond à une préoccupation affichée par l’administration américaine : réduire ce que M. Trump qualifie de « déficit commercial » avec l’UE. Il a évoqué un chiffre de 300 milliards de dollars (263 milliards d’euros), mais le texte indique que cette estimation est inexacte au regard des statistiques officielles.
Les chiffres du commerce transatlantique en 2024
Les données publiées par la Commission européenne et Eurostat, reprises dans l’article d’origine, donnent un tableau plus nuancé. En 2024, le commerce transatlantique de biens et de services a dépassé 1 680 milliards d’euros au total, selon la Commission européenne.
Sur le plan des biens, l’Union européenne a échangé 867 milliards d’euros avec les États-Unis en 2024, un montant qui a presque doublé au cours des dix dernières années, souligne le bilan. Pour les services, le total des échanges entre l’UE et les États-Unis s’est élevé à 817 milliards d’euros la même année.
Au sein de ces flux, les exportations européennes de biens vers les États-Unis ont atteint 532,3 milliards d’euros en 2024, tandis que les importations en provenance des États-Unis se sont établies à 334,8 milliards d’euros. Cela se traduit par un excédent commercial de 197,5 milliards d’euros en faveur de l’Union sur les seuls échanges de biens.
En intégrant les services, la balance commerciale penche toujours en faveur de l’UE mais de manière beaucoup plus limitée : l’excédent global n’est plus que d’environ 50 milliards d’euros, loin des 300 milliards de dollars souvent évoqués par la présidence américaine.
Services, propriété intellectuelle et secteurs clés
L’apparente divergence provient en grande partie de la façon dont sont comptabilisés les services et de l’importance des revenus liés à la propriété intellectuelle. Eric Dor, professeur à l’IESEG, interrogé par Le Figaro et cité dans le texte original, rappelle que lorsque les consommateurs européens achètent un objet marqué « Disney » ou des chaussures « Nike », les filiales européennes paient des droits d’utilisation de la marque. Ces revenus figurent dans les exportations américaines de services — notamment sous la rubrique « propriété intellectuelle » — et amplifient les flux de services au profit des entreprises américaines.
Eurostat détaille également les principaux biens échangés en 2024. Du côté des importations de l’UE en provenance des États-Unis, on retrouve le pétrole et produits pétroliers (16,1 %), les médicaments et produits pharmaceutiques (13,8 %), les machines et équipements de production d’énergie (9,2 %), le gaz naturel et manufacturé (5,8 %) et d’autres matériels de transport (5,5 %).
En sens inverse, les exportations européennes vers les États-Unis sont principalement composées de produits médicinaux et pharmaceutiques (22,5 %), de véhicules routiers (9,6 %), de machines et équipements industriels généraux (6,4 %), d’appareils et pièces électriques (6 %) et de machines spécialisées (5 %).
Variations nationales au sein de l’Union
La situation n’est pas homogène selon les États membres. En 2024, vingt des 27 pays de l’UE affichaient un excédent commercial dans les échanges de biens avec les États-Unis. En tête, l’Allemagne avec un excédent de 92 milliards d’euros, suivie de l’Irlande (51 milliards) et de l’Italie (39 milliards). La France se situe au milieu du classement avec un excédent de 3 milliards d’euros en 2024.
À l’autre extrémité, des États membres présentent des soldes beaucoup plus modestes : Malte (12 millions d’euros), Chypre (147 millions), Slovénie (275 millions), Luxembourg (306 millions) et Pologne (513 millions). L’Espagne affiche un excédent de 6 milliards, le Royaume des Pays-Bas 25 milliards d’euros.
Dans ce contexte complexe, les arguments de l’administration américaine s’appuient sur des chiffres partiels et des interprétations ciblées des données commerciales. Les balances statistiques distinguent clairement biens et services, et c’est sur cette distinction que repose en grande partie le débat entre Washington et Bruxelles.





