Un Casque bleu tué, une mission sous pression
Quand des soldats de l’ONU sont touchés au Liban, c’est toute la ligne de front qui se tend un peu plus. Et cela relance une question simple : qui protège encore les civils, et qui protège les casques bleus eux-mêmes ?
Dans le sud du Liban, la Force intérimaire des Nations unies au Liban, la FINUL, agit depuis 1978 entre Israël et le Hezbollah. Sa mission est claire : observer, accompagner l’armée libanaise et éviter que la frontière ne bascule dans une guerre ouverte. Mais depuis l’embrasement régional lié à la guerre entre Israël et le Hamas, cette zone est redevenue l’un des points les plus dangereux du Moyen-Orient. Les incidents visant la FINUL se sont multipliés ces derniers mois, au point de fragiliser encore un mandat déjà sous tension.
Ce qui s’est passé près d’Adchit Al Qusayr
Lundi 30 mars, la FINUL a annoncé la mort d’un Casque bleu indonésien dans le sud du Liban. Selon son communiqué, un projectile a explosé près d’une position de la force de l’ONU, à proximité d’Adchit Al Qusayr. Trois autres soldats ont été blessés, dont un grièvement.
La force onusienne a précisé qu’elle ne connaissait pas l’origine du projectile et qu’une enquête avait été ouverte pour établir les circonstances exactes de l’explosion. Le soldat tué appartenait au contingent indonésien. Jakarta a présenté ses condoléances à sa famille. De son côté, le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a condamné l’incident.
Le drame intervient alors que les affrontements continuent dans le sud du Liban entre Israël et le Hezbollah. Dans cette zone, la FINUL est censée servir de tampon. En pratique, elle se retrouve souvent exposée aux tirs, aux drones, aux explosions et aux mouvements de troupes.
Pourquoi cet incident pèse autant
Le décès d’un casque bleu ne change pas seulement le bilan humain. Il rappelle aussi une réalité gênante : la marge de sécurité de la FINUL s’est rétrécie. Une force de maintien de la paix n’est utile que si elle peut circuler, observer et signaler. Quand ses positions sont frappées, cette capacité s’érode.
La FINUL a été créée par le Conseil de sécurité de l’ONU en mars 1978 pour confirmer le retrait israélien du Liban et aider l’État libanais à rétablir son autorité dans le sud du pays. Son mandat a ensuite été élargi, après la crise de 2006, pour surveiller la cessation des hostilités et accompagner le déploiement de l’armée libanaise. Autrement dit, la mission n’est pas décorative. Elle sert à éviter que le sud du Liban ne devienne un vide sécuritaire.
Mais cette fonction suppose un minimum d’acceptation par les acteurs armés. Or, depuis la guerre déclenchée en octobre 2023 au Moyen-Orient, la frontière israélo-libanaise est devenue une zone d’échanges militaires quasi permanents. La FINUL a déjà signalé plusieurs incidents graves, notamment des tirs et des explosions à proximité de ses patrouilles. Chaque nouvel épisode accroît la pression sur la mission et sur son personnel.
Israël, le Hezbollah et la logique de la zone tampon
En parallèle, Benjamin Netanyahu a ordonné à l’armée israélienne d’« étendre davantage la zone de sécurité existante » dans le sud du Liban. Le Premier ministre israélien dit vouloir éloigner le Hezbollah de la frontière et neutraliser les tirs de missiles antichars.
Ce point est central. Pour Israël, il s’agit de créer une profondeur de sécurité face à un adversaire armé, soutenu par l’Iran et implanté au sud du Liban. Pour le Hezbollah, la présence israélienne dans la zone frontalière reste une provocation et un levier de confrontation. Entre les deux, l’armée libanaise et la FINUL peinent à imposer une stabilité durable.
Le langage de la « zone de sécurité » est lourd d’histoire. Au Liban, il renvoie à des décennies d’occupation, de retraits partiels et de lignes de cessez-le-feu jamais totalement apaisées. Dans ce contexte, la moindre explosion peut être interprétée comme un signal militaire, même quand ses auteurs restent inconnus.
Ce qu’il faut surveiller maintenant
La première question est celle de l’enquête ouverte par la FINUL. Tant que l’origine du projectile n’est pas établie, toute conclusion reste fragile. La seconde est politique : comment l’ONU, Israël, le Liban et les pays contributeurs vont-ils réagir à ce nouvel incident ?
La troisième est militaire. Si Israël poursuit l’extension de sa zone de sécurité, le sud du Liban pourrait rester durablement sous tension. Dans ce cadre, chaque mouvement de troupe, chaque frappe et chaque incident autour des positions de la FINUL devient un test supplémentaire pour un cessez-le-feu déjà très instable.















