En 1991, l’effondrement de l’Union soviétique a marqué la fin de la guerre froide et l’ouverture d’une longue période de désescalade internationale, fondée sur l’équilibre de la terreur et la promesse d’une mondialisation pacifique. Cette parenthèse historique, née après quatre décennies de confrontation bipolaire, s’est refermée avec l’invasion de l’Ukraine, phénomène qui symbolise la rupture d’un ordre établi depuis la fin du XXe siècle. L’année 2025 conclut, selon la rédaction, ce cycle ouvert il y a plus de trente ans.
Le Bilan 2026 : une photographie de la rupture
L’édition 2026 du Bilan du Monde, réalisée par la rédaction du quotidien, revient sur cette fracture de l’ordre international. L’ouvrage articule son propos autour de trois cahiers — International, France et Planète — et propose un atlas des 198 pays du globe, accompagné d’infographies, d’un portfolio et de tribunes inédites publiées dans les pages Idées du journal.
L’enquête explore comment les événements récents ont remis en cause les institutions et les pratiques multilatérales qui dominaient les relations internationales depuis la seconde moitié du XXe siècle. Elle interroge en particulier la capacité des démocraties à résister aux pressions internes et externes qui érodent les normes et les mécanismes de coopération.
Un trio au sommet et une nouvelle configuration
L’entretien d’ouverture du cahier International est consacré à la politiste Valérie Rosoux, qui affirme : « 2025 confirme la fin de l’ordre post-seconde guerre mondiale ». Selon elle, un nouveau trio domine la scène mondiale : l’Américain Donald Trump, le Chinois Xi Jinping et le Russe Vladimir Poutine. Trois dirigeants qui, d’après l’analyse présentée, combinent pratiques autoritaires, personnalisation du pouvoir et ambitions géopolitiques contraires au multilatéralisme traditionnel.
Le texte souligne que, au-delà des différences nationales, ces dirigeants convergent vers un projet d’ordre postoccidental. Dans cette configuration, le respect formel de la souveraineté peut coexister avec des violations du droit international, la globalisation des marchés avec le retour aux zones d’influence, et des discours néonationalistes avec des visées impériales. L’invasion de l’Ukraine et, plus récemment, l’opération militaire américaine au Venezuela figurent parmi les épisodes cités pour illustrer cette tendance.
Pression sur l’Europe et fragilité intérieure
L’article note que cet entre-deux, qui succède à l’ordre onusien célébré à l’automne pour le 80e anniversaire de l’organisation, cible les valeurs européennes. L’Union européenne et ses États membres se retrouvent confrontés à des défis de souveraineté, de sécurité et d’influence. La France n’échappe pas à ce jeu : le pouvoir politique y subit, selon l’analyse, des attaques visant la démocratie, les médias, les libertés et les valeurs républicaines.
Face à ces tensions, la rédaction met en garde contre le défaitisme. Même si les principes démocratiques sont mis à l’épreuve, plusieurs signaux laissent envisager que l’histoire n’est pas irréversible. La remise en cause des institutions peut susciter des réactions sociales et politiques qui réaffirment ces principes.
Raisons d’espérer et acteurs du changement
Parmi les signes d’espoir, le bilan évoque des revers électoraux et des perturbations politiques aux États-Unis qui affectent la première année du second mandat de Donald Trump, citant notamment l’affaire Epstein comme un élément de contexte de crise. Par ailleurs, l’engagement de la génération Z est mis en lumière : des mobilisations sont observées, selon le dossier, dans des pays aussi divers que le Népal, Madagascar, le Sri Lanka, le Kenya, le Togo, le Bangladesh et le Pérou, où de jeunes citoyens s’organisent pour lutter contre les inégalités et la corruption.
Sur le volet environnemental, l’édition rappelle que les défenseurs de la planète disposent de leviers d’action importants. L’Union européenne y apparaît comme un instrument potentiel pour amplifier les politiques climatiques et de protection, à condition que les États européens s’affirment davantage comme une force stratégique mondiale.
Dans ce clair-obscur politique et géopolitique, où se mêlent risques et transformations, le Bilan du Monde 2026 décrit un monde en recomposition. Si des tendances lourdes favorisent la fragmentation des cadres multilatéraux, des dynamiques sociales, politiques et institutionnelles offrent des marges de manœuvre et des motifs de résilience.
Finalement, l’édition propose une lecture plurielle : le paysage international n’est ni entièrement perdu ni immuablement fermé. Il reste sensible à l’action des acteurs publics et citoyens, ainsi qu’à l’évolution des rapports de force entre États.





