Dans une interview accordée au Monde, le président ukrainien Volodymyr Zelensky alerte sur les conséquences de la levée des sanctions frappant le pétrole russe et appelle à une intensification de la pression internationale. Il met en garde contre un renforcement des ressources financières de Moscou et expose son évaluation de la situation militaire et des besoins ukrainiens, notamment en drones.
Sanctions levées : des recettes « en milliards » selon Zelensky
Volodymyr Zelensky affirme que la récente levée des sanctions sur le pétrole russe a permis à Moscou de dégager des « recettes […] déjà en milliards [de dollars] après seulement trois semaines ». Il prévient que ces revenus ne favorisent pas une réduction de l’intensité des combats et rappelle que, selon lui, « la politique de sanctions a réduit les capacités de la Russie ; les revenus qu’elle tirait de la vente de ses ressources énergétiques ont diminué ».
Dans son propos, le président ukrainien oppose donc l’effet escompté des mesures économiques et la réalité, estimant que la reprise rapide des recettes affaiblit l’impact stratégique des sanctions. Il situe l’analyse dans le cadre plus large de l’effort international pour soutenir l’Ukraine.
« Nous ne voyons pas … de volonté de terminer la guerre » : état du front
Sur le plan militaire, Zelensky indique ne pas percevoir de volonté russe de mettre fin au conflit : « Nous ne voyons pas, de la part de la Russie, de volonté de terminer la guerre ». Il souligne la résistance ukrainienne et ajoute que « si le front en Ukraine ne bouge pas, c’est une défaite pour la Russie », citant l’avis des militaires selon lequel l’absence de mouvement sur le front favorise la partie assiégeante.
Le président avance des chiffres très élevés pour décrire le coût humain du conflit. Il estime que la Russie perd « entre 30 000 et 35 000 [soldats] par mois » et évoque « avec déjà environ 500 000 morts, la guerre entre la Russie et l’Ukraine [comme] le pire bain de sang en Europe depuis 1945 ». Ces formulations sont présentées comme son appréciation et ses estimations dans l’entretien.
Pressions internationales et refus de céder le Donbass
Interrogé sur la diplomatie et les pressions extérieures, Zelensky déclare vouloir davantage d’engagement des États-Unis et de l’Europe : « Nous voudrions que les Etats-Unis fassent davantage pression sur la Russie, pour parler en toute honnêteté. J’estime que cette pression est insuffisante. Pas seulement de la part des Etats-Unis, mais aussi de la part de l’Europe ». Il évoque par ailleurs des pressions pour un retrait ukrainien du Donbass, pression qui, selon lui, viendrait à la fois des Américains et des Russes.
Le chef d’État refuse de céder sur le Donbass, arguant que l’abandon de ces zones urbanisées ouvrirait la voie à une occupation plus large : « Nous ne voulons pas que notre territoire soit à nouveau occupé ni que notre capitale soit bloquée dans le but d’occuper entièrement notre pays. Or cela peut arriver si nous nous retirons du Donbass ». Il ajoute : « Dès lors que vous quittez ces zones urbanisées, vous ouvrez la voie à une occupation rapide par la Russie, si elle le veut. Or bien sûr qu’elle le voudra ».
Drones, demande internationale et contraintes financières
Parallèlement, l’Ukraine entend valoriser son expertise en matière de drones, alors que le Moyen-Orient est au centre des tensions évoquées par Zelensky. Il rapporte avoir reçu des demandes « de la part des Etats-Unis concernant leurs bases dans les pays du Moyen-Orient », ainsi que des manifestations d’intérêt de la part de l’Arabie saoudite, du Qatar, des Émirats arabes unis, de Bahreïn, de la Jordanie et du Koweït. « Nos équipes sont déjà sur place dans certains de ces pays », précise-t-il.
Le président ukrainien souligne toutefois une contrainte majeure : le financement. « Ce qui nous fait surtout défaut aujourd’hui, c’est l’argent. Il nous en faut plus pour produire des drones pour l’Ukraine, pour le champ de bataille. C’est pourquoi nous sommes prêts à vendre à nos partenaires certains matériels dont nous disposons en surplus », affirme-t-il, indiquant une volonté de combiner soutien militaire et partenariats commerciaux pour augmenter la production.
Contexte et éléments à retenir
Cette interview insiste sur plusieurs points : la crainte que la levée des sanctions renforce financièrement la Russie, une demande d’efforts accrus de la part des alliés occidentaux, une ferme opposition à tout retrait du Donbass et la recherche de financements pour augmenter la production d’équipements militaires, notamment de drones. Les chiffres et évaluations présentés sont ceux avancés par le président ukrainien au cours de l’entretien.
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