La libération des personnes persécutées par des régimes totalitaires demeure une priorité de la diplomatie internationale, même si la voie diplomatique ne peut à elle seule régler entièrement cette question. Actuellement, plus de 4 600 personnes seraient détenues en Russie pour des motifs politiques, ce qui fait de leur libération une exigence récurrente des défenseurs des droits humains. Parmi ces cas, certains appellent une attention immédiate en raison du risque vital encouru par les détenus.
Le cas d’Iouri Dmitriev
Iouri Dmitriev, emprisonné depuis décembre 2016, illustre cette urgence. Arrêté sur la base d’accusations que ses soutiens et plusieurs observateurs qualifient de fallacieuses, il a passé plus de neuf ans en détention. Le 28 janvier 2026, il a fêté ses 70 ans au sein d’une colonie pénitentiaire de haute sécurité en Mordovie.
Depuis son incarcération, ses maladies chroniques se sont aggravées. Plutôt que de bénéficier d’un suivi médical adapté, il a été régulièrement sanctionné pour des faits liés à son état de santé : placement à plusieurs reprises en cellule disciplinaire pour s’être assis sur son lit pendant la journée ou pour ne pas avoir exécuté les exercices matinaux « avec suffisamment d’énergie », selon les éléments rapportés dans l’affaire.
Depuis trois ans, Dmitriev est suspecté d’être atteint d’un cancer, sans qu’un diagnostic définitif ni des soins appropriés lui soient accordés. Le jugement qui le condamne prévoit qu’il reste en détention encore six années. Les médecins et défenseurs des droits craignent qu’un retard prolongé dans l’accès à des soins adaptés ne compromette sérieusement son pronostic vital.
Une œuvre de mémoire au cœur de l’affaire
La genèse de la procédure contre Dmitriev est liée à son travail de mémoire. Pendant trois décennies, il a recherché et documenté les lieux de sépulture des victimes de la terreur stalinienne en Carélie, dans le nord de la Russie. En tant que responsable de la section carélienne de l’association russe Memorial, il a reconstitué, à partir d’archives et d’enquêtes patientes, le destin de personnes assassinées pendant la Grande Terreur.
Son action portait sur la localisation des fosses communes, la conservation des traces matérielles et la diffusion des noms des victimes. Ce travail de recherche et de commémoration, longtemps salué par les historiens et les familles des disparus, a été présenté par les autorités impliquées dans son procès comme un élément central du dossier criminel qui conduit aujourd’hui à son maintien en prison.
Enjeux et limites de la diplomatie
La situation de Dmitriev souligne les limites et les responsabilités de la diplomatie internationale. Si la libération des détenus politiques figure parmi les objectifs déclarés des États et des organisations internationales, ce moyen rencontre des barrières juridiques, politiques et diplomatiques qui compliquent les interventions rapides.
La nature sanitaire et pénitentiaire du cas impose cependant une dimension humanitaire : lorsqu’un détenu présente des pathologies graves et que l’accès aux soins est entravé, la question dépasse le seul champ judiciaire et touche au respect des obligations en matière de droits humains.
La trajectoire de Dmitriev — chercheur, militant de la mémoire et prisonnier — place son dossier à l’intersection de l’histoire, du droit et de la santé publique. Les éléments déjà rendus publics présentent un parcours long et documenté de recherches historiques, et décrivent une détérioration de son état de santé face à un accès limité aux soins.
Sans préjuger des décisions judiciaires, la seule lecture des faits disponibles montre qu’un retard supplémentaire dans la délivrance de soins pourrait avoir des conséquences graves. La question de la libération des personnes persécutées pour leurs convictions ou leurs activités civiques reste donc à la fois un impératif moral et un défi pratique pour la communauté internationale.





