Un allié peut-il vraiment quitter l’Otan ?
Quand le président américain menace de partir, la question n’est pas théorique. Elle touche la sécurité de l’Europe, la crédibilité de la dissuasion et, très concrètement, la promesse qu’un pays membre peut compter sur les autres en cas d’attaque.
L’Otan est une alliance militaire fondée sur une logique simple : si un membre est attaqué, les autres l’assistent. Ce principe de défense collective est au cœur de l’article 5 du traité de Washington. Les décisions y sont prises par consensus, et l’Alliance compte aujourd’hui 32 membres. Depuis l’adhésion de la Suède en mars 2024, aucun pays n’a quitté l’organisation. En droit, le traité prévoit aussi une possibilité de retrait, via l’article 13, après dénonciation du texte. Le départ ne serait donc pas instantané : il ouvrirait une séquence politique et juridique lourde.
Ce que dit Donald Trump, et pourquoi cela compte
Donald Trump a dit, dans un entretien publié mercredi 1er avril, qu’il « envisage sérieusement » de retirer les États-Unis de l’Otan. Il a aussi qualifié l’Alliance de « tigre de papier », une formule déjà employée quelques jours plus tôt sur Truth Social. Il reproche aux Européens de ne pas avoir assez contribué à la sécurité commune, en citant notamment le détroit d’Ormuz et le soutien à l’Ukraine. Le message est clair : pour lui, l’Alliance ne fonctionne plus comme il l’entend.
Cette prise de position n’arrive pas seule. La veille, le secrétaire d’État américain Marco Rubio avait lui aussi demandé de « réexaminer » la relation avec l’Otan une fois le conflit en cours terminé. Dans le même temps, à l’échelle alliée, la pression monte déjà sur les budgets militaires : les dirigeants de l’Otan ont réaffirmé à l’été 2025 leur « engagement de fer » pour la défense collective et validé une trajectoire de dépenses plus élevée, avec un objectif discuté jusqu’à 5 % du PIB d’ici 2035. Autrement dit, le débat sur le partage du fardeau ne date pas d’hier, mais il prend ici une tournure beaucoup plus brutale.
Pourquoi cette menace change la donne
Si Washington allait au bout, le choc serait immense. Les États-Unis sont la première puissance militaire de l’Alliance, mais aussi son pilier politique. Sans eux, la crédibilité de l’article 5 serait fragilisée. Ce texte ne promet pas une réponse automatique identique pour tous : chaque allié prend « les mesures qu’il juge nécessaires ». Mais son efficacité repose sur une certitude partagée. Si cette certitude vacille, la dissuasion aussi.
Pour l’Europe, l’enjeu est double. D’abord, militaire : le continent devrait accélérer encore son réarmement et renforcer ses capacités propres. Ensuite, diplomatique : il faudrait reconstruire une chaîne de confiance entre capitales européennes, alors que l’Otan sert aussi de cadre de coordination politique. La réunion internationale organisée par Londres autour de la sécurisation du détroit d’Ormuz montre que les Européens cherchent déjà à garder un rôle dans les crises où Washington veut peser seul.
Des critiques qui dépassent le seul cas Trump
Les critiques américaines visent depuis longtemps le niveau d’effort des Européens. L’argument est connu : les États-Unis paieraient trop pour la sécurité du continent. Mais Trump pousse cette logique plus loin. Là où d’autres administrations réclamaient une hausse des dépenses, lui entretient ouvertement l’idée d’un désengagement. C’est ce qui inquiète les capitales européennes : le problème n’est plus seulement budgétaire, il devient existentiel.
Face à ces attaques, le Premier ministre britannique Keir Starmer a défendu l’Alliance en rappelant qu’elle assure la sécurité du Royaume-Uni depuis des décennies et qu’elle reste, selon lui, l’alliance militaire la plus efficace du monde. Ce type de réponse vise à rassurer les opinions publiques, mais aussi à maintenir l’unité de façade. Car dans l’Otan, un geste ou une phrase du président américain peut produire plus d’effet qu’un long communiqué collectif.
Ce qu’il faut surveiller maintenant
La vraie question, désormais, n’est pas seulement de savoir si Donald Trump ira jusqu’au retrait. C’est de voir jusqu’où il veut faire monter la pression sur les alliés européens, et si cette pression se traduira par de nouvelles exigences sur les budgets, les missions et la place de l’Amérique dans l’Alliance. Les prochaines semaines diront si cette menace reste un levier de négociation ou s’il s’agit d’un tournant durable dans la relation transatlantique.















