Ce que vivent les habitants du nord d’Israël et du sud du Liban
Quand une armée avance au sol, la question n’est plus seulement militaire. Elle devient très concrète : qui peut encore rester chez soi, qui doit partir, et combien de temps cette spirale peut durer ?
C’est ce que rappelle l’extension des opérations israéliennes au Liban-Sud, décidée ce week-end par Benjamin Netanyahu. Derrière l’expression officielle de « zone de sécurité », l’armée israélienne mène une nouvelle offensive terrestre dans un pays voisin déjà éprouvé par des mois de frappes, de déplacements forcés et de tensions régionales.
Pourquoi cette offensive change d’échelle
Le cadre est connu. Depuis la guerre de 2006, le sud du Liban est une zone de front fragile, surveillée notamment par la FINUL, la force de l’ONU déployée entre Israël et le Liban. La résolution 1701 du Conseil de sécurité prévoit que seule l’armée libanaise, avec la FINUL, doit y être présente, sans armes lourdes ni groupes armés. En pratique, cet équilibre a volé en éclats avec la reprise des hostilités entre Israël et le Hezbollah après le 7 octobre 2023.
À l’automne 2024, la guerre a franchi un cap. Israël a lancé une opération terrestre dans le sud du Liban le 30 septembre 2024, après une intensification des frappes. Les Nations unies ont ensuite confirmé qu’un cessez-le-feu était entré en vigueur le 27 novembre 2024, même si la situation est restée fragile et marquée par des violations et des retours difficiles des déplacés.
Les faits : une « zone de sécurité » au prix d’une présence durable
Benjamin Netanyahu a ordonné d’« étendre davantage la zone de sécurité » israélienne au Liban-Sud. L’objectif annoncé est double : neutraliser la menace d’invasion du Hezbollah et éloigner de la frontière les tirs de missiles antichars. Le Premier ministre israélien dit vouloir ainsi « restaurer la sécurité des résidents du nord d’Israël ».
Le message est clair : il ne s’agit plus seulement de contenir une menace à distance. Israël veut créer une profondeur de sécurité pour empêcher tout retour rapide de la pression du Hezbollah sur la frontière nord. Mais ce choix suppose, de fait, une présence militaire prolongée au Liban-Sud, avec le risque d’occupation ou d’enlisement.
Le calcul israélien répond aussi à un impératif intérieur. Depuis les combats déclenchés en parallèle de la guerre de Gaza, des dizaines de milliers d’habitants du nord d’Israël ont été évacués ou ont quitté leur maison. Le gouvernement présente donc cette offensive comme un moyen de permettre leur retour en sécurité.
Ce que cela change pour le Liban
Pour le Liban, le risque est immédiat. Une offensive terrestre, même présentée comme limitée, aggrave les déplacements de population. Elle bloque le retour des habitants dans les villages frontaliers et complique encore l’accès humanitaire et la reconstruction. Les Nations unies ont déjà signalé que les bombardements et les destructions empêchaient de nombreux Libanais de rentrer chez eux.
Le sud du pays paie déjà un lourd tribut. À l’automne 2024, les autorités libanaises faisaient état de milliers de morts et de blessés depuis le début de l’escalade. L’offensive terrestre a donc une conséquence directe : elle transforme une frontière instable en zone durablement sinistrée.
Elle fragilise aussi davantage l’État libanais. En théorie, la résolution 1701 devait justement permettre à l’armée libanaise de reprendre pied dans le sud du pays. En pratique, cette montée des tensions laisse moins d’espace aux institutions civiles et plus de place aux logiques militaires et aux acteurs armés.
Les réactions : pression diplomatique, mais peu de levier immédiat
Sur le plan diplomatique, plusieurs capitales ont dénoncé l’escalade. La France a demandé à Israël de mettre fin à ses opérations militaires au Liban et de ne pas étendre son action au sol. Emmanuel Macron a aussi appelé à un cessez-le-feu rapide, tandis que Paris rappelle régulièrement son soutien à la FINUL et à la souveraineté libanaise.
Les Nations unies, elles, insistent sur la protection des casques bleus et sur le respect de leur mandat. Le Conseil de sécurité a encore exprimé son soutien unanime à la FINUL après plusieurs incidents ayant blessé des soldats de la paix. Mais l’ONU n’a pas de moyen direct pour imposer un retrait immédiat si les belligérants n’y voient pas leur intérêt.
Du côté israélien, l’argument reste le même : éloigner la menace du Hezbollah et empêcher le retour d’une situation jugée intenable pour les habitants du nord. Pour Benjamin Netanyahu, la sécurité de cette frontière prime désormais sur toute autre considération de court terme.
Horizon : ce qu’il faudra surveiller
La suite dépendra de deux choses. D’abord, l’ampleur réelle de l’offensive terrestre : simple pression tactique ou installation durable d’une zone tenue par l’armée israélienne. Ensuite, la capacité des diplomaties américaine, française et onusienne à relancer un cadre de cessez-le-feu crédible.
Si la logique militaire l’emporte, la frontière israélo-libanaise risque de rester une ligne de guerre ouverte. Si un accord tient, la question sera alors celle du retour des déplacés, du rôle de l’armée libanaise et de l’avenir du sud du pays. Pour l’instant, rien de tout cela n’est réglé.















