Roberto Saviano : comment la drogue devient instrument de survie du pouvoir au Venezuela et nourrit la « narco‑étatisation » via le Cartel de los Soles

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Le narcotrafic se transforme en infrastructure politique : la liquidité issue du trafic finance forces armées, réseaux de protection et services, substituant la légitimité politique par un pouvoir économique illégal. Le Venezuela illustre cette « narco‑étatisation », notamment via le « Cartel de los Soles », où la drogue stabilise un appareil d’État sans en être l’origine.

Le narcotrafic n’est plus un simple effet collatéral des régimes autoritaires : il occupe parfois la place d’une infrastructure invisible. Au‑delà du financement d’activités illégales, il alimente des machines sécuritaires, achète des fidélités et supplée des économies effondrées. Quand la politique n’offre plus de légitimité, la drogue fournit la liquidité nécessaire pour maintenir le pouvoir.

La drogue comme infrastructure politique

Dans plusieurs contextes contemporains, la dynamique est claire : la liquidité issue du trafic se convertit en influence et en capacités étatiques. Les ressources issues du commerce illégal permettent de payer des forces armées, d’assurer des réseaux de protection et de maintenir des services qui, normalement, relèvent de l’État. Cette conversion de liquidité en pouvoir fragilise la séparation entre spheres publiques et privées et transforme des instruments de souveraineté en moyens de facilitation du trafic.

La logique est simple et perverse : où la légitimité politique fait défaut, le flux d’argent illicite crée une forme alternative de gouvernance. Les circuits financiers de la drogue servent alors non seulement à enrichir des acteurs criminels, mais aussi à stabiliser des appareils d’État en perte de recettes et en crise de légitimité.

Le cas vénézuélien : une narco-étatisation avancée

Le Venezuela est présenté comme l’un des exemples les plus aboutis de cette transformation. Le pays, bien que n’étant pas un producteur majeur de cocaïne, est décrit comme l’un des principaux nœuds logistiques du trafic mondial. Des infrastructures relevant de la souveraineté — aéroports militaires, ports, documents officiels, protections armées — seraient détournées pour servir le trafic.

La notion de « Cartel de los Soles » revient souvent dans les analyses. Il s’agit, selon le texte d’origine, d’une structure militaro‑institutionnelle plutôt que d’un cartel au sens classique du terme. Plutôt qu’une organisation criminelle hiérarchique et autonome, cette configuration fonctionnerait comme un système de couverture permettant au trafic colombien de traverser le pays sans entrave.

Narco‑État ou narco‑étatisation : une distinction décisive

Il convient d’opérer une distinction conceptuelle importante. Un narco‑État, au sens strict, serait un État incapable de survivre économiquement sans l’économie de la drogue. Dans ce cadre précis, le Venezuela n’est pas présenté comme un narco‑État total : le pouvoir chaviste est né d’un régime politico‑militaire porté par le pétrole.

Cependant, le pays manifeste des formes avancées de narco‑étatisation. Des secteurs des forces armées seraient impliqués dans la gestion de trafics — drogues et or — ; des institutions offriraient des garanties d’impunité ; et l’économie illégale deviendrait plus rentable que l’économie officielle. Autrement dit, la drogue n’est pas l’origine du régime, mais elle sert aujourd’hui d’instrument pour en assurer la survie.

La nuance est importante. Un État qui utilise la drogue comme levier de pouvoir n’est pas identique à un État entièrement dépendant de ce commerce. Cette différence change la nature des réponses politiques et juridiques à envisager, tout en multipliant les risques : instrumentaliser l’économie illicite pour compenser des faiblesses structurelles rend la corruption et l’impunité plus systématiques.

Au final, la transformation décrite ici montre comment des ressources illégales peuvent se substituer à la légitimité politique. Là où l’État faillit à assurer des revenus et des services légitimes, la drogue offre une liquidité qui, à son tour, produit du pouvoir. Le phénomène, selon le texte d’origine, n’est pas seulement criminel : il est devenu, pour certains régimes, un élément central de reproduction politique.

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