Les évocations de Donald Trump à Saint-Pierre-et-Miquelon déclenchent des réactions contrastées chez les habitants de l’archipel : l’une moqueuse, l’autre confiante.
Pour certains, la figure de l’ancien président américain incarne une fantaisie politique peu sérieuse. Pour d’autres, elle invite à rappeler des précédents historiques et la résilience du territoire face aux crises extérieures.
Deux attitudes face à l’imprévisible
Interroger les habitants sur la possible irruption d’un événement international majeur fait surgir, presque simultanément, deux réponses. La première est de la raillerie : l’homme et ses gestes sont perçus comme extravagants et hors norme. La seconde s’appuie sur une mémoire collective rassurante : si l’archipel a déjà tenu tête à l’adversité, il saura le refaire.
Ces réactions croisées reflètent à la fois l’humour local et la conscience d’une histoire singulière. Dans un petit territoire isolé, la mémoire des gestes symboliques et des décisions politiques a une forte valeur politique et morale auprès de la population.
Un précédent historique souvent cité : Emile Muselier
La référence à l’amiral Emile Muselier revient souvent dans les conversations publiques. Il est présenté comme le premier officier général à rejoindre Charles de Gaulle en juin 1940 et comme l’organisateur du ralliement de Saint-Pierre-et-Miquelon à la France libre le jour de Noël 1941.
Ce souvenir historique joue un rôle de repère : il montre que des choix de souveraineté et d’affirmation politique ont déjà été posés par des acteurs locaux dans des circonstances exceptionnelles. Pour les habitants qui évoquent Muselier, l’évocation n’est pas seulement commémorative ; elle incarne la capacité de l’archipel à préserver ses intérêts et sa connexion à la République face à des pressions extérieures.
La réaction des élus et la question de l’espace aérien
Le sujet a également été porté par les élus du territoire. La sénatrice Annick Girardin, ancienne ministre des outre-mer puis de la mer sous la présidence d’Emmanuel Macron (2017 à 2022), a interpellé le gouvernement en séance le 21 janvier au sujet d’une décision récente concernant la gestion d’une portion de l’espace aérien.
Il s’agit plus précisément de la zone d’approche, située en dessous de 6 000 pieds, dont une partie de la gestion a été confiée à des moyens canadiens. Dans sa prise de parole, la parlementaire a formulé une critique nette : « La France n’est pas capable d’envoyer trois fonctionnaires pour gérer la tour de contrôle et délègue une partie de son espace aérien au Canada. On me répond que c’est un choix technique qui n’engage pas la souveraineté, mais ce n’est pas un bon signal dans le contexte actuel. »
La sénatrice, membre du parti Cap sur l’avenir — positionné au centre gauche et qui exerce la majorité dans les deux communes de l’archipel — met ainsi en avant un double registre de préoccupations : l’efficacité opérationnelle et l’image politique renvoyée par les décisions de l’État.
Enjeux concrets et symboliques
La délégation d’une compétence technique à un pays voisin peut se justifier par des impératifs d’efficacité ou de sécurité. Pour autant, elle soulève des questions de perception politique dans un territoire où la souveraineté est un sujet sensible. Pour certains élus et habitants, la délégation transmet un signal de faiblesse, même si l’argument officiel insiste sur le caractère purement technique du choix.
Le débat révèle aussi une tension entre gestion pratique et considération symbolique : la présence ou l’intervention d’agents étatiques sur place touche à la visibilité de l’État et à la confiance des populations locales envers ses capacités à assurer des fonctions régaliennes, fût-ce dans des domaines spécialisés comme la gestion du trafic aérien.
Enfin, la circonstance montre comment des évocations internationales — ici, la mention de Donald Trump — peuvent servir de déclencheur pour interroger des questions locales de souveraineté et d’organisation administrative. La mémoire historique, les débats parlementaires et les inquiétudes des habitants se croisent, sans qu’un consensus apparent ne se dégage dans l’immédiat.
Le dossier reste à suivre, notamment quant aux réponses techniques et politiques que l’État apportera aux préoccupations exprimées lors de la séance du 21 janvier. En attendant, la référence à Muselier continue de fonctionner comme une balise historique rappelant que, dans les moments de doute, l’archipel a déjà pris des décisions pour affirmer sa place au sein de la République française.





