« Nous en sommes à un moment crucial pour l’avenir des collectivités et des services publics de proximité », alerte Yohann Nédélec, adjoint (Parti socialiste) au maire de Brest (Finistère).
Face à des départs à la retraite qui vont se multiplier au sein de la fonction publique territoriale, de nombreux élus tirent la sonnette d’alarme. Ils pointent une crise d’attractivité durable, dont la question des rémunérations est l’un des facteurs centraux.
Des contraintes structurelles qui pèsent sur le recrutement
Les collectivités font remonter des difficultés récurrentes pour satisfaire leurs besoins de recrutement. Les motifs avancés sont d’ordre structurel : contraintes budgétaires, vieillissement des effectifs et attractivité en berne. Ces éléments se combinent et compliquent la capacité des employeurs territoriaux à renouveler leurs équipes.
Pour Philippe Laurent, maire UDI de Sceaux (Hauts-de-Seine) et président du Conseil supérieur de la fonction publique territoriale, la situation est grave : les collectivités se trouvent « à la croisée des chemins », coincées entre des attentes accrues des citoyens et des défis organisationnels et financiers.
Plusieurs élus mettent en garde : « On risque d’aller dans le mur. » Cette formule traduit l’inquiétude partagée autour d’un possible affaiblissement des services publics locaux si les tensions de recrutement persistent.
Des propositions restées en suspens
En 2022, Philippe Laurent a coécrit un rapport proposant des mesures pour rendre la fonction publique territoriale plus attractive. Selon lui, la plupart de ces propositions sont « restées lettre morte », et la situation, quatre ans plus tard (2026), « ne s’est pas améliorée voire s’est même détériorée ».
Le diagnostic dressé par ces élus met notamment l’accent sur les rémunérations, souvent jugées insuffisantes pour concurrencer le secteur privé ou les opportunités offertes par d’autres employeurs publics. Sans ajustements ciblés, la difficulté à attirer et à retenir des agents qualifiés risque de s’aggraver, estiment-ils.
Outre la rémunération, d’autres éléments structurels sont régulièrement évoqués par les collectivités : les conditions de travail, la progression de carrière, la formation et la gestion des compétences. Ces leviers demandent des moyens et une volonté politique qui, selon certains acteurs, font défaut.
Impact sur les services publics locaux
Les tensions de recrutement pèsent directement sur la qualité et la continuité des services de proximité. Dans les petites et moyennes communes, un poste non pourvu peut se traduire par la réduction d’un service ou par une surcharge durable pour les agents restants.
Les élus craignent également des effets en chaîne : perte de savoir-faire, ralentissement des projets locaux et augmentation des coûts liés au recours à des prestataires externes ou à des contrats précaires. Ces conséquences touchent la relation quotidienne entre les collectivités et les usagers.
Les responsables territoriaux insistent sur la nécessité d’actions coordonnées, à la fois nationales et locales, pour répondre à ce défi. Sans mesures adaptées, le renouvellement des effectifs pourrait devenir problématique au moment où les besoins de services publics de proximité tendent à augmenter.
Les prises de position citées dans cet article reflètent l’inquiétude exprimée par des élus locaux et des responsables de la fonction publique territoriale. Elles mettent en lumière un enjeu long terme : adapter les politiques de gestion des ressources humaines afin d’assurer la pérennité des services publics locaux.





