Que se passe-t-il lorsqu’il devient, à long terme, trop risqué d’assurer certains territoires ? Cette question, longtemps confinée aux échanges techniques entre assureurs et services territoriaux, gagne aujourd’hui l’espace public et politique alors que les événements extrêmes liés au réchauffement climatique se multiplient.
Communes et assurance : un statut particulier
À la base du « millefeuille administratif » français, les communes souscrivent des assurances pour protéger leurs bâtiments, leurs équipements et leurs infrastructures. Au‑delà de la simple préservation du patrimoine, ces contrats contribuent à maintenir l’attractivité économique des territoires et la continuité des services publics.
Contrairement à un particulier ou à une entreprise, une commune n’est pas un assuré ordinaire : elle est responsable de services essentiels — crèches, écoles, voirie, délivrance de permis — dont l’interruption a des conséquences sociales et économiques larges. Cette spécificité explique pourquoi l’assurabilité des communes soulève un enjeu qui dépasse le secteur de l’assurance et touche aux choix budgétaires et politiques locaux.
Un exemple concret : les crues en Ille‑et‑Vilaine, début 2025
Les crues historiques en Ille‑et‑Vilaine, survenues au début de 2025 après la tempête Herminia, illustrent l’impact du dérèglement climatique sur la capacité des communes à gérer les risques. Des cumuls de pluie exceptionnels ont provoqué des débordements majeurs de la Vilaine et de la Seiche.
Sur les conséquences de ces événements, Cyrille Morel, adjoint à la maire de Rennes et délégué à la sécurité civile et à la prévention des risques, rapporte : « Des digues ont été contournées par l’inondation et nous avons aussi découvert des zones inondées par remontée des eaux des égouts. » Cette observation souligne la diversité des mécanismes d’inondation et la difficulté à anticiper tous les points de vulnérabilité sur un territoire.
Des implications financières et politiques
La question de l’assurabilité des communes renvoie à plusieurs enjeux imbriqués. D’abord budgétaire : la hausse de la fréquence et de l’intensité des sinistres peut augmenter les coûts directs pour les collectivités, soit par la hausse des primes, soit par l’augmentation des franchises ou des exclusions éventuelles dans les contrats.
Ensuite institutionnel : si des territoires deviennent difficiles à assurer, cela pose la question de la répartition des responsabilités entre assurances privées, collectivités et État. Longtemps peu visible hors des cercles professionnels, ce débat a pris de l’ampleur et s’inscrit désormais au cœur des décisions publiques locales et nationales.
Enfin social : l’impossibilité d’assurer certains équipements ou zones exposées met en péril l’offre de services et la qualité de vie des habitants. Cela peut affecter l’attractivité des communes et peser sur la capacité des élus à maintenir des politiques publiques locales.
Un défi qui demande de la prudence dans l’analyse
Il est important de distinguer les constats avérés et les scénarios prospectifs. Les événements récents en Ille‑et‑Vilaine constituent des faits : pluies exceptionnelles, débordements de cours d’eau et impacts constatés sur les infrastructures communales. En revanche, l’évolution précise des pratiques des assureurs, la tarification future ou les décisions réglementaires restes des sujets ouverts, soumis aux arbitrages économiques et politiques à venir.
Face à ces incertitudes, le débat public porte désormais sur la meilleure articulation entre prévention, investissements en ingénierie et solidarité financière. Les communes, qui portent la première responsabilité opérationnelle, se trouvent au centre de cette réflexion, tant pour la gestion immédiate des crises que pour la planification à long terme.
Sans préjuger des choix futurs, l’exemple de l’Ille‑et‑Vilaine montre que la montée des risques climatiques rend nécessaire une réévaluation des pratiques d’assurance et des stratégies locales. La question de l’assurabilité des territoires ne se limite pas à un problème technique : elle renvoie à des choix collectifs sur la protection des biens, la continuité des services publics et l’équilibre financier des collectivités.





