Le tribunal judiciaire de Pointe-à-Pitre a prononcé, mardi 24 mars, la liquidation judiciaire de la Ligue guadeloupéenne de football (LGF), assortie d’une période d’activité poursuivie de trois mois. Selon le dossier judiciaire obtenu par Le Monde, il s’agit d’une première en métropole et outre-mer dans l’histoire du football français.
Une décision attendue après des alertes répétées
La décision ne surprend pas les acteurs locaux. Depuis plusieurs saisons, les clubs affiliés avaient multiplié les mises en garde sur la gravité de la situation financière et sur des problèmes de gouvernance interne. Le jugement souligne que l’administrateur provisoire nommé par la Fédération française de football (FFF) a expliqué, lors de l’audience de mi-mars, l’incapacité de la LGF à respecter les échéances du plan de redressement en cours et son impossibilité à régler les charges courantes.
La LGF avait déjà connu une procédure de redressement judiciaire en 2017 et s’acquittait jusque-là de ses dettes dans le cadre d’un plan de remboursement. Mais la perte de confiance des clubs — « les clubs affiliés refusent de payer leur cotisation car ils n’ont pas confiance en la gestion administrative de la ligue », indique le jugement — a frappé les recettes et accéléré la dégradation des comptes.
Les secours financiers et l’audit de la FFF
Face à l’ampleur des difficultés, la FFF est intervenue à plusieurs reprises. Son procès-verbal de réunion du comité exécutif, daté du 15 janvier, relève que « la situation financière dégradée de ces ligues les expose à des risques majeurs de continuité de la mise en œuvre de leurs missions de service public ». En mai 2025, pour tenter de stabiliser la situation, la FFF avait consenti à la LGF une facilité de trésorerie de 150 000 euros, remboursable sur trois saisons.
La fédération avait par ailleurs mandaté un cabinet externe pour auditer les comptes de la ligue. Cet audit a confirmé l’ampleur des déséquilibres financiers et orienté la FFF vers des mesures conservatoires, jusqu’à la nomination d’un administrateur provisoire. C’est ce même administrateur qui a informé le tribunal de l’aggravation des difficultés financières à l’audience mi-mars, conduisant à la décision de liquidation.
Conséquences pour les clubs et la continuité des missions
La mise en liquidation ouvre une période de trois mois pendant laquelle l’activité pourra être poursuivie sous contrôle judiciaire, afin de limiter les ruptures dans le calendrier sportif et la gestion des structures affiliées. Reste à définir qui assurera les tâches administratives, la tenue des compétitions et la gestion des subventions pendant cette période transitoire.
Plusieurs clubs risquent d’être pénalisés si la situation se prolonge: absence de versement de subventions, difficulté d’assurance des compétitions, et blocages administratifs. L’arrêt des cotisations des clubs, déjà signalé par l’administrateur provisoire, fragilise davantage toute tentative de redressement interne.
Sur le plan institutionnel, la liquidation pose la question de la gouvernance locale du football en Guadeloupe et de la capacité des instances nationales à accompagner durablement les ligues ultramarines face à des problèmes structurels. La FFF, qui avait déjà alerté publiquement sur la situation, devra rendre opérationnelles des solutions rapides pour garantir la continuité des missions de service public confiées aux ligues.
Au-delà de l’urgence financière, la décision du tribunal met en lumière un enjeu récurrent: comment restaurer la confiance entre clubs et instance dirigeante pour permettre le recouvrement des cotisations et la mise en œuvre d’un projet administratif stable. Les prochaines semaines seront déterminantes pour savoir si une reprise interne est possible ou si une refonte plus profonde de l’organisation sera nécessaire.





