En Guyane, vaste territoire presque aussi étendu que le Portugal, liaisons aériennes et continuité territoriale sont essentielles pour relier des communes d’Amazonie isolées. Certaines localités ne sont accessibles que par avion ou après de longues journées sur des routes dégradées puis par pirogue, ce qui rend la desserte intérieure stratégique pour la vie quotidienne et l’économie locale.
Un marché public attendu et subventionné
Fin décembre 2020, la collectivité territoriale de Guyane (CTG) a lancé une procédure pour attribuer une délégation de service public (DSP) destinée aux liaisons aériennes intérieures. Trois sociétés ont déposé une offre pour deux lots distincts : l’un couvrant l’ouest du territoire, qui représente le volume de dessertes le plus important, et l’autre dédié à l’est.
Le vainqueur devait bénéficier d’une subvention publique annuelle de 10 millions d’euros, dont 8,5 millions financés par la seule CTG. Cette enveloppe visait à garantir des fréquences et des services sur des lignes jugées essentielles, dans un contexte où l’offre commerciale seule ne suffit pas toujours à assurer la continuité territoriale.
Attribution à Air Guyane et premières difficultés
Les deux lots ont finalement été attribués à Air Guyane, filiale de la Compagnie aérienne interrégionale express (Caire), société basée aux Antilles. L’attribution, très attendue localement, devait permettre de sécuriser les liaisons et d’assurer une desserte régulière des communes isolées.
Peu après l’attribution, le dossier a cependant viré à la polémique : difficultés financières et accusations de favoritisme et de corruption ont été signalées, entraînant l’ouverture d’une enquête. Le montage et l’exécution de la DSP ont suscité des interrogations qui ont motivé des investigations judiciaires prolongées.
Enquête judiciaire et personnes mises en cause
Après plusieurs années d’enquête, le Parquet national financier (PNF) envisage, selon les informations du quotidien Le Monde, de poursuivre plusieurs acteurs du dossier pour favoritisme ou recel. Parmi les personnes citées figurent l’ancien président de la CTG, Rodolphe Alexandre ; un ancien cadre de la collectivité identifié comme Laurent L. ; le directeur général d’un cabinet de conseil, Robert Picard ; ainsi que deux cadres de la Caire, dont son directeur général, Christian Marchand.
La formulation retenue — « envisage de poursuivre » — indique que des poursuites ne sont pas encore nécessairement engagées au stade de la diffusion de ces informations. Le PNF, spécialisé dans les enquêtes économiques et financières, conduit des investigations visant à déterminer d’éventuelles atteintes aux règles de passation et d’attribution des marchés publics.
Les griefs évoqués dans les médias portent sur des faits de favoritisme lors de l’attribution de la DSP et, selon certaines informations, sur des mécanismes de recel. Les investigations devraient permettre d’établir si des règles de concurrence ou des obligations de transparence ont été méconnues au bénéfice d’opérateurs particuliers.
Les personnes citées sont identifiées par leur rôle dans l’administration territoriale, le conseil ou la direction de la compagnie. Le dossier mêle ainsi acteurs publics locaux, conseillers privés et dirigeants d’une compagnie aérienne, ce qui complique l’examen juridique et factuel des décisions prises à la fin de 2020.
À ce stade, le déroulé complet des investigations, les pièces recueillies et les conclusions provisoires du PNF n’ont pas été intégralement rendus publics dans le texte source. Les informations disponibles proviennent de recoupements et de sources journalistiques ayant suivi le dossier.
La question des aides publiques versées dans le cadre de la DSP — 10 millions d’euros par an, dont 8,5 millions à la charge de la CTG — restera un point central des vérifications. Les magistrats devront notamment vérifier la conformité des engagements contractuels, la réalité des prestations fournies et l’usage des subventions publiques.
Sur le plan local, ce dossier illustre les tensions entre impératifs de service public dans des territoires isolés et exigences de transparence dans la commande publique. Il met aussi en lumière la difficulté à concilier soutien aux liaisons essentielles et contrôle effectif des dispositifs d’aide.





