À Besançon, la maire écologiste sortante Anne Vignot est arrivée en retrait au second tour face au candidat des Républicains, Ludovic Fagaut, et a choisi de conclure un accord avec la liste de La France insoumise (LFI). Cet accord, annoncé dans la nuit du dimanche 15 mars au lundi 16 mars, est présenté comme « technique » : Séverine Véziès et ses colistiers ne siégeront pas dans l’exécutif municipal, mais formeront un groupe autonome au sein du conseil.
Un pacte signé dans l’urgence
L’alliance a été scellée après un scrutin marqué par des écarts de voix plus importants que ce que laissaient prévoir certains sondages. Plusieurs instituts évoquaient auparavant une quasi-égalité autour de 34 %–35 % entre Anne Vignot et Ludovic Fagaut. Finalement, Fagaut a obtenu 40,13 % des suffrages contre 33,37 % pour la maire sortante, selon les chiffres rendus publics par la préfecture du Doubs.
Face à cet écart, l’accord conclu entre la liste écologiste et la liste LFI vise, selon ses auteurs, à rassembler les forces de gauche et écologistes pour l’étape suivante de la mandature municipale. La nature « technique » de l’alliance a été mise en avant pour expliquer que LFI conservera une indépendance politique au sein du conseil municipal, sans participation à l’exécutif.
Tensions internes à la gauche
Cette solution n’a pas fait l’unanimité à gauche. Chez des électeurs proches du Parti socialiste (PS), et au sein même de la fédération départementale, l’accord a suscité des réserves. Jean‑Sébastien Leuba, premier secrétaire fédéral du PS du Doubs, avait auparavant expliqué son refus d’un accord avec LFI et déposé une liste autonome. Il avait ensuite été contraint par la direction nationale de rejoindre la liste d’Anne Vignot en deuxième position.
Le basculement imposé par la direction nationale du PS a accentué les frustrations locales : Leuba se retrouve désormais à devoir cohabiter avec Séverine Véziès et ses colistiers, une situation qu’il avait explicitement rejetée avant l’intervention de la hiérarchie nationale du parti.
Analyse des résultats et effets du vote utile
Le score de Ludovic Fagaut, élu principal de la droite locale et premier vice‑président du conseil départemental du Doubs, est en partie attribué dans le débat public à un phénomène de « vote utile ». Ce « double vote utile », écrit la dépêche d’origine, aurait profité à Fagaut au détriment du candidat du Rassemblement national, Jacques Ricciardetti, et d’autres listes concurrentes.
Aux résultats officiels, Jacques Ricciardetti (Rassemblement national) a rassemblé 8 % des suffrages, un score insuffisant pour se maintenir au second tour, tandis qu’Éric Delabrousse (Horizons) est crédité de 5,67 %. Ces reports de voix et les transferts d’électeurs entre tours expliquent, selon les protagonistes, l’avance prise par la liste LR au soir du scrutin.
Conséquences politiques locales
Sur le plan municipal, l’accord entre Vignot et Véziès dessine un nouvel équilibre au conseil : une majorité relative conduite par la maire sortante, mais avec la présence d’un groupe LFI autonome et un PS recomposé après des consignes nationales. Le maintien de l’autonomie de la liste LFI dans l’hémicycle municipal laisse présager des débats serrés sur les orientations locales et la gouvernance.
Du côté des socialistes locaux, la décision nationale d’intégrer la liste d’Anne Vignot a soulevé des questions sur la stratégie du parti au niveau départemental. Plusieurs cadres et électeurs ont exprimé leur désaccord, rappelant la difficulté de concilier différentes cultures politiques au sein d’une même majorité municipale.
Sur la forme, l’accord conclu dans la nuit du 15 au 16 mars et la mise en place d’un groupe autonome pour LFI illustrent les arbitrages tactiques qui ont dominé ce cycle électoral local. Sur le fond, ils laissent ouverte la question des compromis politiques à venir entre écologistes, insoumis et sociaux‑démocrates au sein de la ville.





