Stéphane Roudaut a remporté, lors du second tour des élections municipales, une victoire qui fait basculer Brest à droite après trente-sept années de direction socialiste. Le candidat divers droite a devancé le maire sortant François Cuillandre dans une triangulaire, selon les chiffres communiqués : 57,4 % pour M. Roudaut, contre 38,3 % pour M. Cuillandre, le candidat RN Yves Pages réunissant 4,3 % des suffrages.
Résultats chiffrés et dynamique électorale
Au premier tour, M. Roudaut était arrivé en tête avec 30,2 % des voix, devant François Cuillandre (23,8 %) et la liste La France insoumise conduite par Cécile Beaudouin (15,4 %). Le candidat RN avait obtenu 11,1 % au premier tour. Face à ces résultats, M. Cuillandre s’était engagé dans ce que la campagne a qualifié de « fusion technique » avec la liste LFI pour tenter d’empêcher le basculement.
La dynamique du second tour a toutefois profité largement à M. Roudaut, qui a su capter une part importante des électeurs du premier tour — y compris, selon les analyses de campagne, des suffrages qui s’étaient portés sur le RN — tout en attirant des abstentionnistes et des électeurs de centre-gauche. Le candidat a ainsi remporté la mairie de la deuxième ville de Bretagne, ville qui compte quelque 140 000 habitants.
Discours des protagonistes et premières réactions
Interrogé après sa victoire, Stéphane Roudaut a déclaré à l’Agence France-Presse (AFP) : « Les Brestoises et les Brestois (…) ne veulent pas d’une bordélisation du débat en conseil municipal. C’est le message qu’ils lancent aujourd’hui. » Il a ajouté : « Ce n’est pas la victoire d’un camp ce soir, c’est la victoire de celles et ceux qui voulaient l’alternance » et revendiqué « une méthode et des pratiques différentes ». Ces propos ont rythmé la communication de la campagne victorieuse.
François Cuillandre, 71 ans et en poste depuis 2001, est apparu très affecté sur les marches de l’hôtel de ville en proclamant les résultats. Il a notamment déclaré : « Je suis surtout sonné par le fait que l’extrême droite a voté pour Stéphane Roudaut. » Le faible score du RN au second tour ne lui permettra en outre pas d’obtenir de siège au conseil municipal.
Les facteurs de la défaite
Plusieurs éléments figurent parmi les explications avancées pour cette défaite du maire sortant. D’abord, la perception d’une « usure du pouvoir » après vingt-cinq ans à la tête de la ville a été évoquée par M. Cuillandre lui-même : « C’est sûr qu’il y a une usure du pouvoir », a-t-il reconnu. Ensuite, l’alliance avec LFI, conclue pour le second tour, a été présentée par ses opposants comme un facteur mobilisateur en sens inverse.
Stéphane Roudaut a dénoncé cette alliance comme « totalement opportuniste » et a mis en avant une liste rassemblant, selon lui, des profils divers, incluant des colistiers « sociaux-démocrates » et « de sensibilité de gauche ». Il a par ailleurs reçu le soutien de Thierry Fayret, ancien premier secrétaire du PS brestois et ancien premier adjoint de M. Cuillandre en 2018.
Profil de Stéphane Roudaut et premières annonces
Agé de 48 ans, M. Roudaut est un élu non encarté décrit par la candidate LFI comme un représentant de la « droite dure », position qu’il récuse en se revendiquant de « centre-droit ». Il date son engagement politique de 1995 et se réfère, pour son diagnostic, à la « fracture sociale » mise en avant par Jacques Chirac cette année-là. Élu ancien maire de la commune de Gouesnou (2014-2026), il est également conseiller régional de Bretagne depuis 2015 et a exercé des responsabilités métropolitaines, notamment comme vice-président de la métropole brestoise.
Parmi ses premières promesses figure la création d’une police municipale armée de 150 agents, une annonce particulièrement marquante dans une ville de plus de 100 000 habitants qui n’en disposait pas. Pendant la campagne, M. Roudaut a choisi un profil discret, limitant les attaques spectaculaires à l’encontre du maire sortant et misant sur une dynamique de rassemblement autour de thèmes jugés prioritaires.
Pour François Cuillandre, dont la longévité a été soulignée — il avait battu en décembre 2024 le record de longévité pour un maire de Brest et était adjoint au maire dès 1995 avant de succéder à Pierre Maille (1989-2001) — ce scrutin marque la fin d’un cycle politique local. Il a dit partir « avec un sentiment de ce qui a été fait », exprimant à la fois déception et conscience de la rupture électorale.
Ce résultat met un terme à trente-sept années de domination du Parti socialiste dans la capitale du Finistère, et ouvre une nouvelle période politique à Brest dont les prochains actes et décisions seront observés de près par les élus et les habitants.





