Fort-de-France, capitale administrative de la Martinique, est un bastion historique du Parti progressiste martiniquais (PPM), le mouvement de gauche fondé par le poète et homme politique Aimé Césaire, maire de la ville de 1945 à 2001. Après la défaite du mouvement lors des élections législatives de 2024, le parti autonomiste apparaît fragilisé dans son fief, à quelques semaines du premier tour des municipales prévu le 15 mars.
Un risque d’inéligibilité levé à la dernière minute
Moins d’un mois avant le scrutin, Didier Laguerre, maire de Fort-de-France et candidat à un troisième mandat sous l’étiquette du PPM, a vu sa candidature menacée par une possible peine d’inéligibilité. L’obstacle a finalement été levé in extremis : dans un jugement rendu par délibéré, jeudi 19 février, le tribunal judiciaire de Paris a relaxé l’édile, âgé de 60 ans, ainsi que son premier adjoint, Yvon Pacquit.
Les deux élus comparaissaient après un procès pour recel de détournement de fonds publics. Lors de l’audience, ils avaient été jugés aux côtés de Serge Letchimy, ancien maire de Fort-de-France (2001–2010) et président du conseil exécutif de la Collectivité territoriale de Martinique (CTM) depuis 2021.
La condamnation de Serge Letchimy et ses répercussions
La 32e chambre correctionnelle du tribunal judiciaire a, en revanche, reconnu Serge Letchimy coupable de « concussion ». L’élu de 73 ans a été condamné à dix-huit mois de prison avec sursis, à une amende de 150 000 euros et à cinq ans d’inéligibilité.
La condamnation porte sur un montage administratif dont M. Letchimy avait bénéficié, à sa demande, lors de son départ à la retraite de sa fonction d’ingénieur territorial de la ville de Fort-de-France en 2016, période où il cumulait des mandats électifs — il a été député entre 2007 et 2021.
Jusqu’en 2023, Serge Letchimy avait par ailleurs présidé le Parti progressiste martiniquais. Sa condamnation intervient donc à un moment sensible pour la direction et l’image du mouvement, déjà éprouvées par la défaite aux législatives de 2024.
Enjeux locaux et équilibres politiques
Sur le plan local, la relaxe de Didier Laguerre retire un risque juridique immédiat qui aurait pu disqualifier sa candidature avant le premier tour. Elle n’efface toutefois pas les tensions politiques et l’usure électorale évoquées depuis la perte de terrain du PPM au niveau national et territorial.
La condamnation de Serge Letchimy, assortie d’une inéligibilité de cinq ans, crée en outre une incertitude sur la capacité du PPM à mobiliser ses cadres historiques dans la campagne municipale et à défendre son influence à la CTM. Les conséquences concrètes dépendront des décisions internes au parti et des réactions d’éventuels alliés ou adversaires locaux.
Dans ce contexte, le scrutin municipal du 15 mars prend une portée symbolique : il mesurera la résistance du PPM dans son fief face à une opinion locale potentiellement sensibilisée par les affaires judiciaires et le recul électoral de 2024.
À moins d’un mois du rendez-vous, les principaux enseignements restent l’issue judiciaire récente — relaxe pour le maire et son adjoint, condamnation pour un ancien président du parti — et l’incertitude politique qui en découle pour l’avenir du PPM à Fort-de-France et au sein de la Collectivité territoriale de Martinique.





