Une succession votée par le conseil municipal
À 46 ans, Bertrand Malquier mène sa première campagne municipale en tant que maire sortant de Narbonne (Aude). Sans étiquette — qualifié parfois d’« apartisan » — il a pris ses fonctions en octobre 2023 après la mort de Didier Mouly, et se présente aujourd’hui pour obtenir un mandat complet.
Deux mois avant le premier tour des élections municipales, il a présenté la liste de ses colistiers sous le chapiteau du Parc des sports, cherchant à prendre de l’avance sur ses cinq adversaires. En 2014, il était devenu le premier adjoint de Didier Mouly, lui-même réélu en 2020. Malade, ce dernier est décédé le 8 octobre 2023 à l’âge de 72 ans ; le conseil municipal a ensuite élu Bertrand Malquier pour lui succéder.
Un programme marqué par la continuité
Bertrand Malquier affirme vouloir poursuivre l’œuvre de son prédécesseur tout en apportant quelques ajustements personnels au programme. « Je me suis autorisé quelques latitudes sur le programme qui me tenaient à cœur et sur lesquelles nous n’étions pas forcément d’accord », a-t-il déclaré, citant notamment la volonté de maintenir à Narbonne les Grands Buffets.
Le dossier des Grands Buffets est emblématique : le fondateur de ce restaurant, qui sert environ 400 000 couverts par an, avait été en froid avec Didier Mouly et était sur le point de transférer son activité à Carcassonne. Conserver cet établissement fait partie des mesures visant à préserver l’attractivité économique et touristique de la ville.
Héritage familial et urbanisme
La ville de Narbonne compte environ 56 700 habitants. Elle a été profondément façonnée par la dynastie Mouly. Hubert Mouly, père de Didier, était avocat et a été élu maire en 1971. Surnommé « maire bâtisseur », il a doté la commune d’infrastructures majeures : le parc des sports et de l’amitié, un parc des expositions et un théâtre-scène nationale.
Après vingt-huit ans à la tête de la ville, Hubert Mouly a démissionné en 1999. Quinze ans plus tard, Didier Mouly a poursuivi l’investissement dans les équipements publics en faisant construire une salle de spectacle de 5 000 places et en contribuant au financement de Narbo Via, le musée consacré à la romanité. Ces réalisations constituent le cadre historique et urbain que Bertrand Malquier dit vouloir préserver.
Un paysage politique fragmenté
La campagne se déroule dans un contexte politique local fragmenté. Le maire sortant affronte une gauche divisée et deux listes d’extrême droite, dont celle portée par le Rassemblement national. Cette configuration électorale rend incertaine la distribution des voix au premier tour et les alliances possibles pour le second.
Bertrand Malquier, en se présentant comme candidat sortant non affilié, mise sur la continuité et la gestion municipale pour séduire un électorat sensible aux questions d’aménagement, de commerce et de rayonnement culturel. Ses prises de position publiques insistent sur la stabilité et la préservation des grands projets locaux.
Enjeux économiques et symboliques
Les enjeux de cette campagne dépassent la simple gestion municipale. La présence de grands acteurs économiques, comme les Grands Buffets, pose la question de l’attractivité et de la compétitivité territoriale. Conserver des entreprises créatrices d’emploi et de flux touristiques est présenté comme une priorité par l’équipe municipale sortante.
Parallèlement, la succession Mouly pèse politiquement : la mémoire des réalisations des deux générations Mouly reste un référent pour une part importante de l’électorat. Pour d’autres, la période est l’occasion d’interroger l’orientation future de la ville, entre maintien des grands équipements et nouvelles priorités publiques.
Un scrutin à suivre
À quelques semaines du premier tour, la campagne municipale à Narbonne illustre la confrontation entre un maintien de l’ordre local établi et des forces politiques concurrentes, réparties à gauche et à l’extrême droite. Le choix des électeurs déterminera si la continuité prônée par le maire sortant sera confirmée.
La capacité de Bertrand Malquier à transformer son court mandat en projet de ville convaincant reste la clé de sa réélection. Les prochains jours devraient clarifier la stratégie des partis et l’éventuelle recomposition des listes avant le scrutin.





