Après plus de quatre années d’instruction, treize personnes soupçonnées d’avoir participé, à des degrés divers, aux émeutes qui ont secoué la Guadeloupe à l’automne 2021 sont jugées pour « association de malfaiteurs » devant le tribunal de Fort-de-France (Martinique) à compter de lundi 26 janvier 2026. Le procès, qualifié par certains acteurs judiciaires de « procès des grands frères », doit durer trois semaines.
Les prévenus et les qualifications retenues
Parmi les treize prévenus figurent des profils variés : un agent des forces de l’ordre — accusé par l’accusation d’avoir aidé à l’organisation des faits —, des hommes présentés comme des « membres de gangs », des artistes issus du milieu du rap et plusieurs médiateurs de rue. L’ensemble des personnes mises en examen comparaît notamment pour « association de malfaiteurs », une qualification qui traduit, selon l’instruction, l’existence d’une concertation ou d’une organisation destinée à commettre des infractions.
Le dossier, instruit plus de quatre ans après les événements, rassemble éléments matériels et témoignages. Le calendrier judiciaire porte le procès à Fort-de-France plutôt qu’en Guadeloupe : une décision motivée par des impératifs liés à l’enquête et à l’organisation des débats, selon les éléments transmis au moment de la mise en examen.
Rappel des violences de novembre 2021
Les faits renvoient à une période de tensions profondes en Guadeloupe, en novembre 2021. L’archipel avait alors subi des vagues de contaminations massives au Covid-19 et été le théâtre d’une vive contestation contre l’obligation vaccinale des personnels soignants. Le conflit syndical opposant des infirmiers et autres personnels médicaux refusaient de se soumettre à la vaccination, et la situation s’est rapidement envenimée.
Mi-novembre 2021, tandis que l’UGTG — un syndicat décrit comme indépendantiste et très actif jusqu’alors — appelait à une mobilisation générale, des barricades ont été érigées dans plusieurs points de l’île. Ces barrages, tenus par des jeunes et des moins jeunes, souvent cagoulés et parfois armés, ont impliqué le déplacement de pneus et leur mise à feu sur des ronds-points ainsi que sur des axes névralgiques, paralysant une partie des transports et perturbant la vie quotidienne.
Enjeux judiciaires et dimensions sociales
Le procès vise à éclairer la responsabilité individuelle et collective de ceux qui, selon l’accusation, auraient organisé ou participé aux actions les plus visibles et violentes de ces mobilisations. Au-delà des réquisitions pénales, l’affaire pose des questions sur la frontière entre contestation sociale et basculement dans l’illégalité organisée, et sur la place de figures locales — médiateurs, artistes, individus liés aux réseaux de rue — dans des mouvements massifs.
La présence d’un policier parmi les prévenus est un élément particulièrement sensible : elle alimente des interrogations sur d’éventuelles complicités internes et sur la capacité des institutions à prévenir ou contrôler des débordements. Les qualifications retenues devant le tribunal permettront d’examiner de manière formelle ces allégations au cours des audiences qui s’étaleront sur trois semaines.
Les parties civiles et la défense disposeront chacune d’un temps d’expression au cours des débats pour présenter leurs éléments. Le calendrier judiciaire et la complexité du dossier — qui mêle aspects pénaux, contexte social et retentissement médiatique — laissent présager des audiences denses, centrées sur l’analyse des preuves et la qualification juridique des actes reprochés.
Enfin, ce procès intervient dans un contexte plus large de discussion sur la gestion des crises sanitaires et sociales en outre-mer, et sur les réponses institutionnelles face à des mobilisations puissantes. Sans préjuger des décisions qui seront rendues, les débats à Fort-de-France doivent permettre d’établir les responsabilités et, pour les observateurs, d’évaluer les mécanismes qui ont conduit à l’escalade des violences en novembre 2021.





