Quand un jeune décroche, qui lui tend encore la main ?
En France, la part des 15-29 ans qui ne sont ni en emploi, ni en formation, ni en études a remonté à 12,9 % au quatrième trimestre 2025. Ce chiffre dit une chose très simple : pour beaucoup de jeunes, la sortie du système scolaire reste aussi une sortie du radar. En Pays de la Loire, le CESER a évalué à 29 000 le nombre de jeunes de 14 à 24 ans en situation de décrochage, sur des données 2019, tout en rappelant que la région reste moins touchée que d’autres. Statistiques Insee sur les jeunes NEET et rapport du CESER sur le décrochage en Pays de la Loire.
Pour une partie de ces jeunes, l’École de la deuxième chance n’est pas un gadget institutionnel. C’est un sas. Le parcours dure autour de sept mois, il est rémunéré, et il mélange remise à niveau, stages et projet professionnel. Le principe est simple : remettre debout avant de demander un diplôme. Le détail du parcours E2C dans le rapport CESER.
Un réseau qui marche, mais qui dépend d’un équilibre fragile
Le Réseau E2C France a accueilli 17 917 stagiaires en 2025. Il annonce aussi 61 % de sorties positives, dont des contrats de travail, de l’alternance ou des formations qualifiantes. L’alternance représente désormais une part importante du parcours, et 34 % des stagiaires ont connu une expérience en entreprise. Le réseau compte 58 E2C sur 152 sites, dans 12 régions et 68 départements. Rapport d’activité 2024 du Réseau E2C France et bilan 2025 du réseau E2C.
Ce modèle tient parce qu’il additionne plusieurs financeurs. Le réseau estime son financement à environ 30 % par l’État, 30 % par les régions, 10 % par d’autres collectivités et 17 % par le fonds social européen. Cette dépendance à plusieurs guichets protège le système quand tout va bien. Mais elle le rend aussi vulnérable dès qu’un financeur retire sa part. Le réseau évalue d’ailleurs à environ 6 000 euros le coût d’un parcours, contre environ 12 000 euros dans un lycée professionnel selon ses calculs. Décryptage du financement des E2C par la Banque des Territoires.
En Pays de la Loire, le CESER décrit trois écoles en activité à Nantes, Saint-Nazaire et Le Mans. Il rappelle aussi qu’en 2023, leur taux de sortie positive atteignait 66 %. Autrement dit, ce n’est pas un dispositif théorique. C’est un outil d’insertion local, branché sur les entreprises, les missions locales et les besoins concrets des bassins d’emploi.
Pourquoi la Région serre la vis
Le Conseil régional des Pays de la Loire a adopté son budget primitif 2025 en annonçant un plan d’économies de 100 millions d’euros sur ses dépenses de fonctionnement. Pour 2026, la même logique continue : la Région dit maintenir 15,6 millions d’euros d’économies supplémentaires sur le fonctionnement, tout en gardant 510 millions d’euros d’investissement et en refusant d’augmenter la carte grise ou de créer un versement mobilité. Budget primitif 2025 des Pays de la Loire et budget 2026 de la Région.
Cette ligne budgétaire a un gagnant évident : la trajectoire financière de la collectivité. La Région dit protéger ses marges de manœuvre pour les lycées, les transports et l’emploi. Mais elle impose aussi un tri plus brutal entre les dispositifs jugés stratégiques et ceux qui vivent de subventions répétées. Dans le même temps, une délibération de décembre 2025 autorise encore la signature, pour 2026, de conventions avec les Écoles de la deuxième chance et l’agrément à leur rémunération de stagiaire. Le conflit n’est donc pas tranché une fois pour toutes. Il se rejoue dans les détails budgétaires. délibération régionale sur les conventions E2C 2026.
Qui gagne, qui perd, et pourquoi la bataille reste ouverte
Du point de vue de la Région, réduire les dépenses récurrentes bénéficie d’abord au budget général et aux contribuables. Du point de vue des E2C, la stabilité du financement bénéficie aux jeunes sans diplôme, mais aussi aux petites entreprises qui recrutent sur la base de stages et de mises en situation. Si l’argent manque, le coût ne disparaît pas : il se déplace vers les jeunes, les missions locales, les familles et, souvent, vers le chômage de plus longue durée. impact concret d’un parcours E2C et coût d’une fermeture.
Le désaccord est désormais public. D’un côté, la Région affirme maintenir une politique globale contre le décrochage. De l’autre, la E2C de la Mayenne écrit dans une pétition que les E2C ligériennes cesseraient leur activité fin 2026 si les orientations budgétaires actuelles ne changent pas. Entre les deux, il y a un fait clé : trois écoles restent en discussion avec le conseil régional. Pour les jeunes, c’est la seule question qui compte vraiment : y aura-t-il encore une porte d’entrée locale, rémunérée et encadrée, ou faudra-t-il basculer vers des dispositifs plus éloignés et plus saturés ? alerte de l’E2C de la Mayenne et situation des trois écoles en Pays de la Loire.
Ce qu’il faut surveiller
La suite se jouera dans les conventions 2026, dans les arbitrages de trésorerie et dans la capacité de l’État, des régions, de l’Europe et des entreprises à rester au rendez-vous. Si le financement se fragilise encore, le réseau perdra des places, puis des sites. S’il est maintenu, les E2C continueront d’absorber une part des jeunes qui ne tiennent plus dans le cadre scolaire classique. C’est là que se trouve le vrai test : non pas dans le discours sur l’insertion, mais dans la permanence de la place qu’on lui donne.













