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Seine-Saint-Denis : pourquoi les élus issus des classes populaires restent rares — féminisation inachevée, sous‑représentation sociale et usages tactiques de la diversité

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En Seine‑Saint‑Denis, l’essai Elus des banlieues populaires (PUF) met en lumière un fossé croissant entre élus — majoritairement cadres — et populations populaires : féminisation inachevée, sous‑représentation sociale et usages parfois tactiques de la « diversité ».

Dans leur essai collectif Elus des banlieues populaires (PUF, 112 pages, 11 euros), les sociologues Marie‑Hélène Bacqué et Jeanne Demoulin dressent un constat inquiet sur la représentation politique en Seine‑Saint‑Denis. À partir d’une enquête menée de 2014 à 2024, elles mettent en lumière un glissement social et une distanciation entre les élus locaux et la population administrée.

Un écart grandissant entre élus et représentés

Les auteures relèvent « un écart croissant entre représentant·es et représenté·es », un phénomène qui prend, selon elles, « un relief particulier dans les banlieues populaires ». Malgré la prépondérance des classes populaires dans le département, celles‑ci restent sous‑représentées au sein du personnel politique municipal.

Les données présentées dans l’ouvrage montrent une recomposition politique notable. Longtemps dominées par le Parti communiste français (PCF), certaines communes ont changé de couleur à l’issue des municipales de 2020. Le panorama actuel du département dénombre 18 communes dirigées par la droite, 17 par la gauche (dont cinq par le PCF et sept par le Parti socialiste) et cinq par des formations centristes.

Parmi les 40 maires du département, les chercheuses signalent que « aucun.e n’est employé.e, un seul est ouvrier, tandis que 25 sont cadres ». Cette configuration socialement marquée rapproche la Seine‑Saint‑Denis d’autres grandes villes françaises où les élections municipales de 2020 ont, selon elles, confirmé « une prédominance accrue des classes supérieures ».

Féminisation inachevée et renouvellement limité

Sur la période étudiée, la représentation a évolué « très marginalement », notent Bacqué et Demoulin. Les progrès en matière de féminisation restent incomplets et le renouvellement sociologique des instances locales demeure limité. Les dynamiques locales portent parfois des listes citoyennes, mais ces initiatives n’ont pas, globalement, transformé en profondeur la composition sociale des équipes municipales.

Les autrices observent également que l’ouverture des listes partisanes aux candidat·es racisé·es est devenue un enjeu électoral. Toutefois, cette ouverture suscite des ambiguïtés : elle est parfois perçue comme une réponse tactique et non comme une transformation réelle des pratiques politiques, ce que les chercheuses qualifient d’« instrumentalisation électorale ».

Diversité affichée mais prudence identitaire

Le livre souligne une tension entre représentation et identité. Les élu·es racisé·es, écrivent les auteures, « ne mettent jamais directement en avant leurs origines ethno‑raciales » et n’emploient « qu’à contre‑coeur le vocabulaire de la diversité ». Ce silence ou cette prudence traduit, selon elles, une difficulté à faire de la revendication identitaire un marqueur public clair au sein des institutions locales.

Cette posture a des conséquences politiques et symboliques. Du côté des électeurs, les chercheuses relèvent un sentiment persistant de défiance vis‑à‑vis du personnel politique et un ressenti d’être « mal représentés » ou « de ne pas être représentés » du tout. Ces perceptions ont été particulièrement visibles lors des scrutins municipaux organisés les dimanches 15 et 22 mars.

Les auteures n’isolent pas un seul facteur explicatif. Elles mettent en avant une combinaison de trajectoires politiques, de transformations socio‑économiques et de stratégies partisanes qui contribuent à l’éloignement entre responsables locaux et habitants.

En rassemblant témoignages et observations de terrain, Elus des banlieues populaires propose un bilan serré des enjeux contemporains de la représentation municipale en Seine‑Saint‑Denis. Le livre invite à considérer non seulement la couleur politique des mairies, mais aussi la composition sociale et identitaire des équipes élues, éléments qui façonnent la perception et la qualité de la représentation locale.

Parlons Politique

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