Europe face aux États‑Unis : numérique, défense, énergie, paiements — Bruxelles multiplie lois et investissements mais 2030 reste incertain

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Malgré les ambitions de souveraineté européenne, l’UE reste fortement dépendante des États‑Unis dans le numérique, la défense, l’énergie et les paiements — du F‑35 aux clouds AWS/Azure/GCP en passant par l’essor du GNL américain. Bruxelles multiplie régulation (DMA, AI Act), investissements (Chips Act, REPowerEU) et initiatives (EPI/Wero, euro numérique) mais la Cour des comptes juge peu probable une sécurisation complète d’ici 2030.

Malgré les discours sur la « souveraineté européenne », l’Union européenne demeure fortement dépendante des États‑Unis dans plusieurs secteurs stratégiques : numérique, défense, énergie et paiements. La dégradation des relations transatlantiques depuis le retour de Donald Trump a mis en lumière une vulnérabilité simple : l’Europe consomme des infrastructures, des normes et des capacités qu’elle ne maîtrise pas entièrement.

Défense : une dépendance à la fois stratégique et matérielle

Sur le plan militaire, l’OTAN reste la garantie centrale de la défense collective européenne. Cette dépendance est rappelée dans les textes et les discours institutionnels : Ursula von der Leyen affirmait le 10 septembre 2025 que « l’Europe doit prendre elle‑même en charge sa défense et sa sécurité ». Dans la pratique, toutefois, la structure des dépenses alliées reste asymétrique, les États‑Unis représentant une part majeure des dépenses militaires de l’alliance.

Des chiffres illustrent cette dépendance industrielle : l’IISS estime que 34 % des contrats d’acquisition des États européens de l’OTAN portent sur des systèmes américains (févr. 2022 – sept. 2024), tandis que l’IRIS évalue, sur 2022‑2023, que près de la moitié des acquisitions des États membres de l’UE reviennent à des fournisseurs américains. L’exemple de l’avion de chasse américain F‑35 est devenu symbolique : treize pays européens le possèdent ou l’ont commandé, rendant ces États tributaires de la technologie et de la maintenance américaines.

Au plan industriel, cette relation est aussi entretenue par un intérêt américain à maintenir des liens robustes avec l’Europe. Jean‑Pierre Maulny, directeur adjoint de l’IRIS, note que « plus les États‑Unis menacent de réduire leur bouclier, plus les Européens veulent se réarmer et plus ils s’achètent rapidement des équipements étrangers disponibles, notamment américains ». Cette dynamique creuse une dépendance difficile à inverser à court terme.

Numérique : des infrastructures dominées par des acteurs non européens

Le secteur numérique européen est largement structuré par des acteurs américains. Au‑delà des usages visibles (messagerie, visioconférence, e‑commerce), la dépendance porte surtout sur l’infrastructure et les briques logicielles de base : systèmes d’exploitation, suites bureautiques, plateformes de cloud et services d’analyse.

Selon une note du Parlement européen (déc. 2025), AWS, Microsoft Azure et Google Cloud concentrent environ 70 % du marché du cloud dans l’UE. Côté grand public, Android et iOS couvrent quasiment 100 % du mobile, et Windows domine le poste de travail. Les députés européens pointent aussi un retard dans la R&D logicielle européenne : les entreprises du Vieux Continent contribuent peu à l’innovation mondiale dans ces domaines, alors que les États‑Unis et la Chine en restent les leaders.

Face à ces constats, l’Union multiplie les cadres réglementaires (DMA, DSA, AI Act, Data Act) et finance des infrastructures propres : projets communs cloud, Chips Act pour relocaliser la production de puces, et investissement dans des « giga‑fabriques » et supercalculateurs pour l’IA. La Commission souhaite en outre faciliter le changement de fournisseur et imposer des standards communs pour limiter les « verrous » technologiques.

Énergie : substitution russe par des importations américaines

Sur le plan énergétique, le basculement amorcé depuis le déclenchement du conflit en Ukraine a réduit la part du gaz russe. Là où Moscou couvrait plus de 40 % des importations européennes en gaz naturel avant la guerre, cette part était estimée à 13 % au deuxième trimestre 2025.

Ce réalignement profite aux États‑Unis : en 2021‑2025 l’UE a presque quadruplé ses importations de GNL américain. Au deuxième trimestre 2025, 57 % du GNL importé provenait des États‑Unis et, globalement, un quart des importations de gaz (gazoduc et GNL) venait des États‑Unis. L’Institut d’économie de l’énergie et d’analyse financière projette que la part américaine pourrait atteindre 40 % d’ici 2030 (et 80 % pour le seul GNL).

Le plan REPowerEU a permis de réduire significativement la dépendance au gaz russe en diversifiant les approvisionnements et en accélérant les économies d’énergie et les renouvelables. Mais plusieurs instituts (Clingendael, Ecologic Institute, Norsk institutt) alertent sur les coûts, la volatilité des prix et les pressions géopolitiques liées à une substitution par les États‑Unis.

Paiements et souveraineté monétaire

La dépendance aux solutions de paiement américaines est ancienne et souvent négligée. Dans la zone euro, deux tiers des transactions par carte passent aujourd’hui par des réseaux internationaux comme Visa ou Mastercard. Neuf pays de l’UE seulement disposent d’un système de paiement national performant ; la France, par exemple, a un système qui fonctionne principalement pour les achats nationaux.

Pour répondre, des initiatives européennes se développent : lancée en 2024 par le consortium European Payments Initiative (EPI), la solution Wero permet les virements en euros entre particuliers en Allemagne, en France et en Belgique, et facilite désormais certains paiements en ligne. L’Union vise aussi le lancement d’un euro numérique en 2029 afin d’offrir une alternative paneuropéenne aux acteurs non européens.

En résumé, l’Union européenne cherche à réduire ses dépendances par la régulation, l’investissement public et des programmes industriels. Les projets couvrent le cloud, les puces, l’énergie, les matières premières et les paiements. Néanmoins, les évaluations récentes (Cour des comptes européenne, 2 février 2026) jugent que les dispositifs actuels ont « peu de chances » d’assurer une complète sécurisation des approvisionnements de l’UE d’ici 2030, montrant l’ampleur du travail restant.

Parlons Politique

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