Prêt européen de 90 milliards à l’Ukraine (vote du 11 février) : Jordan Bardella et le RN votent contre, déclenchant une forte polémique

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Le Parlement européen a adopté le 11 février un prêt de 90 milliards d’euros pour l’Ukraine (458 voix pour, 140 contre, 44 abstentions), rejeté par le Rassemblement national et Jordan Bardella. Le dispositif prévoit 60 milliards pour la capacité industrielle et l’achat d’équipements de défense, 30 milliards pour des besoins budgétaires conditionnés à des réformes, des intérêts d’environ 3 milliards/an supportés par le budget européen et un remboursement lié à d’éventuelles réparations russes ; les premiers versements pourraient intervenir en avril. Le vote ravive en France les polémiques entre défenseurs du soutien européen à l’Ukraine et critiques du montage financier et des garanties.

Le Parlement européen a adopté mercredi 11 février une aide financière de 90 milliards d’euros destinée à l’Ukraine, un prêt approuvé par une large majorité mais rejeté par le Rassemblement national (RN) et son président, Jordan Bardella.

Le vote et ses chiffres

La résolution a été adoptée avec 458 voix pour, 140 contre et 44 abstentions. Parmi les abstentionnistes figure Manon Aubry (LFI). Les groupes verts, sociaux-démocrates, le centre et la droite ont voté en faveur du prêt, tandis que le RN et le groupe des Patriotes, conduit par Jordan Bardella, ont voté contre.

Le prêt de 90 milliards d’euros doit être contracté par l’Union européenne sur les marchés financiers. Le montage prévoit que les intérêts, estimés à environ 3 milliards d’euros par an, seront servis par le budget européen, sans incidence sur les contributions nationales de la République tchèque, de la Hongrie et de la Slovaquie, qui ne participent pas à ce mécanisme.

Usage des fonds et calendrier prévu

La répartition prévue des 90 milliards distingue deux grandes fonctions : 60 milliards d’euros affectés à l’investissement dans des capacités industrielles de défense et à l’achat d’équipements militaires, et 30 milliards d’euros destinés à couvrir des besoins budgétaires de l’Ukraine, sous conditions de réformes. Le montage stipule aussi que l’Ukraine ne remboursera l’Union européenne que lorsque la Russie versera des réparations de guerre, une échéance conditionnée à la fin du conflit.

Le texte indique que les premiers versements pourraient intervenir en avril, sous réserve des modalités pratiques et des conditions fixées par l’accord.

Réactions politiques et accusations

La décision a suscité des réactions vives au sein de l’hémicycle. Le social-démocrate Raphaël Glucksmann a accusé le RN de « agir en relais de Poutine et de trahir l’intérêt vital de l’Europe et de la France », en commentant le vote de Jordan Bardella. Il a déclaré : « Au Parlement européen, le Rassemblement national et Jordan Bardella votent contre le prêt européen à l’Ukraine. Sans ce prêt, c’est simple : l’Ukraine s’effondre. »

Sur les réseaux sociaux, le centriste Pascal Canfin (Renew) a également pointé le RN du doigt : « Voter Bardella, c’est voter Poutine ! Le RN le montre de nouveau en votant contre un nouveau paquet de soutien à l’Ukraine – 90 milliards d’euros, contre la liberté face à l’impérialisme russe. » Ces critiques s’inscrivent dans un climat politique tendu, à un peu plus d’un an de l’élection présidentielle française.

La position et les réserves du RN

Interrogé par l’Agence France-Presse, l’eurodéputé RN Pierre-Romain Thionnet, proche de Jordan Bardella, a contesté toute accusation de « lâchage » de l’Ukraine. Selon lui, le RN ne refuse pas de soutenir l’Ukraine, mais critique le « montage » de ce mécanisme de prêt.

Le parti d’extrême droite dénonce notamment des « dérogations trop larges » permettant des achats d’armes en dehors de l’Europe. Il estime aussi que la période couverte par le prêt, présentée comme couvrant 2026 et 2027, n’est pas suffisamment circonscrite au regard des négociations en cours entre Kiev et Moscou.

Pierre-Romain Thionnet a par ailleurs mis en avant la situation budgétaire difficile de l’Union européenne et de la France. Il a reproché au dispositif de reposer sur l’hypothèse d’un remboursement par la Russie via des réparations de guerre, plutôt que sur des garanties européennes jugées plus solides.

Aspects financiers et questions en suspens

Le mécanisme retenu — un emprunt de l’UE sur les marchés financiers — laisse apparaître plusieurs questions opérationnelles et politiques. La charge des intérêts, estimée à environ 3 milliards d’euros par an, sera supportée par le budget européen, ce qui soulève des débats sur la soutenabilité financière et sur l’impact éventuel sur d’autres postes budgétaires.

Le fait que trois États membres (République tchèque, Hongrie, Slovaquie) n’entrent pas dans le mécanisme a également été relevé, sans que la décision n’altère la portée juridique du prêt adopté par la majorité des députés.

Enfin, la condition de remboursement — liée à d’éventuelles réparations versées par la Russie — pose la question des garanties effectives et du calendrier réel de remboursement, éléments qui dépendront à la fois de l’évolution du conflit et des accords qui pourraient être conclus à l’issue des négociations.

Les débats au Parlement européen reflètent donc à la fois des choix stratégiques sur le soutien à l’Ukraine et des désaccords sur la forme et les garanties financières d’un mécanisme inédit à cette échelle.

Parlons Politique

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