Dans la nuit de jeudi à vendredi, plusieurs diplomates et responsables européens ont dressé le constat d’un changement marqué dans les relations avec Washington à l’issue d’un sommet d’urgence consacré aux multiples menaces américaines. Si les Vingt-Sept cherchent à éviter une répétition de la crise entourant le Groenland, leurs stratégies divergent nettement.
Des positions européennes contrastées
Pour la France, la Belgique et l’Espagne, la ligne choisie est celle de la fermeté : elles ont notamment évoqué la possibilité de représailles commerciales face à des pressions américaines, une menace qui, selon certains participants, a contribué à désamorcer la situation.
À l’inverse, les pays baltes et la Pologne saluent la diplomatie attribuée, dans certains comptes rendus, à Mark Rutte — présenté dans le récit comme un acteur pivot ayant permis de calmer quelques velléités expansionnistes attribuées à Donald Trump. Le président lituanien, Gitanas Nausėda, a tenu à rappeler le lien transatlantique en déclarant : « Les États-Unis demeurent notre ami le plus proche », tout en regrettant que Bruxelles ait envisagé d’utiliser son « bazooka commercial » contre un allié.
Tous les participants s’accordent néanmoins sur un point : « le monde d’avant est révolu ». Un diplomate d’Europe de l’Est relayé par Politico a résumé la tonalité générale : « C’est notre moment Rubicon, une thérapie de choc. L’Europe ne peut pas revenir en arrière. »
Quatre principes et la volonté de défendre les intérêts européens
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a synthétisé l’esprit du bloc en rappelant « quatre principes clés : fermeté, ouverture, préparation et unité ». Elle a estimé que cette approche avait été « efficace » et qu’il fallait la maintenir.
Le président du Conseil européen, António Costa, a pour sa part affirmé que l’Union « va continuer à défendre ses intérêts » contre « toute forme de coercition ». Cette réunion d’urgence, initialement prévue pour définir des représailles aux menaces américaines, a toutefois été dominée par une autre question : le contenu et les conséquences d’accords entre Washington et certains territoires d’outre-mer, en particulier le Groenland.
Le dossier du Groenland : incertitudes et négociations
Le dossier du Groenland a occupé une large place dans les débats. Le Premier ministre groenlandais, Jens-Frederik Nielsen, a exprimé publiquement son étonnement en déclarant lors d’une conférence de presse à Nuuk : « je ne sais pas ce que contient exactement l’accord concernant mon pays ». Il a néanmoins insisté sur la souveraineté et l’intégrité territoriale de l’île, qu’il considère comme une « ligne rouge ».
Selon le compte rendu cité par l’AFP, les discussions entre Washington et l’Alliance visaient à empêcher la Russie et la Chine d’obtenir un accès au territoire autonome danois et aux pays de l’Arctique. D’après plusieurs responsables interrogés par des médias, le plan américain s’inspirerait du modèle de bases sous souveraineté observé à Chypre, ce qui alimente des interrogations sur la portée exacte des accords prévus.
Les grandes lignes évoquées par les participants porteraient sur la renégociation d’un accord de défense de 1951 relatif à la présence militaire américaine au Groenland. L’accès militaire américain à l’île autonome de 2,1 millions de km2 pourrait être élargi en contrepartie d’un engagement européen accru dans la région, voire d’une mission de l’Otan. Un volet technique mentionné est l’adaptation d’un futur « dôme d’or », un système antimissile que le Pentagone souhaite développer.
Plusieurs responsables européens ont jugé positif qu’il n’y ait pas d’application immédiate de droits de douane en février, tout en soulignant la nécessité d’être prêts au cas où la position américaine évoluerait brusquement : « il faut être prêt à ce que Donald change d’avis », a reconnu un diplomate.
Prochaines étapes et diplomatie en cours
Sur le plan opérationnel, la Première ministre danoise, Mette Frederiksen, devait rencontrer vendredi matin à La Haye le secrétaire général de l’Otan pour faire le point. Le Premier ministre danois, Mette Frederiksen, a aussi prévu des entretiens avec son homologue groenlandais au cours des discussions à Nuuk.
Enfin, plusieurs chefs d’État et de gouvernement ont souligné l’importance de renforcer l’engagement dans l’Arctique et de clarifier les modalités de coopération transatlantique et européenne. Les débats ont mis en lumière la difficulté d’articuler solidarité européenne, défense collective et respect des souverainetés locales, au moment où la géopolitique arctique prend une place croissante dans les priorités stratégiques.





