Le Conseil de l’Union européenne a validé vendredi après-midi, par une procédure écrite, le vote des ambassadeurs de l’UE sur l’accord UE-Mercosur, a indiqué un communiqué. « Le Conseil a adopté aujourd’hui deux décisions autorisant la signature de l’accord de partenariat UE-Mercosur (EMPA) et de l’accord commercial intérimaire (iTA) entre l’UE et le Mercosur », précise le texte.
Un jalon après 25 ans de négociations
Ces accords marquent un moment important dans les relations de longue date entre l’UE et les partenaires du Mercosur. Après 25 ans de négociations et sans l’accord de la France, une majorité qualifiée d’États européens avait approuvé, quelques heures plus tôt, la signature de cet accord commercial controversé.
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, devrait se rendre lundi 12 janvier au Paraguay afin de signer ce traité avec quatre pays d’Amérique latine (l’Argentine, le Brésil, le Paraguay et l’Uruguay). Selon le communiqué, l’objectif est de « créer l’une des plus grandes zones de libre-échange au monde ».
Oppositions nationales et procédure à venir
Cependant, la signature n’achève pas le processus. Si l’accord est paraphé lundi, il devra ensuite être soumis au Parlement européen en session plénière. Le scrutin dans l’hémicycle pourrait être serré, car des considérations nationales risquent de peser lors du vote.
Plusieurs États membres se sont opposés à la signature: la France, l’Irlande, la Pologne, la Hongrie et l’Autriche, tandis que la Belgique s’est abstenue. Ces pays n’étaient toutefois pas assez nombreux pour constituer une minorité de blocage; le mécanisme exige, pour empêcher l’adoption, qu’un groupe d’États représentant au moins 35 % de la population de l’UE forme un tel bloc.
Sur le plan institutionnel, 145 eurodéputés, issus de cinq groupes politiques et de 21 nationalités, avaient déjà exprimé leur inquiétude en déposant, en novembre 2025, une résolution demandant un avis juridique de la Cour de justice de l’Union européenne sur l’accord UE-Mercosur. Selon eux, la Commission européenne aurait outrepassé son mandat en séparant les aspects commerciaux et politiques de l’accord pour éviter la ratification par certains parlements nationaux.
Mobilisation des agriculteurs et réactions publiques
Le volet agricole du texte suscite une forte opposition, notamment en France. Des agriculteurs mobilisés ont renforcé leur action par des défilés et des barrages de tracteurs dans plusieurs régions du pays. La FNSEA, premier syndicat agricole français, a déjà appelé à un grand rassemblement devant le siège du Parlement européen à Strasbourg le 20 janvier, mobilisation relayée ensuite par le syndicat des Jeunes Agriculteurs.
Des manifestations se sont également déroulées à Varsovie et à la frontière franco-belge, et des manifestants à Milan ont dénoncé la volte-face du gouvernement dans les dernières phases des négociations. Ces mobilisations illustrent l’ampleur des inquiétudes sur les conséquences économiques et environnementales perçues par les professions agricoles.
Etat du dossier et incertitudes
Le dossier reste délicat: l’adoption par la voie écrite au Conseil correspond à une étape formelle, mais la route vers l’entrée en vigueur est encore semée d’incertitudes. Outre le vote du Parlement européen, la ratification ultérieure par certains États ou parlements nationaux pourrait être requise selon les dispositions finales de l’accord.
Le débat public et politique autour de l’UE-Mercosur souligne la difficulté d’équilibrer ambitions commerciales et contraintes nationales. Le texte adopté formellement engage désormais l’UE dans une phase diplomatique et parlementaire décisive, dont l’issue dépendra autant de paramètres juridiques que de considérations politiques et sociales.





