L’Union européenne et quatre pays du Mercosur (Argentine, Brésil, Paraguay et Uruguay) doivent signer, samedi 17 janvier, un accord commercial issu de 25 années de négociations, selon des sources évoquant des tensions et des mobilisations, notamment en France, ces derniers jours.
Déplacement de la présidente de la Commission confirmé
Le porte-parole de la Commission, Thomas Régnier, a confirmé le 11 janvier à Politico le voyage de la présidente de l’exécutif européen, Ursula von der Leyen, au Paraguay pour parapher l’accord. Il a précisé qu’elle serait accompagnée du président du Conseil européen, António Costa, «a confirmé son cabinet», selon la déclaration rapportée.
Ce déplacement intervient après que la majorité des États membres de l’UE se sont prononcés en faveur de la signature de l’accord le 9 janvier. Malgré l’opposition affichée de la France et d’autres pays (Irlande, Pologne, Hongrie, Autriche), les ambassadeurs de l’UE ont d’abord donné leur feu vert ce même jour, ouvrant la voie à une validation par les ministres de l’UE dans l’après-midi.
Principaux éléments du texte et volumes concernés
Le traité commercial entre l’UE et le Mercosur prévoit l’élimination de plus de 90 % des droits de douane imposés par les deux parties sur les produits venant de part et d’autre de l’Atlantique. À terme, il ouvre des contingents importants : 99 000 tonnes de bœuf par an, qui pourraient entrer en Europe à un taux préférentiel de 7,5 %, ainsi que 180 000 tonnes de volaille, 180 000 tonnes de sucre et 60 000 tonnes de riz sans obstacle tarifaire.
L’accord vise, selon la Commission, à créer «la plus vaste zone de libre-échange au monde», couvrant quelque 700 millions de personnes. Il prévoit également des mesures et garanties jugées nécessaires par certains États pour protéger des secteurs sensibles.
Réactions et incertitudes juridiques
La perspective d’une ouverture accrue des marchés agricoles a suscité une vive réaction dans plusieurs pays européens. L’Allemagne a tenu à rappeler que «nous avons entendu les préoccupations de nos agriculteurs et de notre secteur agricole, et nous avons agi en conséquence», mention citée dans le texte de l’annonce.
Sur le plan juridique, le traité n’est pas encore définitivement acquis. Le Parlement européen ou tout État membre conserve la possibilité de saisir la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) pour contester ou vérifier la conformité de l’accord avec les traités européens.
Le 10 janvier, le ministre français de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a écarté l’option d’une saisine immédiate par le gouvernement français, tout en reconnaissant que des députés européens pourraient, en revanche, recourir à cette voie. Une résolution déposée par 145 eurodéputés, issus de cinq groupes politiques en novembre 2025, vise également à soulever des questions juridiques ou politiques ; elle doit prochainement être examinée par les parlementaires.
Malgré l’annonce d’un déplacement de la présidente de la Commission pour parapher l’accord, plusieurs voix maintiennent des réserves et la situation reste tendue, en particulier dans les secteurs agricoles les plus exposés aux importations. Les garanties mentionnées dans le texte sont présentées comme des éléments clés pour apaiser ces inquiétudes, mais leur portée et leur mise en œuvre feront probablement l’objet de débats à venir.





