Sous les applaudissements, elle pénètre dans la salle des mariages de l’hôtel de ville, le poing levé. Nathalie Appéré (Parti socialiste, PS), maire sortante de Rennes, a attendu la fin du dépouillement, dimanche 22 mars, pour saluer ses partisans et célébrer sa réélection.
Réélue avec 43,78 % des suffrages, sans alliance avec La France insoumise, l’élue de 50 ans confirme que Rennes reste ancrée à gauche, mais le résultat traduit aussi une érosion de la domination socialiste dans la capitale bretonne.
Un scrutin plus serré que par le passé
Le score obtenu dimanche est le plus bas pour Nathalie Appéré depuis son arrivée à la tête de la ville : 43,78 % contre 65,35 % en 2020 et 55,83 % en 2014. Ce recul s’inscrit dans un contexte de recomposition politique locale, marqué par la montée d’autres forces de gauche et la percée des listes concurrentes.
Parmi ses adversaires, Marie Mesmeur, députée apparentée à La France insoumise (LFI), a rassemblé près de 20 % des votants, témoignant d’un transfert d’une partie des électeurs de gauche vers des offres politiques alternatives. Charles Compagnon, chef de file de l’opposition municipale et candidat soutenu par Horizons, a obtenu 36,38 % des suffrages.
Face à ces chiffres, la maire a tenu un discours de confirmation: «Avec cette victoire nette, Rennes affirme sa fidélité à son histoire. Dans un monde incertain où beaucoup de communes voient progresser les idées conservatrices et réactionnaires, Rennes est la capitale bretonne de la gauche : une ville qui protège contre les replis et les rejets.»
Les zones d’affaiblissement du PS
Si l’ensemble de la ville confirme son ancrage à gauche, l’élection met en lumière des fragilités pour le PS, notamment dans les quartiers populaires et auprès des électeurs les plus jeunes. Ces segments de l’électorat semblent avoir partiellement basculé vers des candidatures plus radicales à gauche ou vers des listes de renouvellement.
Le résultat suggère aussi une évolution des priorités locales, où questions sociales, logement, mobilité et écologie pèsent de plus en plus dans le choix des électeurs. La dissension relative entre la liste socialiste et la formation insoumise a produit un éclatement du vote de gauche, ce qui a rendu l’issue plus incertaine que lors des scrutins précédents.
Pour la municipalité, la lecture de ces signaux devra conduire à des ajustements dans la façon d’aborder les quartiers populaires et les attentes des jeunes électeurs, sous peine de voir se creuser l’écart lors des prochains rendez‑vous électoraux.
Parcours et ancrage politique de Nathalie Appéré
Entrée dans l’équipe municipale en 2001, Nathalie Appéré a été propulsée adjointe par Edmond Hervé, qui a dirigé Rennes de 1977 à 2008. Élue députée en 2012, elle est devenue maire en 2014 et n’a, selon les éléments publics cités, «jamais connu la défaite» jusqu’à ce nouveau scrutin, qu’elle remporte malgré la baisse de sa part de voix.
Sa réélection s’appuie sur un socle historique d’électeurs attachés aux politiques publiques municipales menées par la gauche rennaise : services publics, action culturelle et politique de la ville. Mais le contexte électoral actuel impose une lecture plus nuancée de cette fidélité.
La majorité obtenue ce dimanche permet à Nathalie Appéré de poursuivre son mandat, mais elle l’oblige aussi à composer avec une opposition recomposée et avec des attentes citoyennes qui évoluent rapidement.
En l’état, Rennes demeure un bastion de gauche, mais le rapport de forces local affiche désormais une plus grande fragmentation. Les prochains mois seront déterminants pour traduire cette victoire en cap politique clair et répondre aux fractures révélées par ce scrutin.





