Au revoir Bernadette Chirac : élue de Corrèze, stratège de l’Élysée, militante des hôpitaux …
Décédée le 5 juin 2026 à 93 ans, Bernadette Chirac a été la seule Première dame française à exercer un mandat électif en son nom propre. Conseillère générale de Corrèze pendant 36 ans, elle a joué un rôle décisif dans les deux victoires présidentielles de Jacques Chirac.

« Il n’y a qu’un homme politique à l’Élysée, c’est moi ! » Cette phrase, Bernadette Chirac l’avait un jour lâchée avec un sourire que ses proches connaissaient bien : celui d’une femme qui disait la vérité en faisant mine de plaisanter. Elle est morte le 5 juin 2026, dans la soirée, « paisiblement, entourée des siens », selon les mots de sa fille Claude transmis à l’AFP. Elle avait 93 ans.
Bernadette Thérèse Marie Chodron de Courcel était née le 18 mai 1933 dans le 16e arrondissement de Paris, dans une famille de la grande bourgeoisie catholique. C’est sur les bancs de Sciences Po qu’elle croise Jacques Chirac. Elle l’épouse en 1956, à 22 ans, et l’accompagnera pendant plus de six décennies à travers tous les étages du pouvoir français : les ministères, Matignon, la mairie de Paris, puis l’Élysée de 1995 à 2007. Mais la formule qui résume sa vie n’est pas « épouse de ». Elle est conseillère générale de la Corrèze, élue sans discontinuer de 1979 à 2015. Trente-six ans de mandat. La seule Première dame de la Ve République à avoir exercé une fonction élective en son propre nom.
La Corrèze, sa terre et son pouvoir propre
En 1979, c’est Jacques Chirac qui pousse sa femme à se lancer dans l’arène corrézienne. Bernadette obéit, mais ne tarde pas à construire quelque chose qui lui appartient. Dans ce département devenu territoire chiraquien par excellence, elle tisse ses propres réseaux, rencontre ses propres électeurs, acquiert sa propre légitimité. « Elle était Corrézienne avant tout, avec sa voiture rouge qui sillonnait le canton », se souvient Laurent Darthou, élu local UDI, au lendemain de son décès.
Son flair politique y est souvent plus affûté que celui du président et de son premier cercle. Le 21 avril 2002, au soir du premier tour de la présidentielle, lorsque Dominique de Villepin annonce à Jacques Chirac que les bureaux tests donnent Jean-Marie Le Pen deuxième, le chef de l’État se retourne vers sa femme, assise en retrait : « Bernadette, vous l’aviez prédit. » « Je l’avais prédit, mais je ne le souhaitais pas, Jacques », répond-elle. La scène sera racontée par plusieurs témoins présents. Elle avait alerté sur la montée du Front national bien avant ses conseillers.
En 1995, son rôle est tout aussi décisif. Alors que Jacques Chirac est donné perdant face à Édouard Balladur, Bernadette multiplie les rendez-vous discrets avec les élus locaux et les cadres du RPR, le parti gaulliste, tissant un réseau de fidélités qui contribuera à la victoire. Valérie Pécresse, présidente de la région Île-de-France, a salué samedi « une élue locale enracinée en Corrèze, artisan discret mais déterminant des victoires de 1995 et 2002 ».
Pièces jaunes : plus de 116 millions d’euros collectés pour les enfants
À partir de 1994, Bernadette Chirac prend la présidence de la Fondation Hôpitaux de Paris-Hôpitaux de France et s’empare d’une opération encore confidentielle lancée quatre ans plus tôt : les Pièces jaunes. Elle en fait un rendez-vous national, décliné dans les commerces, les écoles, les mairies. En vingt-cinq ans à la tête de la fondation, l’opération récoltera plus de 116 millions d’euros, finançant quelque 9 800 projets dans les services pédiatriques des hôpitaux français. En 2019, elle passe les rênes à Brigitte Macron.
Ce combat-là, personne ne lui avait demandé de le mener. Il était le sien. Emmanuel Macron a rendu hommage samedi à une femme qui a « changé tant de vies avec discrétion et obstination » et touché « le destin de millions de malades anonymes ». François Hollande, de son côté, a décrit sur FranceInfo « une femme entière, engagée », qui « s’était affirmée comme élue de Corrèze, au niveau de ses idées aussi, notamment sur la place des femmes ».
Une vie marquée par les deuils intimes
Derrière la femme publique, des épreuves personnelles sévères. En avril 2016, sa fille aînée Laurence, longtemps malade, disparaît. Ce décès plonge Bernadette Chirac dans une dépression sévère. Trois ans plus tard, le 26 septembre 2019, c’est Jacques Chirac qui s’éteint à son tour. Dans ses Mémoires, il avait écrit : « Elle est la femme de ma vie, nous avons tant accompli ensemble. »
À partir de 2019, Bernadette Chirac se retire de la vie publique. Sa santé se fragilise progressivement. Fin janvier 2026, quelques semaines à peine avant sa mort, Emmanuel Macron lui remet, dans une cérémonie en stricte intimité, la distinction d’officier de la Légion d’honneur. Quatre mois plus tard, elle s’éteint.
Sa fille Claude, qui s’est elle-même fait élire conseillère départementale de Corrèze en 2021, perpétue l’ancrage familial dans ce territoire. Un registre de condoléances a été ouvert au musée du président Chirac à Sarran, et l’Élysée a invité les Français à se rendre à la Maison Élysée pour signer celui mis à disposition par la présidence. Un hommage lui sera également rendu le 12 juillet, lors de l’étape du Tour de France traversant la Corrèze.



