Avec les kinés en plus, le bilan prévention veut toucher plus tôt les fragilités et éviter la perte d’autonomie
Dès octobre, les kinésithérapeutes pourront réaliser le bilan prévention aux âges clés de la vie. Le gouvernement mise sur un accès plus large pour repérer plus tôt les fragilités et renforcer la prévention.

Quand on a 18, 45, 60 ou 70 ans, on ne cherche pas forcément un diagnostic. On veut surtout savoir si on tient bon, si l’on prend les bons réflexes, et si quelque chose mérite d’être corrigé avant de devenir un vrai problème.
C’est précisément l’objectif de Mon bilan prévention : un rendez-vous gratuit, pris en charge à 100 % par l’Assurance maladie, qui dure en général 30 à 45 minutes et qui sert à faire le point sur ses habitudes de vie. Le dispositif a été lancé en 2024 pour quatre tranches d’âge : 18-25 ans, 45-50 ans, 60-65 ans et 70-75 ans.
Une consultation de prévention qui s’élargit
À partir d’octobre, les masseurs-kinésithérapeutes pourront eux aussi réaliser ces bilans. Le gouvernement a publié un décret en ce sens, après avoir déjà ouvert ce droit aux médecins, infirmiers, pharmaciens et sages-femmes. L’idée est simple : élargir le nombre de professionnels capables de repérer tôt des fragilités, qu’elles concernent l’alimentation, l’activité physique, la santé mentale ou les conduites addictives.
Ce choix n’est pas anodin. En France, la population vieillit vite. Au 1er janvier 2026, 22 % des habitants ont au moins 65 ans, selon l’Insee. Santé publique France rappelle de son côté que la prévalence de la fragilité touche 10 à 13 % des plus de 55 ans et augmente fortement avec l’âge. L’enjeu n’est donc pas seulement de soigner. Il faut aussi éviter que des fragilités silencieuses ne se transforment en perte d’autonomie.
Le ministère de la Santé met en avant un autre chiffre : au 30 juin 2026, plus de 612 000 bilans avaient déjà été réalisés. Depuis l’automne 2025, les pharmaciens en assurent plus de la moitié. Cette montée en charge montre que le dispositif trouve sa place, mais aussi qu’il dépend très fortement de la disponibilité des professionnels de santé.
Ce que change l’arrivée des kinés
Les kinésithérapeutes arrivent avec une compétence évidente sur un terrain précis : le mouvement, la prévention de la perte d’autonomie, la santé musculo-squelettique et l’activité physique. Le ministère estime que leur participation contribuera à « renforcer l’accessibilité du dispositif ». En clair, plus d’offres de rendez-vous, donc potentiellement moins de délais et plus de proximité pour les assurés.
Pour les patients, surtout ceux qui consultent déjà un kiné pour des douleurs, une rééducation ou un manque de mobilité, cela peut aussi créer un point d’entrée plus naturel vers la prévention. Le rendez-vous ne sert pas à traiter une pathologie aiguë. Il sert à repérer ce qui fatigue le corps à bas bruit : sédentarité, chute d’activité physique, isolement, mauvais sommeil, excès d’alcool, surpoids, santé mentale dégradée. Santé publique France souligne d’ailleurs que des comportements de santé protecteurs dès la mi-vie peuvent aider à prévenir la dépendance plus tard.
Le mécanisme est encadré. Le patient remplit d’abord un autoquestionnaire. Le professionnel identifie des risques, propose des conseils, peut recommander des examens ou une prise en charge, puis rédige un plan d’action personnalisé transmis au médecin traitant. Ce point est essentiel : le bilan n’est pas un acte isolé. Il doit s’inscrire dans le suivi habituel, pour éviter les doublons et garder une continuité de soins.
Sur le plan économique, l’extension a aussi un intérêt pour l’Assurance maladie. Prévenir une chute, retarder une perte d’autonomie, ou orienter plus tôt une personne vers un accompagnement adapté coûte souvent moins cher qu’une prise en charge tardive. Mais cet avantage dépend d’un point très concret : la qualité du repérage. Si le bilan devient un rendez-vous de plus, sans réel suivi derrière, son efficacité restera limitée. Cette remarque n’est pas théorique. Santé publique France rappelle que la fragilité est liée à des facteurs biologiques, comportementaux et sociaux, et qu’elle varie fortement selon l’âge, le sexe et la situation sociale.
Une demande ancienne de la profession
Du côté des kinésithérapeutes, la décision est présentée comme l’aboutissement d’un chantier ancien. Leur Ordre parle d’une évolution « attendue de longue date », annoncée dès juin 2024. Le message est clair : la profession veut être reconnue comme un acteur de prévention, pas seulement comme un maillon de rééducation après coup.
Cette revendication s’inscrit dans une stratégie plus large. Les kinés défendent depuis plusieurs années une place accrue dans les parcours de santé, notamment autour de l’activité physique adaptée et de la prévention de la perte d’autonomie. Ils y voient une façon de valoriser leur expertise, mais aussi d’élargir leur rôle dans un système de soins saturé.
La contrepartie, elle, est très concrète. Un bilan de prévention demande du temps, de l’organisation et une coordination réelle avec les autres professionnels. Il est rémunéré 30 euros, selon les informations du ministère. Pour les cabinets déjà très sollicités, l’équation n’est pas neutre : il faut absorber ce nouveau rendez-vous sans dégrader le reste de l’activité. Autrement dit, ce dispositif peut renforcer l’accès à la prévention, mais seulement si sa mise en œuvre est fluide et si le financement suit le temps passé.
C’est là que le sujet touche à l’équilibre global du système. Les médecins restent au cœur du suivi médical. Les pharmaciens apportent une présence de proximité. Les infirmiers et les sages-femmes complètent le maillage. Les kinés, eux, ajoutent une expertise tournée vers le corps, le mouvement et l’autonomie. Chaque profession y gagne une place. Mais le patient, lui, n’y gagne vraiment que si le parcours reste lisible.
Ce qu’il faut surveiller maintenant
Le prochain enjeu est pratique : comment ce nouveau droit sera-t-il appliqué à partir d’octobre ? Il faudra suivre la diffusion des consignes, l’intégration des kinés dans l’annuaire des professionnels habilités, et surtout le nombre de rendez-vous effectivement réalisés dans les premiers mois. Le précédent est déjà posé : le dispositif a franchi le cap des 612 000 bilans au 30 juin 2026, et sa progression dépend désormais de la capacité des professions à l’absorber sur le terrain.
Il faudra aussi observer si cette ouverture produit un effet concret sur les publics les plus exposés au risque de rupture de parcours : personnes vieillissantes, patients déjà touchés par une maladie chronique, habitants des zones où l’accès à un médecin est plus difficile. C’est là que se jouera la vraie mesure de cette réforme : non pas dans l’annonce, mais dans sa capacité à rendre la prévention plus proche, plus lisible et plus utile.



