Les municipales à peine achevées, les principaux partis français se projettent déjà vers la présidentielle de 2027. Le paysage se redessine en mêlant candidatures déclarées, noms pressentis et modalités de désignation encore largement discutées. Entre candidatures assumées, options de repli et batailles internes sur les méthodes de sélection, la prochaine course à l’Élysée s’annonce ouverte et fragmentée.
À l’extrême gauche et à gauche : candidatures affichées et primaires contestées
Sur l’extrême gauche, Nathalie Arthaud a d’ores et déjà confirmé qu’elle porterait la candidature de Lutte ouvrière, après ses apparitions électorales de 2017 (0,64%) et 2022 (0,56%).
La France insoumise (LFI) présente, elle, une situation plus floue. Jean‑Luc Mélenchon, qui a obtenu 11,10% en 2012, 19,58% en 2017 et 21,95% en 2022, est perçu comme le candidat « naturel » du mouvement qu’il a fondé, sans toutefois s’être officiellement déclaré pour 2027. Le Nouveau Parti anticapitaliste (NPA) reste incertain : Philippe Poutou a dit ne pas vouloir « engager (son) parti là‑dessus » et a renvoyé la décision à une discussion dont l’issue doit être connue « d’ici cet été ». Il n’exclut pas d’apporter son soutien à Mélenchon.
Au sein de la gauche républicaine et écologiste, plusieurs candidatures sont déjà publiques. Jérôme Guedj a annoncé sa volonté de « porter la voix d’une gauche républicaine ». Les Écologistes ont désigné Marine Tondelier pour représenter le parti lors d’une primaire de la gauche prévue, selon les débats en cours, le 11 octobre. François Ruffin, Clémentine Autain et Delphine Batho ont également officialisé leur participation à la compétition à gauche.
Mais la tenue d’une primaire réunissant l’ensemble des forces de gauche reste fortement contestée. LFI rejette ce format, tandis que Les Écologistes le défendent. Les divisions internes au Parti socialiste et chez d’autres acteurs compliquent la perspective d’un candidat unique issu d’une primaire.
Le centre et le camp présidentiel : parcours assumés et incertitudes
Du côté du centre, Edouard Philippe a rapidement officialisé sa candidature dès septembre 2024 et a affiché sa volonté d’être testé par les électeurs via sa réélection municipale. Sa victoire au second tour des municipales, le 22 mars, a été présentée comme ce test électoral.
Gabriel Attal, qui dirige Renaissance, est régulièrement cité comme prétendant potentiel. Il multiplie les déplacements et travaille sur un projet, tout en faisant face à des critiques internes sur le score du parti aux municipales. Gérald Darmanin, ministre de la Justice, n’écarte pas non plus une candidature : « J’y songe », a‑t‑il déclaré, se disant « capable » d’incarner le camp central.
Sur la méthode de désignation, les options vont de la primaire à d’autres formes de rassemblement — sondages, comités de liaison, ou conventions — et restent à discuter. Gabriel Attal a appelé à une coordination entre Horizons, le MoDem et Renaissance pour bâtir un rassemblement ; certains responsables estiment qu’une primaire ne pourra fonctionner que « si tout le monde joue le jeu ».
Les Républicains et l’extrême droite : primaires, candidatures officielles et plans B
Chez Les Républicains, Bruno Retailleau a annoncé sa candidature en février. Le parti se divise cependant sur le mode de désignation : un groupe de travail a soumis aux adhérents trois options — primaire fermée aux membres, primaire ouverte au centre et à la droite, ou désignation directe du chef du parti. Ce vote, programmé pour avril, suscite des tensions internes. David Lisnard a dénoncé ce processus comme un « non‑sens absolu » et a menacé de quitter le parti, plaidant pour une primaire très ouverte. Laurent Wauquiez a lui aussi critiqué la méthode, la jugeant trop « de boutique ». Parmi les autres noms évoqués figurent Xavier Bertrand, David Lisnard, Michel Barnier et Dominique de Villepin, qui ont tous exprimé à des degrés divers une volonté de participer au débat national.
À l’extrême droite, le Rassemblement national a formalisé Marine Le Pen comme figure centrale du parti, mais sa capacité à être candidate dépend de son sort judiciaire. Condamnée le 31 mars 2025 à cinq ans d’inéligibilité et à deux ans de prison ferme dans l’affaire des assistants parlementaires européens, elle attend le délibéré de l’appel, prévu le 7 juillet 2026. En cas d’empêchement, Jordan Bardella, président du RN, est pressenti comme plan B et se prépare depuis plusieurs mois à cette éventualité.
Sur le versant souverainiste, Nicolas Dupont‑Aignan a annoncé le 8 mars 2025 qu’il serait candidat à nouveau, après avoir obtenu 4,70% en 2017. François Asselineau a également déclaré sa candidature le 21 mars, sans que le débat sur la capacité à recueillir les parrainages nécessaires ne soit clos.
Au total, la pré‑campagne de 2027 est marquée par des candidatures déjà engagées, des stratégies de repli et de fortes divergences sur les méthodes de désignation. Entre alliances potentielles, primaires contestées et scénarios judiciaires, la configuration finale de la course reste ouverte et dépendra autant des enjeux internes aux partis que des échéances judiciaires et des choix stratégiques des principaux leaders.





