Quand un parti veut parler d’union, mais que ses propres cadres se disputent, qui convainc encore les électeurs ?
Chez Les Écologistes, la question n’est plus seulement de savoir comment gagner. Elle est devenue plus simple, et plus brutale : comment éviter l’éclatement avant la présidentielle de 2027 ?
Le malaise est apparu au grand jour lors d’un conseil fédéral tendu, réuni en visioconférence pendant près de quatre heures. Marine Tondelier, secrétaire nationale du parti, y a défendu sa ligne sur deux fronts à la fois : les municipales de mars 2026, déjà passées, et la construction d’une candidature commune à gauche pour 2027. Le débat est loin d’être théorique. Les municipales ont été un test de solidité pour les écologistes, tandis que la présidentielle concentre désormais toutes les tensions sur le rôle du parti, son poids réel et sa capacité à imposer une méthode commune. Le ministère de l’Intérieur rappelle que les municipales et communautaires se sont tenues les 15 et 22 mars 2026.
Des municipales qui ont fragilisé la ligne Tondelier
Le reproche interne est clair : les écologistes ont raté une partie de leur séquence municipale, et cela nourrit les doutes sur la stratégie nationale. En 2020, les Verts avaient profité d’une vague favorable dans plusieurs grandes villes. En 2026, la dynamique a été plus heurtée, avec des équipes sortantes parfois contestées, des listes fragilisées et des alliances locales difficiles à tenir. Dans ce contexte, certains cadres estiment que la direction a sous-estimé l’ampleur du retour de bâton écologique, alors que d’autres rappellent que plusieurs villes clés sont restées dans le camp écologiste. Les municipales sont souvent l’échelon où les Verts ont le plus de prise : elles donnent des mairies, des élus, des budgets et un ancrage concret. Mais elles exposent aussi au jugement le plus immédiat des habitants.
Marine Tondelier, elle, met en avant une lecture plus large. Pour elle, les écologistes ne doivent pas tirer des conclusions uniquement à partir des défaites. Leur force locale reste réelle, surtout dans les grandes villes où l’écologie municipale a déjà produit des mesures visibles : mobilités, végétalisation, urbanisme, cantines, rénovation. C’est précisément ce qui explique la fracture interne. Les soutiens de la ligne Tondelier parlent de continuité, de patience et de structuration. Ses opposants, eux, voient un parti qui se cherche encore un cap, alors que 2027 approche.
La primaire, terrain d’un calcul politique très serré
Le cœur du conflit est là : faut-il organiser une primaire à gauche pour la présidentielle, et avec qui ? Marine Tondelier pousse depuis des mois l’idée d’une compétition interne qui désignerait un candidat commun, afin d’éviter la dispersion des voix et de maximiser les chances d’une présence au second tour. Cette logique bénéficie d’abord à ceux qui croient encore à une recomposition du camp progressiste. Elle peut aussi profiter aux écologistes, qui espèrent devenir l’ossature d’un bloc commun plutôt qu’un simple allié. Mais elle inquiète fortement une partie du parti, qui redoute un dispositif impossible à tenir politiquement.
Pourquoi cette méfiance ? Parce qu’une primaire ne règle rien si les grands acteurs refusent d’y entrer. La France insoumise a déjà indiqué qu’elle ne participerait pas à une telle séquence, ce qui change tout. Sans LFI, la primaire peut rassembler le PS, les écologistes, des ex-insoumis et plusieurs figures de la gauche réformiste. Avec ce trou dans l’équation, elle risque aussi de paraître incomplète, voire marginale. C’est ce que redoutent les opposants internes à Tondelier : un processus qui donnerait un vernis d’unité sans réunir le principal bloc de voix à gauche. Dans leur lecture, ce serait moins une machine à gagner qu’un outil pour reconfigurer la gauche autour de forces qui accepteraient la règle du jeu.
Les réticences ne viennent pas seulement des critiques de Marine Tondelier. Elles traversent aussi des camps voisins. Certains socialistes jugent la séquence encore trop floue. D’autres responsables, à gauche, veulent éviter une bataille de personnes trop tôt. En face, les partisans de la primaire répondent qu’une gauche dispersée est presque condamnée. Le débat n’oppose donc pas seulement des egos. Il oppose deux diagnostics : soit l’unité est la seule voie pour exister en 2027, soit la primaire est une fausse bonne idée qui figera les rapports de force au lieu de les résoudre.
Ce que les uns gagnent, et ce que les autres risquent de perdre
Dans ce bras de fer, chaque position sert des intérêts différents. Les soutiens de Tondelier veulent préserver une ligne de rassemblement. Ils y voient une manière de maintenir les écologistes au centre du jeu, sans se laisser écraser entre les socialistes et la gauche radicale. Les élus locaux, eux, regardent aussi leur survie municipale. Un parti qui paraît en désordre à Paris peut vite perdre de la crédibilité sur le terrain, surtout dans les villes où les alliances sont déjà compliquées. À l’inverse, les opposants internes cherchent à peser sur la stratégie nationale avant qu’elle ne se fige. Leur objectif n’est pas seulement de contester la cheffe. C’est aussi de savoir qui parlera au nom de l’écologie en 2027, et avec quelle légitimité.
La tribune « Construire 2027 », portée par Yannick Jadot, Boris Vallaud, Raphaël Glucksmann et plusieurs élus de gauche, a montré que le débat dépasse largement le périmètre des seuls écologistes. Le texte appelle à être au rendez-vous, mais reste volontairement flou sur la méthode. C’est aussi un signal politique : une partie de la gauche veut garder ouverte la possibilité d’un rassemblement, sans s’enfermer tout de suite dans des modalités qui diviseraient davantage. Les proches de Tondelier, eux, lisent cette tribune comme un geste de repositionnement pour plusieurs figures déjà en orbite présidentielle. Les motivations sont donc très différentes selon les camps. Les uns veulent verrouiller une méthode commune. Les autres veulent éviter qu’une méthode mal calibrée ne devienne un piège.
La suite dépendra d’un calendrier très concret
La prochaine étape est simple à énoncer, mais difficile à tenir : transformer une idée de primaire en mécanique politique crédible. Les Écologistes doivent encore convaincre leurs partenaires, clarifier le périmètre d’une éventuelle candidature commune et stabiliser leurs propres rangs. En parallèle, les municipales du printemps 2026 ont laissé des traces politiques qui ne disparaîtront pas vite. Elles servent déjà de base à toutes les lectures internes : pour les uns, elles prouvent que l’écologie locale tient encore ; pour les autres, elles révèlent les limites d’une stratégie trop fragile. C’est là que se jouera la suite : dans la capacité des écologistes à parler d’un seul bloc, ou au contraire dans la multiplication des lignes concurrentes à gauche.













