À quoi sert ce nouveau cercle de réflexion ?
Dans six mois, les programmes présidentiels seront déjà en train de se verrouiller. La vraie question, pour beaucoup d’électeurs, est simple : qui nourrit les candidats en idées prêtes à l’emploi, et avec quel agenda ?
C’est dans ce vide que s’installe Hémisphère droit. Le nouveau think tank veut pousser des solutions libérales au cœur du débat de droite, puis jusqu’au texte de loi. Son pari est clair : produire des propositions directement exploitables par les partis et par leur futur candidat à la présidentielle de 2027. Plusieurs des premiers thèmes annoncés sont volontaires, parfois brutaux, et visent des sujets très sensibles : la fonction publique territoriale, les arrêts maladie, la fraude à la TVA, les aides aux entreprises.
Le décor politique s’y prête. La dette publique française a atteint 115,6 % du PIB en 2025, soit 3 460,5 milliards d’euros, selon l’Insee. Dans ce contexte, toute proposition de baisse de dépenses ou de “rationalisation” trouve immédiatement un relais chez ceux qui cherchent un récit de redressement budgétaire.
Les propositions : moins de statut, moins d’attente, moins de dépense
Les premières études de Hémisphère droit portent sur cinq chantiers. D’abord, la démocratie locale, avec une piste explosive : supprimer le statut de la fonction publique territoriale. Ensuite, réduire les arrêts maladie. Puis, traquer la fraude à la TVA. Le think tank entend aussi contester l’idée que les aides aux entreprises seraient massives ou décisives dans leur forme actuelle. Enfin, il promet des travaux sur la division par deux des délais de la justice pénale et sur la dette publique.
Ces thèmes ne sortent pas de nulle part. L’administration de l’État et les collectivités ont déjà largement recours aux contractuels. Le site Service-Public rappelle qu’un agent contractuel peut être recruté dans la fonction publique territoriale pour un emploi permanent dans certains cas, et que plusieurs postes de direction sont déjà ouverts à ce type de contrat. Autrement dit, le statut existe toujours, mais la place du contrat s’est déjà élargie.
Sur la santé au travail, la Drees note une accélération des arrêts maladie depuis 2019, avec une hausse moyenne des indemnités journalières de 3,2 % par an entre 2019 et 2023. En 2025, le ministère de l’Économie affirme avoir détecté et redressé 49 millions d’euros de fraudes aux arrêts de travail. Le sujet est donc bien réel. Mais il ne suffit pas à justifier, à lui seul, des mesures uniformes sur tous les salariés ou agents.
Ce que cela change, concrètement
Pour les collectivités, la suppression du statut territorial aurait un effet immédiat : plus de marge de manœuvre pour recruter, licencier et ajuster les effectifs. Les partisans de cette voie y voient un outil de souplesse. Les opposants y lisent une fragilisation du service public local, surtout dans les communes petites ou rurales, où l’attractivité des postes reste faible. Plus on contracte, plus on dépend du marché du travail local. Et ce marché est inégal selon les territoires.
Le même raisonnement vaut pour les arrêts maladie. Une ligne dure peut séduire des employeurs publics et privés qui cherchent à réduire l’absentéisme et la charge financière. Mais elle peut aussi peser sur les salariés les plus exposés, ceux qui occupent les métiers pénibles, sous tension ou mal rémunérés. La Drees montre d’ailleurs que la hausse des arrêts ne se résume pas à une fraude ; elle s’inscrit aussi dans une évolution de fond des dépenses et des recours à l’assurance maladie.
Sur la fraude à la TVA, le ministère des Finances rappelle que la lutte contre la fraude fiscale a permis de notifier 17,1 milliards d’euros de droits et pénalités en 2025, et que plus de 20 milliards d’euros de fraudes fiscales et sociales ont été détectés et redressés la même année. Le sujet est donc déjà au centre de l’action publique. La question devient alors moins “faut-il agir ?” que “avec quels outils et quel coût pour les entreprises honnêtes ?”. La généralisation de la facturation électronique, prévue à partir du 1er septembre 2026 pour les entreprises concernées, s’inscrit justement dans ce combat.
Pour la justice, l’enjeu est différent. Le ministère indique qu’en 2024, le délai moyen entre l’arrivée d’une affaire au parquet et le jugement pénal était de 12,2 mois. Réduire ces délais de moitié supposerait des moyens, des simplifications de procédure, ou les deux. Sinon, la promesse risque de rester politique avant d’être judiciaire.
Qui gagne, qui perd, et qui conteste ?
Les gagnants potentiels sont faciles à identifier. Les élus et candidats de droite y trouvent une boîte à outils simple : moins d’État, plus de flexibilité, plus de rendement budgétaire. Les dirigeants d’entreprise, eux, peuvent être sensibles à des propositions qui promettent de mieux cibler les aides publiques et de réduire la fraude. En période de dette élevée, ce discours a une puissance politique évidente.
En face, les oppositions sont déjà structurées. L’Association des maires de France rappelle son attachement au statut de la fonction publique territoriale et met en garde contre une ouverture trop large à la contractualisation. Des organisations syndicales comme la CFDT et la CGT défendent, elles aussi, l’emploi titulaire et le statut général. Leur argument est simple : sans cadre stable, les collectivités perdent en continuité, en expertise et en capacité d’action.
Autre point de friction : la méthode. Un think tank ne gouverne pas. Mais il peut installer un vocabulaire, rendre certaines options “évidentes” et déplacer le centre de gravité du débat. Quand ses propositions touchent à la fonction publique, à la protection sociale ou à la justice, il ne parle pas seulement de technique. Il parle aussi de rapport de force entre l’État, les collectivités, les entreprises et les salariés.
Ce qu’il faut surveiller dans les prochaines semaines
La suite dépendra de deux calendriers. D’abord, la publication des autres études annoncées par Hémisphère droit à partir de fin mai. Ensuite, la capacité de la structure à faire entrer ses propositions dans les programmes des candidats à la présidentielle de 2027. C’est là que se verra si ce think tank devient une simple fabrique d’idées ou un vrai relais d’influence au sein de la droite française.













