Marine Le Pen peut encore rebattre la course, mais le RN prépare déjà la relève Bardella pour la présidentielle 2027
À l’approche de la décision judiciaire attendue sur Marine Le Pen, le Rassemblement national organise déjà l’après. Jordan Bardella renforce son image, ses contacts médias et sa stature internationale en vue de la présidentielle 2027.

Qui portera le RN en 2027 si Marine Le Pen reste bloquée par la justice ?
Au Rassemblement national, la question n’est plus théorique. Si la décision attendue le 7 juillet dans l’affaire des assistants parlementaires confirme l’inéligibilité de Marine Le Pen, la présidentielle de 2027 pourrait s’ouvrir avec Jordan Bardella en premier plan. Le parti prépare déjà cette hypothèse, parce qu’il ne peut pas attendre le dernier moment pour improviser un candidat.
Le calendrier judiciaire a pris une place centrale dans la stratégie du RN. En première instance, en mars 2025, Marine Le Pen a été condamnée pour détournement de fonds publics à quatre ans d’emprisonnement, dont deux ans ferme, 100 000 euros d’amende et cinq ans d’inéligibilité avec exécution immédiate. La cour d’appel de Paris a ensuite indiqué qu’elle visait une décision avant l’été 2026. À ce stade, le sort de sa candidature dépend donc d’une décision de justice, pas d’un simple arbitrage interne.
Le RN prépare un scénario de remplacement
Dans ce contexte, Jordan Bardella avance déjà ses pions. Le président du RN a dit publiquement qu’il serait le candidat du parti si Marine Le Pen était « empêchée ». Cette phrase a un poids politique énorme. Elle acte qu’un plan B existe, même si le parti continue d’afficher, officiellement, sa fidélité à sa cheffe historique.
Ce basculement n’est pas seulement symbolique. Pendant des années, Marine Le Pen a incarné seule la bataille présidentielle. Jordan Bardella, lui, était d’abord le visage de la relève, utile pour les européennes et pour la génération la plus jeune du RN. Désormais, il doit montrer qu’il peut tenir un rôle plus large, sans apparaître comme un candidat de circonstances. C’est exactement ce que cherche à fabriquer le parti.
Le premier chantier concerne les médias. Quand un candidat vise l’Élysée, il doit parler à un public plus large que son camp. Bardella a donc repris des échanges plus informels avec des journalistes, loin des caméras, après une période où beaucoup d’entre eux se plaignaient d’un accès trop limité à lui. En politique, ces entretiens « off » servent à installer une stature, à tester des idées et à éviter l’image d’un responsable enfermé dans son seul cercle militant.
Le second chantier est plus stratégique encore : la politique étrangère. Longtemps, Marine Le Pen a gardé ce domaine pour elle, car il permet de montrer qu’un candidat est prêt à diriger l’État, pas seulement à commenter l’actualité intérieure. Bardella, lui, multiplie désormais les signaux sur ce terrain. Il a donné des entretiens à la presse étrangère et rencontré plusieurs ambassadeurs à Paris. Il cherche ainsi à démontrer qu’il peut parler à Berlin, à Rome ou à Bruxelles sans se contenter de slogans.
Ce que cela changerait, concrètement
Si Bardella remplace Marine Le Pen, le RN gagnerait probablement en continuité électorale, mais il prendrait aussi un risque. Le parti miserait sur une figure plus jeune, plus lisse et plus mobile médiatiquement. En revanche, il perdrait l’avantage d’une candidate qui connaît la présidentielle par cœur et qui a déjà bâti, pendant trois campagnes, un lien direct avec son électorat. Le RN doit donc arbitrer entre renouvellement et expérience, sans certitude sur l’effet réel auprès des électeurs.
Le changement serait encore plus visible dans l’image du parti. Marine Le Pen a longtemps été la garante d’une ligne dure, mais aussi d’une forme de normalisation progressive. Bardella pousse cette normalisation plus loin. Il paraît plus compatible avec les codes institutionnels et avec certains milieux économiques ou diplomatiques. Cela peut élargir son audience. Cela peut aussi faire grincer une partie de la base, qui voit dans Marine Le Pen une figure plus identifiée, plus combative et plus rassurante.
Pour les autres camps, le défi est clair : que Marine Le Pen soit candidate ou non, le RN reste compétitif. Des sondages publiés au printemps 2025 montraient déjà Marine Le Pen et Jordan Bardella en tête des intentions de vote au premier tour dans plusieurs configurations, avec des dynamiques proches mais pas identiques. En clair, le problème pour ses adversaires n’est pas seulement le nom du candidat RN. C’est aussi le socle électoral du parti, qui reste solide.
Les objections ne manquent pas
Cette montée en puissance de Bardella ne fait pas l’unanimité hors du RN. Les adversaires de Marine Le Pen rappellent que la justice n’a pas été saisie pour régler un débat politique, mais pour juger des faits de détournement de fonds publics. Plusieurs responsables de la majorité ont défendu l’idée qu’un élu condamné ne peut pas être au-dessus des règles communes. De l’autre côté, des proches du RN dénoncent une décision politique et parlent d’acharnement judiciaire. Le duel se joue donc sur deux terrains à la fois : le droit et le rapport de force électoral.
Il existe aussi une critique plus froide, plus stratégique : Bardella est perçu comme plus jeune, plus discipliné et plus présentable, mais aussi comme moins éprouvé. La fonction présidentielle exige une maîtrise des dossiers régaliens, des crises internationales et des compromis institutionnels. Or, jusque-là, le RN a surtout utilisé Bardella comme un atout de campagne et de communication. Le faire passer, en quelques mois, du rôle de dauphin à celui de candidat naturel n’a rien d’automatique.
Marine Le Pen, elle, continue de contester sa condamnation et mise sur l’appel pour rester dans la course. Selon plusieurs dépêches récentes, elle considère toujours la décision du 7 juillet comme décisive pour son avenir politique. Elle sait aussi qu’un verdict trop sévère la contraindrait à laisser le terrain à Bardella beaucoup plus vite que prévu. C’est toute la tension actuelle du RN : afficher l’unité, tout en préparant une succession qui n’ose pas encore dire son nom.
Ce qu’il faut surveiller dans les prochaines semaines
La date du 7 juillet sera le vrai point de bascule. Si la cour confirme l’inéligibilité, le RN devra transformer une préparation discrète en campagne assumée autour de Jordan Bardella. Si, au contraire, Marine Le Pen retrouve la possibilité juridique de se présenter, le parti devra gérer une cohabitation politique délicate entre la fondatrice et son héritier. Dans les deux cas, le RN entre dans une phase de clarification forcée. Et cette clarification pèsera sur toute la présidentielle de 2027.



