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ÉLECTIONS

Au procès en appel, la défense de Claude Guéant accuse Nicolas Sarkozy d’abandonner ses anciens proches et le dossier libyen

Au procès en appel sur le financement libyen de la campagne de 2007, l’avocat de Claude Guéant a attaqué la ligne de défense de Nicolas Sarkozy. Il réclame la relaxe de son client et conteste l’existence d’un pacte de corruption.

Journalistes et passants devant le palais de justice de Paris lors d’une audience en appel

Quand un ancien président devient, à l’audience, le principal accusateur de ses propres proches, la question dépasse le seul destin de Nicolas Sarkozy : qui porte, au fond, la responsabilité politique et pénale d’une campagne présidentielle ? Dans le procès en appel sur les soupçons de financement libyen de la campagne de 2007, cette tension a éclaté mardi 26 mai devant la cour d’appel de Paris.

Un dossier ancien, une audience très politique

L’affaire remonte à la campagne présidentielle de 2007. Elle repose sur l’hypothèse d’un soutien financier venu de Libye, au moment où Mouammar Kadhafi cherchait à retrouver une place sur la scène internationale. En première instance, le tribunal correctionnel de Paris a condamné Nicolas Sarkozy à cinq ans de prison pour association de malfaiteurs, tout en le relaxant sur d’autres infractions. Claude Guéant a, lui, été condamné à six ans de prison en première instance. Les appels ont conduit l’affaire devant la cour d’appel, avec un jugement attendu plus tard dans l’année.

Le calendrier judiciaire donne à cette séquence une portée particulière. L’audience d’appel s’étale sur plusieurs semaines et s’achève fin mai avant le délibéré annoncé pour le 30 novembre. Autrement dit, le dossier ne joue pas seulement sur des faits passés. Il fixe aussi, à court terme, le sort judiciaire d’anciens piliers du pouvoir sarkozyste.

Ce que l’avocat de Claude Guéant a voulu remettre au centre

Devant la cour, l’avocat de Claude Guéant a d’abord insisté sur un point simple : son client est absent pour raisons de santé, mais il ne peut pas être réduit au silence. Il a rappelé que l’ancien secrétaire général de l’Élysée avait, dans deux attestations versées au dossier, décrit des échanges où Nicolas Sarkozy lui demandait de « voir cela » à propos d’Abdallah Senoussi, ancien dignitaire libyen condamné pour l’attentat du DC-10 d’UTA en 1989, qui a fait 170 morts.

La défense de Guéant s’appuie sur cette idée : exécuter des instructions n’équivaut pas, à lui seul, à pactiser avec un régime étranger. L’avocat a donc contesté l’existence même du cœur de l’infraction d’association de malfaiteurs. Pour lui, il faut plus qu’une proximité politique, plus qu’un canal diplomatique parallèle, plus qu’une demande de « regarder » un dossier judiciaire. Il faut un accord, un financement identifié, une contrepartie, des preuves nettes. C’est précisément ce que la plaidoirie a présenté comme absent du dossier.

Cette ligne de défense sert d’abord Claude Guéant. Elle cherche à dissocier l’exécutant du décideur. Mais elle dit aussi quelque chose du fonctionnement du pouvoir : dans un cabinet présidentiel, les ordres ne circulent pas toujours par écrit, ce qui complique ensuite la preuve pénale. Quand tout repose sur des souvenirs, des notes, des attestations et des rapports de confiance, la frontière entre consigne politique et manœuvre délictueuse devient plus difficile à tracer. C’est l’un des nœuds du dossier.

La riposte à Nicolas Sarkozy

La plaidoirie a aussi visé Nicolas Sarkozy frontalement. Selon l’avocat, l’ancien président a changé de posture pendant l’appel : il serait passé du rôle de prévenu à celui de procureur contre ses anciens collaborateurs. Cette critique touche une ligne sensible du dossier. En attaquant la crédibilité de Claude Guéant, Nicolas Sarkozy fragilise un témoin-clé de sa propre défense. En retour, la défense de Guéant l’accuse de l’abandonner au moment où sa parole pèse le plus.

Cette rupture profite d’abord à l’accusation, car elle donne l’image d’un camp divisé. Mais elle expose aussi un rapport de force très inégal. Nicolas Sarkozy reste le centre politique du dossier. Claude Guéant, lui, comparaît diminué, absent, et confronté à une peine de six ans de prison requise par le parquet général. Le contraste est brutal : l’un peut encore plaider sa cause dans l’arène publique, l’autre passe par des attestations et des avocats interposés.

Les familles des victimes de l’attentat du DC-10 occupent, dans ce débat, une place essentielle et souvent oubliée. Leur intérêt est double : comprendre le rôle des responsables politiques français dans la remise en cause d’Abdallah Senoussi, et éviter que l’affaire du financement occulte ne fasse disparaître la mémoire du crime originel. En rappelant ce lien, la défense de Guéant tente d’humaniser son client. Mais elle rappelle aussi que, derrière les stratégies de palais, il y a un dossier terroriste et 170 morts.

Les enjeux concrets pour la suite

Le parquet général a, de son côté, réclamé six ans de prison ferme contre Claude Guéant, soit une peine proche de celle prononcée en première instance. Cette demande montre que l’accusation n’a pas renoncé à faire de l’ancien ministre et haut fonctionnaire un relais central du système soupçonné. Si la cour suit cette logique, elle confortera l’idée d’un réseau politique organisé autour de la campagne de 2007. Si elle s’en écarte, elle fragilisera l’architecture globale du dossier.

Pour Nicolas Sarkozy, l’enjeu est encore plus large. Une confirmation de culpabilité en appel consoliderait un faisceau de décisions judiciaires défavorables, dans un contexte déjà alourdi par d’autres affaires. Une relaxe ou une requalification, au contraire, lui redonnerait une marge politique et symbolique, même limitée. Mais pour l’instant, la cour n’a pas tranché. Les avocats de l’ancien président doivent encore plaider, puis les magistrats rendront leur décision à l’automne.

Ce qu’il faut surveiller, désormais, c’est donc moins une nouvelle déclaration d’audience qu’une date : le 30 novembre, quand la cour d’appel livrera son arrêt. D’ici là, le dossier restera suspendu entre deux lectures opposées. D’un côté, celle d’un pacte politique ayant débordé le cadre légal. De l’autre, celle d’un procès où beaucoup d’éléments existent, mais où la preuve décisive du financement demeure contestée.

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