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ÉLECTIONS

À gauche, Pigasse parle projet avant 2027 et entretient le flou sur une candidature qui divise déjà les stratégies

Matthieu Pigasse refuse de dire s’il sera candidat en 2027, mais multiplie les prises de parole sur la gauche et son projet. Une façon de peser sur la présidentielle sans entrer encore officiellement dans la course.

Place de commune française en journée, avec passants anonymes, mairie locale et ambiance politique de terrain.

À quoi sert une candidature quand le vrai sujet est le projet ?

À gauche, la question n’est plus seulement de savoir qui se présentera en 2027. La vraie bataille est plus simple, et plus rude : quel programme peut encore rassembler un camp éclaté, sans parler seulement aux convaincus ?

C’est dans ce contexte que Matthieu Pigasse entretient le flou. Banquier d’affaires, fondateur du groupe Combat et propriétaire notamment de Radio Nova, il dit vouloir peser sur la présidentielle de 2027, sans dire clairement s’il sera lui-même candidat. Dans ses prises de parole récentes, il répète surtout une idée : la priorité, pour la gauche, serait d’abord de construire un projet.

Un banquier qui parle comme un artisan de plateforme

Sur le plateau de l’émission de France 2 diffusée samedi 6 juin, Matthieu Pigasse a refusé de trancher. Il a dit ne pas faire de langue de bois, tout en affirmant : « Je considère que l’urgence pour la gauche aujourd’hui, ce n’est pas le candidat ou la candidate, mais c’est le projet ». Il a ajouté se dire « candidat à idées » et prêt à « contribuer au projet ».

Ce positionnement n’est pas isolé. Début mai, il a aussi publié une tribune dans La Tribune Dimanche, où il développe plusieurs pistes sur l’éducation, la laïcité et le pouvoir d’achat. Le ton ressemble à celui d’un texte-programme. Il n’annonce pas une campagne. Il occupe déjà le terrain.

En janvier, sur France Inter, il disait déjà vouloir « peser le plus possible » sur la présidentielle de 2027, sans préciser à quel endroit de l’échiquier il entendait se placer. Autrement dit : il laisse ouvertes plusieurs options. Candidature, influence, ralliement, ou simple rôle de passeur.

Pourquoi cette prise de parole compte politiquement

Le sujet dépasse largement la personnalité de Pigasse. À gauche, la présidentielle de 2027 est déjà vue comme un test de survie politique. Les familles politiques y cherchent un candidat, mais surtout un cadre commun. Le CEVIPOF souligne d’ailleurs qu’un intérêt massif existe pour ce scrutin, y compris chez des abstentionnistes potentiels. Pour les chercheurs, la présidentielle attire davantage que les autres élections, parce qu’elle permet encore de projeter une alternative nationale.

Le problème, c’est que la gauche avance en ordre dispersé. Le CEVIPOF relève que la scène politique française reste traversée par une forte défiance, et que la gauche cherche encore sa ligne commune à l’approche de 2027. Dans plusieurs analyses récentes, les chercheurs décrivent un camp qui peine à transformer l’addition de sensibilités en majorité crédible.

Dans ce paysage, Pigasse parle à un segment précis : les électeurs, cadres et responsables qui veulent une gauche de gouvernement, sociale mais pas seulement protestataire. Son discours peut rassurer ceux qui cherchent une ligne plus républicaine, plus sociale-démocrate, et plus offensive sur le pouvoir d’achat. Il peut aussi agacer ceux qui voient dans l’irruption d’un homme d’argent une manière de court-circuiter les militants et les partis.

Une gauche déjà travaillée par la guerre des méthodes

Le fond du débat n’est pas seulement idéologique. Il est aussi stratégique. Faut-il désigner tôt un candidat ? Faut-il d’abord écrire un projet ? Faut-il une primaire ouverte, une convention, ou une entente entre chefs de file ? Ces questions divisent une gauche qui n’a pas encore tranché sa méthode. Le CEVIPOF note d’ailleurs que la présidentielle de 2027 se prépare dans un climat de recomposition, où la concurrence entre formations de gauche reste forte.

Cette fragmentation a des effets très concrets. Pour les partis, elle rend plus difficile la fabrication d’un rapport de force face au Rassemblement national. Pour les électeurs, elle brouille l’offre politique. Pour les petits candidats, elle ouvre une fenêtre d’expression. Pour les formations dominantes, elle pose une question brutale : comment exister sans se dissoudre dans une primaire de trop ?

Le recentrage par le projet a cependant un intérêt. Il oblige les différents courants à parler d’école, de salaires, de services publics, de laïcité et de redistribution plutôt que de personnalité. C’est une réponse utile dans un pays où la défiance politique est élevée et où une partie de l’électorat attend des solutions plus que des postures. Mais ce choix a aussi un coût : il retarde la clarification des leaderships, donc des alliances.

Une voix d’appoint, ou un concurrent de plus ?

Le silence relatif des responsables de gauche sur Pigasse en dit aussi long que ses propres déclarations. Certains peuvent voir dans son profil une ressource : un relais médiatique, des réseaux, une capacité à formuler un récit. D’autres y voient un concurrent de plus dans une famille politique déjà encombrée. L’espace est étroit. Chaque nouvelle figure qui s’avance rend l’unification plus complexe.

La controverse potentielle tient aussi à sa position sociale. Un banquier d’affaires qui appelle à une gauche populaire, sociale et républicaine ne parle pas depuis les mêmes contraintes qu’un maire de banlieue, qu’un syndicaliste ou qu’un député de terrain. Cela peut donner de la visibilité. Cela peut aussi nourrir la suspicion d’une gauche pilotée d’en haut, loin des difficultés quotidiennes.

En face, les partisans d’une gauche plus offensive peuvent répliquer qu’en 2027, le risque n’est pas de trop parler de stratégie, mais de manquer le second tour. Plusieurs travaux du CEVIPOF rappellent que la recomposition du paysage politique, l’abstention et la défiance créent un environnement très ouvert, mais aussi très instable. Dans ce cadre, chaque candidature compte moins comme une silhouette que comme un mécanisme de rassemblement — ou de division.

Ce qu’il faut surveiller

Le prochain moment clé sera la clarification du calendrier à gauche. Si une primaire ou un autre mode de désignation doit émerger, il faudra le dire vite. Sinon, chacun continuera à parler au nom du projet commun, tout en préparant sa propre place. Et dans cette course, Matthieu Pigasse a déjà réussi une chose : s’inviter dans le débat avant même que la campagne ait vraiment commencé.

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