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CONFLITS & CRISES

Écocide à Gaza : quand la guerre détruit les terres, l’eau et l’autonomie alimentaire des habitants

À Gaza, la guerre ravage aussi les sols, les vergers, les serres et les puits. Cette destruction de l’environnement fragilise l’accès à la nourriture et peut relever du droit international.

Des habitants échangent devant une mairie française sur l’impact de la guerre sur l’alimentation et l’agriculture.

Quand une terre cesse de nourrir, que reste-t-il à ceux qui y vivent ?

À Gaza, la guerre ne détruit pas seulement des immeubles. Elle attaque aussi les sols, les vergers, les serres, les puits. Quand une population ne peut plus cultiver, elle dépend presque entièrement de l’aide extérieure, et sa présence sur place devient plus fragile.

C’est ce qui rend la question environnementale si politique. Dans un conflit armé, détruire la terre, l’eau et les récoltes n’est pas un dommage secondaire. C’est une manière de casser les conditions matérielles de la vie quotidienne. Le droit international humanitaire protège d’ailleurs le milieu naturel, et il interdit les attaques qui causent des dommages vastes, durables et graves à l’environnement.

À Gaza, la guerre a frappé la production de nourriture

Depuis le 7 octobre 2023, l’enclave palestinienne a subi une destruction massive. Les évaluations de l’ONU et de la FAO montrent que les terres agricoles ont été touchées à grande échelle, avec une aggravation au fil des mois. En septembre 2024, près de 68 % des terres cultivées avaient été endommagées, selon une mise à jour relayée par les Nations unies. En janvier 2025, l’ONU indiquait que 75 % des terres arables avaient été abîmées.

Le choc ne concerne pas seulement les champs. Les serres ont été détruites, des puits ont été frappés, et les troupeaux ont été décimés. La FAO et l’UNOSAT ont aussi constaté une forte dégradation des cultures permanentes et des arbres fruitiers. En septembre 2025, l’UNEP a estimé que Gaza avait perdu 97 % de ses arbres fruitiers, 95 % de ses broussailles et 82 % de ses cultures annuelles.

Les oliviers, eux, symbolisent un autre enjeu. Ils sont à la fois une ressource économique et un marqueur identitaire fort pour les Palestiniens. À Gaza, l’ONU a signalé la destruction de plus d’un million d’oliviers depuis l’escalade de la guerre. Ce n’est pas un simple détail paysager. C’est une rupture dans le lien entre les familles, la terre et le revenu.

Pourquoi cette destruction change tout, au-delà du front

L’impact est d’abord alimentaire. Avant la guerre, l’agriculture représentait une part importante de l’économie locale et faisait vivre des centaines de milliers de personnes. Quand les terres deviennent incultivables, les ménages perdent à la fois leur production, leurs revenus et leur autonomie. Dans un territoire déjà soumis à des restrictions de mouvement, cette dépendance se transforme vite en impasse sociale.

L’impact est aussi sanitaire. Les bombardements ne laissent pas seulement des ruines. Ils dispersent poussières, métaux, résidus d’explosifs et pollution de l’eau. L’UNEP a averti que les sols, les nappes et les côtes de Gaza subissaient des dommages susceptibles d’affecter durablement la santé humaine et la sécurité alimentaire. La reconstruction devient alors plus longue, plus chère et plus incertaine.

Enfin, l’impact est stratégique. Un territoire où les habitants ne peuvent plus produire ni stocker leur nourriture perd une partie de ses capacités de survie autonome. C’est là que le mot écocide entre dans le débat public : il désigne l’idée d’une destruction massive de l’environnement qui rend un espace inhabitable. Mais sur le plan juridique, il ne s’agit pas encore d’un crime autonome consacré par le Statut de Rome. En revanche, le droit pénal international vise déjà certaines attaques contre l’environnement lorsqu’elles sont intentionnelles et disproportionnées.

Une méthode qui dépasse Gaza

Le même type de destruction a été documenté dans d’autres zones de tension. Au sud du Liban, des responsables libanais ont décrit des frappes israéliennes ayant brûlé des dizaines de milliers d’oliviers et ravagé des terres agricoles. Reuters a rapporté que la frontière sud était devenue une zone agricole dévastée, avec des fermiers privés d’accès à leurs champs et une production nationale menacée.

En Cisjordanie, le conflit prend une autre forme, mais la logique reste la même pour les familles palestiniennes touchées : l’olive est au cœur de l’économie rurale, et les destructions de vergers ou les incendies de parcelles fragilisent les revenus, les récoltes et l’attachement à la terre. Les organisations humanitaires et les médias internationaux ont documenté une pression accrue sur les cultivateurs pendant les récoltes.

Cette répétition nourrit une accusation lourde : non plus seulement frapper des objectifs militaires, mais rendre des zones inhabitables en touchant les bases de la vie civile. Les défenseurs de cette lecture y voient une stratégie de déplacement forcé par la terre brûlée. Ses opposants répondent qu’Israël agit dans un cadre de guerre contre des groupes armés et qu’il prend des précautions pour limiter les dommages civils. Cette ligne de défense a déjà été reprise par l’armée israélienne dans d’autres dossiers, en invoquant le respect du droit international et les usages militaires de ses adversaires.

Ce que dit le droit, et ce qu’il ne dit pas encore

Le droit international humanitaire impose des limites. Il protège les civils, les biens civils et l’environnement. Il interdit aussi les attaques qui causent des dommages environnementaux disproportionnés au regard de l’avantage militaire attendu. Mais la qualification pénale d’écocide reste débattue. Elle n’existe pas comme crime autonome dans le cadre de la Cour pénale internationale. En décembre 2024, cette dernière a toutefois adopté une politique sur les crimes environnementaux, signe que le sujet gagne en poids juridique.

Le débat n’est donc pas seulement moral. Il est aussi concret. Qui paie la facture ? Les habitants d’abord. Puis les agriculteurs, les pêcheurs, les commerçants, les familles déplacées, et, plus tard, les bailleurs qui devront financer une reconstruction plus lourde que celle d’infrastructures classiques. Les grandes puissances, elles, arbitrent entre soutien politique, pression diplomatique et contraintes de droit. Les organisations humanitaires, de leur côté, alertent sur un risque simple : sans terres cultivables, la reprise économique reste théorique.

Ce qu’il faudra surveiller

Dans les prochaines semaines, l’enjeu restera celui des évaluations indépendantes des dégâts, des débats juridiques sur les responsabilités et, surtout, de l’accès effectif aux terres et aux infrastructures agricoles. Tant que les sols, l’eau et les vergers resteront hors d’usage, la guerre continuera à produire ses effets bien après les bombardements.

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