Le départ de François Patriat au Sénat ouvre une bataille locale et fragilise l’équilibre macroniste en Côte-d’Or
François Patriat renonce à briguer un nouveau mandat aux sénatoriales. Son retrait ouvre une succession au RDPI et relance les rapports de force en Côte-d’Or, où un siège clé devient à nouveau disputé.

Un départ qui prépare déjà la bataille de septembre
Quand un élu expérimenté annonce qu’il s’arrête, la vraie question est simple : qui reprend la place, et avec quel rapport de force ? Au Sénat, la réponse arrivera lors du renouvellement du 27 septembre 2026, qui concerne la moitié de l’hémicycle et 63 départements, dont la Côte-d’Or.
François Patriat, 83 ans, ne sollicitera pas un nouveau mandat. Le sénateur de la Côte-d’Or, président du groupe Rassemblement des démocrates, progressistes et indépendants, l’a écrit dans une lettre consultée ce mardi 23 juin. Il siège au Sénat depuis son élection du 21 septembre 2008 et a été réélu en 2014 puis en 2020.
Un pilier du camp macroniste au Sénat
Cette décision ne ferme pas seulement une carrière. Elle ouvre une succession délicate pour le groupe RDPI, la petite famille sénatoriale qui porte la ligne d’Emmanuel Macron au Palais du Luxembourg. Le Sénat recense aujourd’hui 17 membres pour ce groupe, selon sa page actualisée en juin 2026.
François Patriat n’est pas un simple nom sur une liste. Il a été l’un des premiers élus socialistes à rejoindre Emmanuel Macron avant la présidentielle de 2017. Il a aussi contribué à structurer un groupe macroniste au Sénat, où la majorité présidentielle n’a jamais disposé d’un bloc aussi massif qu’à l’Assemblée nationale. Dans une chambre qui se renouvelle par moitié tous les trois ans, chaque siège compte.
Le calendrier est désormais verrouillé. Les dépôts de candidatures pour les sénatoriales 2026 sont prévus du 7 au 11 septembre, puis le vote aura lieu le 27 septembre. Les nouveaux sénateurs prendront leurs fonctions le 1er octobre.
En Côte-d’Or, une succession à haut risque
Dans son département, la vacance de Patriat peut rebattre les cartes. Le sénateur sortant a longtemps incarné un ancrage local solide, nourri par ses mandats successifs de député, de sénateur et d’élu de terrain. Son départ crée donc un vide, au moment où la mécanique sénatoriale repose surtout sur le vote des maires et des délégués municipaux, soit 95 % des grands électeurs.
Cette réalité favorise les élus déjà implantés dans les communes. Elle pénalise, à l’inverse, les profils trop récents ou trop clivants. Pour les grands partis, le défi est clair : agréger des réseaux locaux, rassurer les maires et éviter les candidatures de trop. Pour les petites communes, la campagne sénatoriale reste souvent très concrète : routes, finances locales, intercommunalité, présence au quotidien. C’est là que se joue le vote.
Selon les informations déjà évoquées dans la presse politique, François Rebsamen pourrait entrer dans l’équation en Côte-d’Or. Mais le point important est ailleurs : le département ne sera plus structuré autour d’un sortant incontestable. La place devient ouverte. Et, dans une élection indirecte, une place ouverte est souvent une invitation au marchandage local.
Des successeurs possibles, mais un héritage lourd
La succession au sommet du groupe RDPI va donc compter autant que le siège lui-même. Deux noms circulent déjà dans l’entourage parlementaire : Xavier Iacovelli, sénateur des Hauts-de-Seine, et Jean-Baptiste Lemoyne, sénateur de l’Yonne. Tous deux appartiennent à l’écosystème macroniste du Sénat. Mais remplacer Patriat ne veut pas seulement dire occuper un fauteuil. Il faudra aussi tenir un groupe hétérogène, qui réunit des élus métropolitains et ultramarins, avec des sensibilités parfois différentes.
Le groupe RDPI a une utilité politique précise : il donne une voix organisée au camp présidentiel dans une chambre traditionnellement plus stable et plus rurale que l’Assemblée nationale. Sans relais puissant à sa tête, la parole macroniste risque de peser moins dans les débats, les négociations de commission et les séquences de contrôle du gouvernement. À l’inverse, les oppositions y voient l’occasion de grignoter des positions, surtout si le renouvellement de septembre fragilise plusieurs sortants.
Dans les travées du Sénat, les groupes les plus installés restent Les Républicains, l’Union centriste et le RDSE, tandis que le RDPI conserve un poids plus modeste. Cela explique pourquoi la perte d’une figure comme Patriat dépasse son seul cas personnel : dans une assemblée dominée par les rapports de force locaux, les petites formations ont besoin de leaders identifiés, capables de négocier au nom du groupe.
Une séquence politique à surveiller jusqu’à l’automne
François Patriat dit partir par « lucidité », « sagesse » et « responsabilité », selon la lettre qu’il a adressée à ses proches politiques. Son retrait ferme une séquence ouverte depuis son ralliement précoce à Emmanuel Macron, mais il ne règle rien pour autant. Il laisse en suspens deux questions : qui portera les couleurs macronistes en Côte-d’Or, et qui prendra la tête du groupe RDPI au Sénat.
La suite se jouera vite. D’ici le dépôt des candidatures, les arbitrages locaux vont s’accélérer. Puis, après le scrutin du 27 septembre, le Sénat devra aussi renouveler ses instances au début d’octobre. Autrement dit, le départ de François Patriat n’est pas un épilogue. C’est le début d’une recomposition.



